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vendredi 19 juillet 2013

LA MÉTHODE COUÉ DE KERRY OU L'ESPOIR D’UN DIALOGUE



LA MÉTHODE COUÉ DE KERRY OU L’ESPOIR D’UN DIALOGUE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

 

À chacune des visites de John Kerry au Proche-Orient, la délégation américaine laisse régner un optimisme exagéré alors que les négociations n’avancent pas d’un pouce en raison des blocages imposés par les deux parties. Alors, John Kerry use de la méthode Coué pour convaincre israéliens et palestiniens à accepter une reprise des pourparlers de paix sans conditions. C’est méconnaitre à la fois l’état d’esprit des protagonistes et la réalité sur le terrain. 


Des palestiniens réticents


Il y a en effet une constante à laquelle on ne déroge pas. Les palestiniens ne donnent pas l’impression de vouloir signer un quelconque accord car ils n’ont pas de leader suffisamment fort, un Ben Gourion bis, capable d’expliquer que le choix des armes est révolu et que seul le dialogue peut débloquer une situation inextricable. Poser des conditions qu’ils savent irréalisables prouve qu’ils cherchent à se défiler pour échapper aux concessions douloureuses. Ils savent que le gel des constructions ne peut être accepté par le gouvernement israélien en dehors d’un accord signé. Par ailleurs, aucun dirigeant, de droite comme de gauche, n’acceptera le retour de centaines de milliers d’ex-réfugiés dans un territoire trop exigu pour contenir toute la misère palestinienne. 

Conseil de l'OLP

 


Le courage politique manque à Mahmoud Abbas puisqu’il veut faire endosser l’échec des pourparlers, d’abord sur son parti le Fatah puis sur l’ensemble du comité exécutif de l’OLP qui estime que «Kerry n’a pas fourni de garanties d’un arrêt de la colonisation ni de référence claire pour les négociations, selon les frontières de 1967». Or le premier ministre israélien a plusieurs fois expliqué qu’il n’était pas dans ses intentions de s’opposer à la croissance naturelle des blocs d’implantations d’Ariel, du Goush Etzion, de Maalé Adoumim, et de Jérusalem-Est. 


Un président contesté

  Mais le président de l’Autorité n’est pas libre de ses actes et de ses décisions. D’une part, il n’a plus de légitimité puisque les électeurs ne lui ont pas renouvelé son mandat au delà de la durée légale. Il est donc conscient que sa signature au bas d’un accord serait entachée de nullité si l’ensemble des organisations palestiniennes ne cautionnaient pas la paix. D’autre part, la décision ne lui appartient pas seul puisque le Hamas à Gaza, coresponsable de l’avenir du peuple palestinien, est opposé à tout accord avec les israéliens. Le Hamas lui-même est déjà éclaté en deux tendances qui s’affrontent et qui risquent de régler leur différend par les armes. Il faut donc se rendre à l’évidence qu’aucune bonne intention, même américaine, ne suffit pour paver le chemin d’une paix éventuelle.


D’ailleurs les palestiniens de Cisjordanie sont eux-mêmes divisés. L'offre de Kerry a été soutenue par 21 membres du comité central de l'OLP réuni à Ramallah mais la réunion a été houleuse car  de hauts responsables du mouvement exigeaient des garanties internationales avant le renouvellement des négociations. Les Palestiniens ont refusé de reconnaître Israël en tant qu'État juif de crainte qu'il pourrait porter atteinte à leurs demandes pour un «droit au retour» et les droits de la minorité arabe d'Israël.


 


Changement de méthodes


 


Tant que la méthode des négociations n’est pas modifiée de manière radicale, aucun espoir d’avancée ne sera perceptible. Les deux parties doivent s’asseoir à la table des négociations, sans conditions, chacune apportant un document contractuel établissant des propositions précises et chiffrées pour un plan de paix. La suite serait alors l’objet de marchandages qui n’auraient rien d’exceptionnels dans une région de souks  où le dernier mot appartient à celui qui aura le plus convaincu. 

