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mardi 9 juillet 2013

LA CHUTE DE MORSI : TROIS ENSEIGNEMENTS



LE REGARD DE JACQUES BENILLOUCHE POUR  TRIBUNEJUIVE.INFO

LA CHUTE DE MORSI : TROIS ENSEIGNEMENTS



Moubarak dit : Tu veux jouer au gendarme et au voleur ?
Trois enseignements peuvent être tirés de la chute de Mohamed Morsi. Une erreur de casting au moment du choix des candidats aux élections présidentielles peut être une erreur fatale pour le parti qui conduit le gouvernement. Le pouvoir de la rue prime sur le pouvoir des urnes tandis que le pouvoir des laïcs reste fort dans la civilisation égyptienne. Et enfin les peuples arabes ne sont toujours pas prêts à une véritable démocratie à l’occidentale.



Un candidat par défaut


Le docteur Khairat al-Chater


Mohamed Morsi n’a pas été le premier candidat choisi par les Frères musulmans. Membre influent de la Confrérie et réputé pour tenir l’ensemble des rouages du mouvement, Khairat al-Chater avait été désigné candidat du Parti de la Liberté et de la Justice le 31 mars 2012. Mais en indélicatesse avec le régime de Moubarak, il avait été plusieurs fois condamné. Sa dernière condamnation à sept années d’emprisonnement en 2007, sur des accusations de terrorisme et de blanchiment d'argent, le rendait inéligible mais la candidature de Morsi en catastrophe pour palier l'inégibilité de Shater n’avait pas reçu le soutien populaire espéré.

Al-Chater, professeur d’ingénierie et riche homme d'affaires, était considéré comme le véritable chef de la confrérie qu’il dirigeait de main de maitre. Malgré son élection à la présidentielle, Morsi n’avait pas réussi à se hisser à la hauteur de ce dirigeant charismatique, figure la plus puissante de la confrérie depuis les années 1950. Morsi restait donc le second couteau face au véritable homme fort de la nouvelle Égypte et éminence grise et grand argentier du mouvement.

Les Frères ont beaucoup perdu de l’élimination de Khairat al-Chater de la compétition. Bien que convaincu que «tous les aspects de la vie doivent être régis par l’islam»,  il était présenté comme un islamiste «modéré» et pragmatique qui n’aurait pas fait les erreurs de Morsi qui a voulu tout islamiser à outrance. Les Frères ont ainsi payé cher une erreur de casting qui risque de les éloigner du pouvoir pendant de longues années encore, à moins qu’ils ne décident de s’insérer dans le processus démocratique des nouvelles élections. Nombreux sont les amis de Morsi qui découvrent aujourd’hui qu’il a été incompétent et que le costume de président était trop large pour lui.



La loi de la rue




            Les évènements d’Égypte ont démontré la primauté des foules massées dans les rues des villes sur  la démocratie élective. Cela risque d’être un précédent dans la région si une combinaison des mouvements de rues et de la pression des tanks peut remettre en question les résultats d’élections libres. À ce titre, les perspectives de l’Égypte sont sombres. Le pays paie l’entêtement de Mohamed Morsi à n’avoir pas réagi immédiatement aux desiderata d’un peuple qui contestait ses décisions maladroites et qui réclamait du changement. 
          La manifestation du 30 juin avait été annoncée plusieurs jours à l’avance et le gouvernement aurait pu la neutraliser, non pas par la force, mais par un train de mesures politiques qui auraient pu calmer les émeutiers. Il s’est entêté à brandir sa légitimité qui lui permettait, selon lui, de maintenir le cap de décisions inadaptées pour les laïcs, une grande couche de la population même s'ils se revendiquent de l'islam. Il s’est enferré dans ses convictions alors que les chiffres parlaient contre lui : les chiffres du chômage, de l’inflation, et des réserves de devises. Il est devenu le principal coupable de la chute de la démocratie égyptienne qui, pourtant, avait de beaux jours devant elle depuis la révolution de 2011. 

            Il a fait des laïcs les ennemis de la nation parce qu’il s’appuyait aveuglément sur ses convictions puisées dans l’idéologie islamiste. Or il a feint d’ignorer que la mentalité laïque était ancrée depuis plusieurs siècles en Égypte parce qu’elle permet le développement de l’instruction, la pluralité des idées, l’ouverture à un monde moderne technologique. Le parti Wafd, l'un des plus anciens partis égyptiens, qui se revendique patriotique et laïc, avait sa propre devise : «La religion est pour Dieu et la patrie pour tous». Au contraire, l’anachronisme des dirigeants religieux a augmenté l’injustice, les inégalités sociales et la corruption mais surtout l’inquiétude de la forte minorité des chrétiens (8 à 9 millions) qui se sont sentis brimés par le gouvernement islamiste.
Coptes dans la douleur

            Cette loi de la rue risque d’être néfaste pour la démocratie en général et pour les pays arabes dont la démocratie est chancelante. Elle incitera les mécontents à user et à abuser de la rue en écartant les processus démocratiques et en évitant de régler les problèmes au sein des parlements. La paix elle-même est menacée. L'Égypte va transmettre un message dramatique à tous les islamistes du monde, les persuadant que seule la force leur permettra d’exister s’ils gagnent démocratiquement les élections. Ils utiliseront la manière forte et la violence dès leur arrivée au pouvoir pour neutraliser leurs ennemis. Il faut cependant avouer que l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Égypte s’est traduite certes par une neutralisation de l’opposition et des forces vives laïques de la nation, mais sans déferlement de violence, sans règlements de compte, sans assassinats prémédités, sans procès truqués et sans vengeance. Les prisons n’ont pas été remplies d’opposants politiques. 



