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mardi 30 juillet 2013

LA MÉTHODE KERRY POUR LES NÉGOCIATIONS DE PAIX



LA MÉTHODE KERRY POUR LES NÉGOCIATIONS DE PAIX

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
                 
Diner du Iftar du 29 juillet
          
          Le secrétaire d’État américain John Kerry a décidé d’imposer sa méthode pour la tenue des négociations de paix israélo-palestinienne. D’une part il ne prendra pas directement part aux négociations entre les deux parties et laissera les négociateurs dialoguer sans la présence américaine. Cependant il se réserve la possibilité d’intervenir en cas de blocage ou de demande d’arbitrage. D’autre part, il refuse que la négociation s’engage en bloc sur tous les sujets. Les questions seront abordées individuellement, une par une, avant de passer à la suivante. Il tient en effet à obtenir progressivement des questions résolues afin de booster la bonne avancée des négociations. Il ne s’agit pas d’accepter ou de rejeter le package du processus de paix en bloc mais de le découper en plusieurs chapitres indépendants.




Compromis nécessaires


John Kerry et Martin Indyk


            John Kerry a exigé des négociateurs qu’ils envisagent des compromis s’ils veulent que les pourparlers se poursuivent. Pour rassurer les Israéliens, il a nommé un ancien ambassadeur à Tel-Aviv, Martin Indyk, comme envoyé spécial américain. Martin Indyk recherche sa propre revanche car il a participé à l’échec, «humiliant» pour lui, du sommet de Camp David en 2000 sous la présidence de Bill Clinton.
Saeb Ereikat et Tsipi Livni

          John Kerry compte sur les bonnes relations anciennes entre Tsipi Livni et Saeb Ereikat qui se connaissent et qui ont déjà négocié ensemble. Pour symboliser les retrouvailles, un diner œcuménique de rupture du jeûne de ramadan (iftar) est organisé le 29 juillet pour prouver les bonnes relations et la bonne volonté des négociateurs. Il faudra trouver un nouveau déclic qui ravivera la confiance entre les parties, ce qui a manqué lors de toutes les négociations précédentes. 

            Les points de divergence sont nombreux. Le statut final de Jérusalem est en jeu. Israël ne pourra pas accepter que la ville soit divisée alors qu’elle est revendiquée comme capitale pour le nouvel État palestinien. Le droit au retour des réfugiés avait été la cause de l’échec des négociations Arafat-Barak. Il s’agit de trouver une formule pour définir les réfugiés concernés et le lieu où ils pourront se réinstaller. Les nouvelles frontières devront tenir compte de la réalité des nouvelles villes israéliennes. Si les gros blocs d’implantation ne pourront jamais être démantelés, il reste à trouver une solution pour les petites implantations éparpillées en Cisjordanie et qui ne constituent en fait qu’une solution sécuritaire temporaire sans impact sur la stratégie israélienne.


Difficultés certaines


            Une certitude cependant envahit les négociateurs qui sont conscients des difficultés auxquelles ils devront faire face, malgré l’optimisme de rigueur affiché au début des négociations. En fait, il ne s’agit pas d’engager des négociations à proprement parler mais d’établir des procédures sur la manière de conduire les négociations. Dans un premier temps le fond des sujets ne sera pas abordé mais la manière dont ils seront traités, avec un échéancier à établir.
Libération de prisonniers

            Israël a le premier fait preuve d’ouverture en décidant de libérer 104 prisonniers de longue durée. La libération se fera par palier, au fur et à mesure de l’avancement des pourparlers pour servir d’épée de Damoclès sur la tête des palestiniens. La plupart des libérables sont des cinquantenaires usés par la durée d’emprisonnement que l’on verrait mal se remettre aux affaires terroristes. Certes ils seront accueillis en héros à Ramallah, Djénine ou Naplouse mais ils seront complètement déphasés dans un monde qui s’est passé d’eux pendant des dizaines d’années, en vain, sinon l’assassinat d’innocents juifs. Certains s’exileront d’eux-mêmes à l’étranger pour choisir une nouvelle vie, loin de la hantise des victimes qui occupe leur esprit. D’autres deviendront des pensionnés anciens combattants qui survivront grâce aux aides palestiniennes dans leurs villages où ils deviendront la mémoire nationaliste des jeunes. D’autres enfin, tenteront de raviver l’esprit combattant chez certains militants en leur servant de modèle, après une expérience acquise sur le terrain mais brutalement interrompue par leur capture.



