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mardi 9 juillet 2013

LE HAMAS À LA RECHERCHE D’UNE STRATÉGIE APRÈS MORSI



LE HAMAS À LA RECHERCHE D’UNE STRATÉGIE APRÈS MORSI

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
         
         
Poste frontière de Rafah
            Le Hamas est inquiet de la tournure que prennent les évènements d’Égypte. Il est même dans un état de choc qui lui impose de trouver rapidement une stratégie de rechange. Il se considère déjà comme le plus grand perdant en raison de l’alignement de sa politique sur celle des Frères musulmans. 
Ahmadinejad et Haniyeh
          Il a rompu avec la Syrie, avec l’Iran et surtout avec la milice Hezbollah au Liban pour se retrouver à présent complètement isolé avec le Qatar et la Turquie pour uniques alliés. Ces deux pays sont les seuls à présent à investir dans des projets civils de reconstruction de la bande, à l’exception de projets militaires. L’avenir du Hamas dépend aujourd’hui des relations qu’il pourra entretenir avec le nouveau régime égyptien et surtout du statut qui sera attribué au terminal de Rafah entre Gaza et l’Égypte.




Discrétion à Gaza



            La gêne des islamistes de Gaza s’exprime pour l’instant par un silence qui préserve l’avenir. Il ne s’agit pas pour eux de se mettre à dos les nouveaux dirigeants et encore moins l’armée égyptienne. Le Hamas ne veut en aucun cas aggraver le blocus de Gaza sachant que la seule ouverture vers le monde extérieur passe par le terminal de Rafah à la frontière égyptienne. On ne peut pas dire qu’il ait en quoi que ce soit bénéficié du régime des Frères musulmans dont la politique n’a pas été différente de celle qui prévalait sous Moubarak et qui avait été empreinte de pragmatisme à l’égard d’Israël. Le traité de Camp David de 1979 n’a pas été remis en cause; le gazoduc égypto-jordanien a été protégé et a continué à transporter le gaz dans le cadre d’anciens accords; enfin l’ambassadeur israélien est toujours resté en fonction au Caire tandis que ses locaux diplomatiques sont sous haute protection.
Ambassadeur au Caire Ithzak Levanon

            Le Hamas est passé du statut d’organisation terroriste à celui d’entité dirigeante consciente de ses intérêts politiques. Il n’a pas bronché lorsque le gouvernement des Frères musulmans a inondé ses tunnels de contrebande. Il sait que la politique du nouveau gouvernement égyptien pourrait être pire et peu favorable au Hamas. Les Égyptiens considèrent suspects de sympathie islamiste les amis de la Confrérie qui cherche à reprendre le pouvoir et même à susciter des troubles pour gêner la bonne marche du pays. Il est fort probable que l’armée aura un œil plus vigilant sur les militants palestiniens qui traverseront Rafah pour empêcher des extrémistes d’entrer en Égypte pour y apporter une aide matérielle.



Moins de soutien égyptien


Tunnel sous Gaza


La liberté de circulation risque à nouveau d’être entravée tandis qu’Israël ne sera plus tenu pour seul responsable du blocus de Gaza. D’ailleurs depuis les nouveaux évènements, les mouvements sous les tunnels, les transferts de carburant en particulier, ont été interrompus entrainant une augmentation des prix à la consommation. Si certes le passage de Rafah est ouvert et opérationnel, seulement 600 personnes ont été autorisées à passer chaque jour contre 1.200 habituellement. En revanche, le terminal gère un afflux massif de Palestiniens quittant l’Égypte pour Gaza en raison de crainte pour leur sécurité.

Le Hamas ne pourra plus compter sur le soutien des Frères musulmans en cas de conflit avec Israël car l’armée égyptienne, même du temps de Morsi, maintient ses bonnes relations avec l’État juif et sait que tout conflit militaire a des motivations et des origines non israéliennes. Il craint surtout les médias égyptiens qui lui étaient hostiles dans le passé parce qu’ils n’approuvaient pas la volonté strictement combative des militants du Hamas, souvent enclins à envoyer des missiles lorsqu’ils subissent des conflits internes. 
Dr Rabah Mhanna du Fplp

La chute de Morsi pourrait être pour les palestiniens de Cisjordanie, et pour Mahmoud Abbas en particulier, l’occasion d’organiser l’éviction du Hamas de Gaza afin de faciliter la réunification du peuple palestinien sous le drapeau du seul Fatah. D’ailleurs Dr Rabah Mhanna, dirigeant du Front populaire pour la libération de la Palestine, a donné le ton : «Nous, au FPLP, soutenons le choix de l’écrasante majorité du peuple égyptien qui a décidé de renverser le régime de la Confrérie ». Il espère que le nouveau régime, débarrassé des islamistes nocifs, pourrait s’occuper avec plus d’efficacité du conflit palestinien.



Gesticulations palestiniennes



Il n’est pas certain que les relations entre le Hamas et l’Égypte s'enveniment comme du temps de Moubarak qui avait imposé un blocus strict de la bande de Gaza. Les nouvelles autorités ont d’autres chats, économiques, à fouetter que de s’intéresser aux questions étrangères. En revanche les nouveaux dirigeants pourraient être tentés de réunifier les mouvements palestiniens, seule condition pour faire avancer le processus de paix. Le Hamas serait alors écarté de la gouvernance à Gaza à moins qu’il accepte un compromis avec Mahmoud Abbas auquel il était opposé, fort de l’arrivée de Morsi au pouvoir.
Adly Mansour

D’ailleurs Mahmoud Abbas n’a pas perdu de temps en envoyant une lettre de félicitations au président intérimaire Adly Mansour exprimant : «l'espoir qu'il réussira à réaliser le rêve du peuple égyptien de la liberté, de l'honneur et de la stabilité». En revanche le Hamas a adopté un profil bas en ne permettant aucune déclaration officielle à ses représentants. Une différence de traitement des évènements égyptiens est facilement perceptible. On se souvient que le 11 février 2011, à l’heure où Hosni Moubarak était évincé, les personnalités et la population de Gaza ont dansé toute la nuit sur les toits pour fêter l’évènement. Il n’y a pas eu de réaction festive de la rue à l’annonce du départ de Morsi ni même de manifestations de réprobation.
Gaza fête l'arrivée de Morsi en février 2011

Mais des sources locales révèlent qu’à Gaza nombreux sont ceux qui rêvent d’un Tamarrod palestinien capable de protester efficacement contre le gouvernement d'Ismaël Haniyeh. Cependant le problème reste entier car il manque à Gaza une armée capable de soutenir comme en Égypte les émeutiers, sauf à faire appel aux militants armés du Fatah, presque tous neutralisés sinon éliminés.
L'éventualité d'une reprise en main de la bande de Gaza par des adversaires des islamistes pourrait modifier la stratégie du Hamas qui ne verrait son salut que dans une réconciliation avec le Fatah. Mais il est probable que Mahmoud Abbas tient ainsi sa revanche d’avoir été longtemps marginalisé, en particulier lors de la visite de l'émir du Qatar à Gaza durant laquelle il n'avait pas été invité. Il n’offrira pas au Hamas une nouvelle occasion pour légitimer son pouvoir à Gaza.

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