Constructions dans les implantations

 


Parler des frontières de 1967 est certes une base de travail mais nullement un objectif quand on sait que la situation a tellement évolué et est tellement volatile que parler de 1967 c’est revenir au Moyen-Âge des relations entre juifs et arabes. En mettant le passé au centre des discussions, on ne fait que raviver des plaies qui ne seront jamais cicatrisées. L’urgence de la situation impose de repartir sur des bases nouvelles, à partir de l’état des acquis actuels. Or plus le temps passe, plus les implantations s’étendent et plus l’espace réservé à l’éventuel nouvel État palestinien se réduit en peau de chagrin. L’administration militaire devait, dans les jours qui viennent, entériner les plans de construction de 1.071 unités de logement dans des implantations de Cisjordanie et valider l’ultime phase d’un projet portant sur 732 unités à Modiin Illit.


 


Échec des révolutions


 


Après l’échec des révolutions arabes, la chute des Frères musulmans en Égypte et la guerre de Syrie, les Palestiniens doivent se rendre à l’évidence qu’ils ne sont plus en position de force. Ils pourraient obtenir un soutien massif de l’Europe et des États-Unis s’ils adoptaient un profil bas en acceptant d'entrer dans la négociation. Il est vrai que les israéliens posent aussi leurs conditions à savoir le refus de discussions sur la base des frontières de 1967 et l’exigence de la reconnaissance d’Israël comme État juif. 

Sylvain Shalom

 


Pour montrer une volonté de calmer les esprits, Israël a fait quelques efforts sécuritaires pendant la visite de John Kerry en levant certaines restrictions à la circulation en Cisjordanie comme l’explique le ministre israélien du Développement régional Sylvain Shalom : «Dans le cadre d'une ouverture des négociations, il est possible de mener ce qu'on appelle des mesures de rétablissement de la confiance». Mais en vain. 

De son côté l’Union Européenne a voulu s’intégrer de manière partiale dans le processus de paix en lançant de nouvelles lignes directrices qui excluent «explicitement les territoires occupés de sa coopération avec Israël». Le choc psychologique est certes important mais les effets réels dans l’absolu sont négligeables. Seule l’université d’Ariel pourrait souffrir d’une manque de financement européen mais il appartiendra au gouvernement, et aux autres universités d’aider la jeune université naissante, par solidarité.  

 


Le cas consistant à raviver un processus de paix moribond n’est pas nouveau. Tous les secrétaires d’État avant Kerry ont connu la même déception, depuis Hillary Clinton, Condoleezza Rice, Colin Powell et le grand Henry Kissinger, comme s’il y avait une malédiction qui frappait la région des Pharaons. Mais à chaque mandat de président américain, les États-Unis tentent à nouveau de ranimer un mort. On ne comprend donc pas leur acharnement à tenter une paix impossible dont personne ne veut, ni du côté palestinien et ni du côté israélien.


 


Opposition israélienne




La seule ministre qui affiche une voix discordante reste Tsipi Livni, responsable des négociations avec les palestiniens, qui a estimé que le gel des pourparlers avec les arabes ne pourrait «qu’accélérer l’isolement d’Israël, surtout si l’Union Européenne mettait à exécution sa menace de dissocier les territoires au-delà de la ligne verte de tout accord économique.

Naftali Bennett

 


En tout état de cause, le blocage vient aussi du côté israélien car Naftali Bennett, leader de Habayit Hayehudi, a déjà menacé de quitter la coalition si le gouvernement amorçait des pourparlers de paix sur la base des frontières de 1967 : «Nous tenons à préciser. Habayit Hayehudi sous ma direction ne saurait participer, même pour une seconde, à des négociations fondées sur les frontières de 1967. Notre capitale Jérusalem n'est pas, et ne sera jamais, un sujet de négociations». 

Il n’est pas le seul à contester puisque tous les membres de la droite à la Knesset, à l’instar de la député Miri Regev qui a pris la tête d’un front contre les négociations, ont abondé dans le même sens. La nouvelle direction du Likoud, qui s’est alignée sur les thèses de la droite nationale, ne fera aucun cadeau à Benjamin Netanyahou dans sa quête d’un accord, même à minima. L’épée de Damoclès, symbolisée par la rupture de la coalition gouvernementale, limite les marges de manœuvre du premier ministre et l’on ne voit aucune issue potentielle à moyen terme.


À l’opposé de l’échiquier politique, la travailliste Shelly Yacimovich presse Netanyahou de reprendre les négociations : «La réalité dicte maintenant des conclusions claires menant au lancement immédiat de négociations politiques avec les Palestiniens dans une tentative sincère de parvenir à une solution. Ce n'est pas le résultat d'un intérêt américain, européen ou même palestinien. L'intérêt israélien et sioniste se trouve maintenant en continuant à réaliser la vision d'un État juif et démocratique. Toute personne qui ne suit pas ce chemin soutient en fait une solution binationale».

