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lundi 22 juillet 2013

LES RISQUES DE LA LIBERATION DE PRISONNIERS PALESTINIENS



LES RISQUES DE LA LIBERATION DE PRISONNIERS PALESTINIENS

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps



La libération de prisonniers palestiniens, qui devrait avoir lieu à l’occasion de la reprise des discussions israélo-palestiniennes, n’est pas la première mais elle bénéficiera d’une couverture internationale en raison de l’aspect dramatique induit auprès de parents de victimes du terrorisme car il n'y a pas de contrepartie humaine. 82 détenus devraient être élargis et parmi eux, certains ont passé plus de vingt ans en prison.




Oppositions religieuses


Ayelet Shaked, députée Bayit Hayehudi


Les adversaires de l’accord d’élargissement mettent en avant des arguments sécuritaires car ils craignent que les terroristes libérés ne se recyclent dans des attentats contre la population israélienne. Les plus pugnaces se trouvent parmi les religieux du courant sioniste-nationaliste. Ils s'appuient abusivement sur des arguments religieux pour exprimer leur réprobation contre l’accord.

Ils semblent occulter un commandement de la Torah, le rachat des prisonniers, qui s’insère dans les fondements théologiques du judaïsme et qu'on pourrait appliquer à nos prisonniers arabes. Les exemples sont nombreux dans la Bible. Abraham a risqué sa vie pour libérer son frère Loth : «Dès que celui-ci apprit la capture de son frère, il mit sur pied trois cent dix-huit de ses vassaux, liés de naissance à sa maison. Il mena la poursuite jusqu’à Dan…». De même le roi David, aidé de ses proches, a libéré les captifs qui se trouvaient entre les mains du roi d’Arad. Enfin, en se fondant sur les écrits de base, un texte talmudique précise : «Si l’on ne se dépêche pas d’assurer la délivrance d’un prisonnier, on est considéré comme ayant versé son sang».

D’autres premiers ministres ont signé l’élargissement de prisonniers palestiniens, certes dans des proportions différentes mais le principe reste le même. En juillet 2007, Ehud Olmert avait libéré 255 prisonniers. En octobre 2007, 59 palestiniens avaient été conduits au barrage de Beitounya, près de Ramallah, tandis que 28 avaient été acheminés au point de passage d’Erez pour être dirigés vers Gaza. En novembre 2007, 441 palestiniens avaient retrouvé la liberté juste avant les discussions d’Annanapolis.  Ces décisions avaient aussi engendré de vives critiques au sein du gouvernement ainsi que des organisations des victimes du terrorisme.



L’antécédent de 2008
Said Al-Ataba chez lui avec ses photos




En août 2008, 198 prisonniers palestiniens ont été rendus à Mahmoud Abbas, pour des raisons politiques, afin de renforcer sa position auprès de l’Autorité palestinienne. Parmi les libérés, trois prisonniers,  Hussam Khader, Saïd Al-Ataba (31 ans de prison) et Abu Ali Yatta (28 ans de prison), représentaient les élites du terrorisme palestinien. Hussam Khader avait été emprisonné pendant six ans et était président du Comité pour la défense des droits des réfugiés palestiniens. Au lieu de le radicaliser, la prison lui avait ouvert les yeux sur certaines réalités politiques du peuple palestinien : «Nous devons profiter de l'expérience, des leçons du premier redéploiement israélien après la signature des accords d'Oslo ainsi que de la mauvaise administration, de l'anarchie et de la corruption qui l'ont suivi, où ont disparu toutes les promesses qui voulaient transformer les régions desquelles l'armée israélienne se retirait en nouveau Singapour. Nous n'avons pas su mettre le retrait au service de notre peuple palestinien, mais il a été mis au service d'une petite minorité qui a obtenu des privilèges.» Il était ainsi devenu une voix critique au sein du Fatah. A la fin de l’année 2007, le nombre de palestiniens qui avaient passé plus de quinze ans dans les prisons israéliennes avait atteint 232 personnes, et ceux qui y avaient passé plus de vingt ans étaient au nombre de 73 captifs.
Hussam Khader

En échange de Guilad Shalit, Israël a transféré 338 palestiniens libérés vers la bande de Gaza et l'Egypte et 117 vers la Cisjordanie. Cinquante prisonniers qui constituaient le noyau le plus dur ont été expulsés à partir du Caire vers la Syrie, la Jordanie, la Turquie et le Qatar.



Risque sécuritaire



Les adversaires des libérations anticipées soulèvent le risque potentiel de récidive des anciens prisonniers. Benjamin Netanyahou s’est justifié en précisant que les libérés les plus dangereux ont été expulsés de Palestine et que leur retour se fera à leurs risques et périls. Par ailleurs les prisonniers âgés, les retraités de la cause palestinienne, ont passé tellement d’années enfermés qu’ils aspirent à se faire oublier des militants. Ils ont choisi de mener une vie paisible pour  rattraper les années d’enfermement durant lesquelles ils ont vécu aux côtés des israéliens, ont appris leur langue et souvent ont poursuivi des études supérieures. C’est d’ailleurs le cas de Marwan Barghouti qui attend en prison l’heure de sa libération qu’il semble vouloir choisir lui-même.
Samir Kantar

Il existe bien sûr des contre-exemples, celui de Samir Kuntar, libanais d'origine palestinienne et militant du FLP (Front de libération de la Palestine), condamné pour le meurtre d’un père et de sa fillette de quatre ans en 1980, puis relâché en juillet 2008. Son arrestation avait entrainé la mort d’un policier israélien. Il avait suivi en prison les cours de l’Université de Tel-Aviv en sciences humaines et sociales. 
A sa libération, il avait repris immédiatement du service auprès du Hezbollah, ce qui ne lui avait pas été pardonné par les services de sécurité israéliens qui sont en effet intransigeants vis-à-vis des anciens prisonniers. Ils acceptent d’absoudre leurs crimes à condition qu’ils renoncent à toute action de terrorisme contre Israël. Dans le cas contraire, ils deviennent avec leurs familles une cible potentielle puisque leurs maisons sont détruites en cas de récidive.  Le 31 juillet 2011, Samir Kuntar a ainsi échappé à la mort et a été blessé dans une explosion à Beyrouth, à proximité du quartier général du Hezbollahhezbollah.HhH.