Fausse note palestinienne



            Le sage a parlé. Shimon Pérès, toujours optimisme comme à son habitude, a salué la reprise des pourparlers de paix : «Nous voulons mettre en place une solution à deux États, d'un État palestinien à côté de l'État d'Israël, vivant en paix et en amitié et mettre fin à tous les conflits. Le Moyen-Orient est dans une situation orageuse. Nous espérons qu’il va surmonter sa tempête et atteindre un port de paix».
Khalida Jarrar

            Mais une première fausse note s’est faite entendre du côté palestinien. Le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), membre de l’OLP, a rejeté la décision de reprendre les négociations qui, selon lui, n’avait pas reçu le soutien de l'OLP dans son ensemble. Une dirigeante du parti, Khalida Jarrar a confirmé que «Le FPLP est opposé à une reprise des négociations. Il s'agit d'un geste individuel. Ces discussions se tiennent sous les auspices des États-Unis, exactement comme il y a 20 ans lors des accords d'Oslo. Nous sommes allés vers les Nations unies précisément pour que notre cas ne soit pas entre les mains des États-Unis».

Sami Abou Zouhri

Sans surprise, le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, a rejeté la reprise des négociations de paix. Son porte-parole Sami Abou Zouhri a précisé : «Le Hamas rejette l'annonce de Kerry sur la reprise des négociations. Mahmoud Abbas n'a aucune légitimité pour négocier au nom du peuple palestinien sur des questions fondamentales». C’est dire que Mahmoud Abbas aura beaucoup à faire à convaincre d’abord son propre camp. Cela sera plus compliqué que d’affronter les Israéliens.

Les négociateurs se sont donné neuf mois pour obtenir un résultat probant, le temps d’enfanter un monstre ou un bébé plein d’avenir.

5 commentaires:

Jean Smia a dit…

L'idée de soumettre le résultat des négociations à un referendum est habile.
Car il permet de circonvenir les surenchères idéologiques et escalades verbales des différentes tendances politiques des partis Israéliens et Palestiniens.

Cependant, je pense que l'on aurait été dispensé des commentaires pessimistes des spécialistes et des dissonances de nombres d'élus de tous bords, si l'on avait commencé par un référendum Israélien et Palestinien sur la reprise de négociations. Cela aurait officialisé le mandat des négociateurs quant au désir des deux peuples de parvenir à une solution négociée.
Alors qu'aujourd'hui, on voit bien que, quelles que soient les propositions auxquelles on va parvenir, les négociateurs seront réfutés. Car ceux dont le fond de commerce est le conflit Israelo-Palestinien sont dans les deux camps. Et la paix risque de leur couter cher.

Un referendum préalable aux négociations mettrait les responsables politiques devant la mission particulière, spécifique et unique qui sera d'avoir à trouver le moins pire des arrangements pour chacune des deux parties, contrairement à leurs objectifs politiques électoraux habituels qui consistent à se faire élire en soulignant les problèmes sans jamais proposer de solutions acceptables par les deux parties.
Cela leur sera autrement difficile que de baratiner une campagne électorale ou de combiner des compromis pour obtenir des subsides ou des votes.
Car, dans le cas où ces négociations aboutiraient à une paix, les sacrifices de chacun seront tels que cette paix aura, pour les deux camps, une arrière goût de défaite.
Et les politiques qui l'auront obtenue seront dans les livres d'histoire, mais ne seront jamais réélus.

Avraham NATAF a dit…

Les palestiniens n'ont rien à perdre et tout à gagner, les israéliens ont tout à perdre et rien à gagner.

Betty ERNOTTE a dit…

La Paix ne sera pas pour demain. Voyons déjà le Hamas ce qu'il dit :"Sans surprise, le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, a rejeté la reprise des négociations de paix. Son porte-parole Sami Abou Zouhri a précisé : «Le Hamas rejette l'annonce de Kerry sur la reprise des négociations. Mahmoud Abbas n'a aucune légitimité pour négocier au nom du peuple palestinien sur des questions fondamentales». et TOC ! et on dira encore que c'est la faute des Israéliens ???

Jean Smia a dit…

@Avram Nataf
Rien à gagner ????
Demandez au Syriens combien ça coute, la Paix.
Faut pas attendre les soldes, pour se la payer, la paix, car y a jamais de soldes.

AMMONRUSQ a dit…

Tout ça c'est bien, mais lorsque on consulte les commentaires sur ce sujet on constate le fossé qui existe entre les deux parties, d'abord le monde médiatique qui attise le feu et celui politique qui ne fait pas mieux.
Ce qui me désole un peu c'est que l'histoire est absente de la mise en route des discutions !