 


Bref, on ne peut pas signer de paix sans la volonté des deux parties et on ne peut pas forcer les protagonistes à se parler alors qu’ils préfèrent garder la bouche bée. Le public a l'impression d'assister à la même mauvaise pièce jouée par les mêmes acteurs qui commencent à lasser les spectateurs. 

 

Mais dans toutes les pièces il y a toujours un coup de théâtre. Le secrétaire d'État américain John Kerry, qui s’était rendu vendredi 19 juillet à Amman, a annoncé être parvenu à un accord qui jette les bases d'une future reprise des négociations israélo-palestiniennes. Une réunion aura lieu à Washington la semaine prochaine entre négociateurs palestiniens et israéliens pour relancer les pourparlers de paix. John Kerry a affirmé que le négociateur palestinien Saëb Erakat et son homologue israélienne Tsipi Livni, accompagnée de Yitzhak Molcho, se réuniront avec lui à Washington «pour entamer les pourparlers au cours de la semaine prochaine». Il s’agit de réunions pour préparer d’autres réunions. Il n'a pas voulu entrer dans les détails de l'accord intervenu, déclarant que les bases d'une reprise du processus de paix restaient encore à formaliser. On ne pourra parler d'avancée sérieuse que lorsque Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas seront assis à la même table de négociation.

Peu d’informations transpirent sur cet accord sinon quelques hypothèses ou indiscrétions. Israël accepterait d’élargir d'anciens prisonniers palestiniens et ferait des gestes économiques importants dont on ignore la nature. Les Palestiniens se seraient engagés à ne plus agir unilatéralement auprès des instances internationales pour exiger la création d'un Etat palestinien. Israël ne construira pas de logements en dehors des grands blocs d'implantations existantes. Les négociations, qui seront menées dans le plus grand secret, sont prévues pour durer au moins un an avant que les deux grands leaders ne soient directement impliqués dans les discussions. C'est le temps minimum pour que les deux parties arrondissent les angles auprès de leurs propres opposants. 

 

  

2 commentaires:

AMMONRUSQ a dit…

Merci beaucoup, car lorsque on écoute les chaînes Françaises on a l'impression qu'il y a un accord en route alors que ce n'est pas vrai et réaliste !

Pat Quartier a dit…

Excellente analyse journalistique. Effectivement tout n'est que bavardage et illusions qui continueront tant que la vérité crue reste difficile à exprimer:
Il ne peut y'avoir d'accord car les positions de fond touchant à la survie d'Israel sont inconciliables, les palestiniens n'y étant pas mûrs ni donc intéressés.
Les raisons sont connues et multiples.
Faut-il y revenir?
-Les Palestiniens de l'OLP et du Hamas (oublié dans l'article comme s'il n'existait pas partagent des buts identiques vis a vis d'Israel : son éradication a plus ou moins long terme, l'un par des moyens politiques aidé par la Communauté Internationale dont l'UE vendue aux petro-dollars et craintive de l'Islam de son immigration, l'autre par des moyens militaires.
Ils jouent le concert en commun bien qu'ils se détestent tous les 2 parce qu'ils se contestent le pouvoir qui rapporte gros à leurs élites corrompues.
Ils sont d'accord pour un retour en un premier temps d'Israel dans des frontières difficiles à défendre, sachant le pays trop petit pour revenir dans ses lignes d'armistice qui ne riment a rien sans compter le traumatisme d'expulser pour rien comme au gouch katif cette fois des centaines de milliers d'Habitants.
Leur politique est de ne rien faire ,de laisser la demographie et le temps leur donner l'espoir de voir disparaitre Israel.
C'est cette arrière-pensée clairement exprimée par Arafat qui guide les palestiniens et le monde arabo-islamique-avec des nuances d'intérêt dominés par la peur des impérialismes entre leurs schismes.
Par contre des accords d'amélioration sur le terrain sont possibles. Et d'ici un an comme on dit Dieu est grand, et la situation géopolitique sera tellement différente que nul ne peut rien prévoir, sauf qu'Israel doit tenir et se renforcer pour tenir tête haute à ses ennemis, le mot partenaire étant ridicule.