Les anciens prisonniers gardent cependant le droit de militer pacifiquement dans les organisations politiques ou d’être incorporés dans les services de sécurité légaux palestiniens. D’ailleurs à sa libération, Abu Ali Yatta a repris sa place au sein du comité central du Fatah en prenant la charge de la défense des droits des prisonniers en Israël.



Faible récidive


Mères de prisonniers


            D’après les responsables sécuritaires israéliens, 50% des prisonniers libérés renoncent totalement à militer et sortent du circuit de l’activisme pour reprendre une vie civile normale, après avoir été échaudés par les conséquences négatives de leur incarcération. Certains choisissent d’ailleurs l’exil à l’étranger où ils deviennent des citoyens sans histoire. 38% reprennent du service dans les milices ou les organisations sécuritaires palestiniennes. Ils le font par intérêt financier, pour toucher un salaire de subsistance, plutôt que par idéal militant. La plupart d’entre eux deviennent d’obscurs militants sans rôle prépondérant sinon de conseillers. Les 12% d’irréductibles restants, généralement les activistes les plus jeunes, s’obstinent par rancœur ou par conviction à porter les armes contre Israël. Quelques éléments parmi eux deviennent des agents doubles ou des informateurs du Shabbak, le service de renseignement intérieur.

            L’ancien président de la commission parlementaire des affaires étrangères et de la défense, Tsahi Hanegbi, avait chiffré les conséquences de la libération anticipée de détenus. Entre le 29 janvier 2004 et le 17 avril 2007, 35 israéliens avaient trouvé la mort sous les coups de détenus libérés. L’association Almagor, qui représente les victimes du terrorisme, évalue à trente les attaques perpétrées depuis l’an 2000 par des anciens prisonniers palestiniens, faisant ainsi 177 victimes mortes.

            Le site IMRA (Independant Media Review and Analysis) précise que depuis l’année 1985, l’Etat d’Israël avait libéré plus de 10.000 palestiniens incarcérés pour actions terroristes. Entre 1993 et 1999, 6.912 palestiniens avaient retrouvé la liberté mais 854 d’entre eux, soit 12,4%, avaient choisi de prendre part activement à des attentats ou des attaques meurtrières.



Modus operandi



            Israël s’était déjà interrogé sur la pertinence du modus operandi pour régler les prises d’otages face au dogme de ne jamais abandonner ses soldats derrière lui, même ceux qui ont été tués. Nadav Shragai avait écrit en 2008 dans le JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs)  «qu’en relâchant des terroristes, de nouvelles victimes en paieront le prix». Selon son analyse, la libération de prisonniers avec «du sang sur les mains » devait être évitée compte tenu du facteur de récidive.

            Plusieurs options ont été soulevées avec une dose importante de controverse. De nombreuses voix s’élèvent pour la réactivation de la «directive Hannibal», édictée par Tsahal en 1986 mais seulement révélée en 2003 par le quotidien Haaretz. Cette directive avait pour objectif de tout mettre en œuvre militairement durant l’enlèvement d’un soldat pour empêcher que celui-ci ne tombe entre les mains ennemies, y compris en tirant sur les ravisseurs au risque de tuer le soldat. Certains responsables souhaiteraient réappliquer cette directive, abrogée en 2002 devant le malaise qu’elle suscitait auprès des troupes.

               Enfin une partie de la droite dure, très minoritaire en Israël, milite pour introduire la peine de mort pour les terroristes ou les éliminer durant leur arrestation afin de vider les échanges de toute substance et de dissuader de nouveaux ravisseurs potentiels.

            Aujourd’hui, le débat est à nouveau ouvert par la disproportion des libérations de prisonniers qui risque d’entrainer un durcissement des méthodes de combat contre les terroristes palestiniens. Mais le choix du gouvernement est difficile entre le respect qu'il doit aux parents des victimes et aux condamnés qui, dans le monde démocratique, ne terminent jamais leur vie en prison avec l'exception peut-être de Jonathan Pollard. Et si cela pouvait servir d'exemple à Barack Obama pour élargir celui qui croupit dans sa prison depuis 27 ans !
 

3 commentaires:

kravi a dit…

Les auteurs de crime de sang ne devraient jamais être libérés.

Jean Smia a dit…

Dans ce marché de dupes que constitue la liberation de prisonniers, nous avons d'un coté ceux qui estiment avoir obtenu justice d'un emprisonnement injustifié avec, en face, ceux qui estiment avoir fait un geste de bonne volonté. L'avancée rélle concernant l'avancée vers la paix est nul.
Cette apparence d'avancée ne profite qu'aux intervenants politiques et à leur "cote éléctorale".
Quant aux terroristes libéré&s, ils resteront à jamais, pour leurs concitoyens, de potentiels agents doubles. Comme la charge de les nourrir et de les surveiller reviendra aux palestiens, c'est une bonne affaire....le temps de re-remplir les prisons.

Avraham NATAF a dit…

Pressions extérieures pour faire céder jusqu'à l'usure. Apres que l'Europe limite le territoire d'Israël, pour le maximum, aux frontières d'avant 1967,elle offre un biscuit rance en ne condamnant qu'une branche du Hezbollah.