Pas de véritable démocratie




            L’enseignement des évènements d’Égypte tend à prouver que les pays arabes ne sont pas encore prêts à une véritable démocratie. L’armée, institution la plus organisée des régimes dictatoriaux, est la seule qui puisse jouer un rôle auprès des révolutionnaires pour leur apprendre les rudiments de démocratie. Les islamistes tentent de s'afficher en vrais démocrates lorsqu’ils sont dans l’opposition. Ils feignent alors de se plier aux règles et de respecter les institutions dans le seul but de parvenir au pouvoir.

Mais avec l’expérience égyptienne il est à craindre qu’une fois le pouvoir obtenu,  ils se comportent dorénavant en fossoyeurs de la démocratie, parfois brutalement comme en Iran, mais souvent sournoisement comme en Turquie, pour ne pas brusquer les corps constitués.  L’expression «démocrate» ne fait plus partie du vocabulaire des islamistes. Alors qu’il existe dans les pays occidentaux des partis sociaux-démocrates ou chrétiens-démocrates, aucune révolution arabe n’a donné naissance à un parti démocrate islamique. Il semble que ces deux termes soient antinomiques pour les peuples musulmans comme si l’islam créait de fait une incompatibilité de concept.

Selon Abraham Lincoln, «la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple». Or la liberté individuelle ne se conçoit pas dans les régimes islamiques car, la religion, qui est pourtant un choix personnel, joue un rôle considérable dans la vie des hommes et se pose en concurrente de la démocratie. La religion et la démocratie ont pour objectif d’établir des lois et des principes de vie commune, de structurer la société, et de proposer un modèle fondé sur les valeurs universelles. Or l’islam est opposé à la démocratie car il repose sur la prépondérance du sacré sur les hommes et fonde son principe absolu qu'en dehors des vertus religieuses, il ne peut y avoir de morale ni de salut.



Islamisme antidémocratique




L’islamisme considère que le coran, la charia  et la sunna sont les seules sources de la loi. Or si la croyance religieuse est ancrée dans le passé, la croyance démocratique se veut tournée vers le futur. C’est pourquoi l’horloge islamique s’est arrêtée au VIIème siècle. Il y a eu certes quelques tentatives d’interprétation des textes sacrés, l’Ijtihad, en utilisant la réflexion humaine et la créativité intellectuelle mais le rigorisme sunnite des fondamentalistes d’Arabie, d’Iran, d’Irak, de Syrie et d’Égypte a  mis un terme à ce qui était considéré comme des dérives inacceptables.

Mais du même coup, il a conduit l’islam à un suicide culturel car l’esprit critique était banni et l’interprétation des textes sacrés interdite. La crainte des cultures modernes, venues de différents horizons, a conduit à développer une interprétation plus rigoriste de la religion qui a mis au ban de la nation des illustres écrivains et penseurs musulmans taxés de déviationnistes, suffisamment pour être parfois condamnés à mort. L'intolérance devenait un sentiment constant chez les tenants de l'orthodoxie.

Les islamistes ont montré qu’ils avaient deux stratégies pour arriver au pouvoir selon les pays où ils résident et selon la faiblesse de leurs institutions. Plus le pouvoir est faible ou craintif et plus ils arrivent à leurs fins. Les légalistes respectent les lois en vigueur et se fondent dans la société où ils vivent en manifestant une patience à toute épreuve. C’est le cas en Tunisie et en Égypte. Ils n’ont pas besoin d’user de violence puisqu’ils s’appuient sur la pauvreté et le chômage des jeunes et, d’une manière générale, sur le mécontentement des populations qu’ils abreuvent de promesses qui ne seront jamais tenues.
 
Combattants d'Al-Qaeda

Les révolutionnaires ont en revanche recours à la violence pour renverser les régimes en place. C’est le cas des talibans en Afghanistan et au Pakistan et des membres d’Al-Qaeda agissant au Maghreb qui estiment que, pour accéder au pouvoir, ils doivent user de l’arme du terrorisme pour donner une vision concrète à leur internationale islamiste. Mais la frontière entre légalistes et révolutionnaires est poreuse et conduit certains «modérés» à faire preuve d’encore plus d’activisme.

La primauté du pouvoir religieux sur le pouvoir politique mène à tous les excès et surtout à la violation de la démocratie. L’islamisation instaurée en Iran, en Arabie Saoudite, au Soudan et en Afghanistan s’est traduite par la mise en place de dictatures implacables. L’Égypte est tombée dans le même travers après la confiscation de tous les pouvoirs par le président Mohamed Morsi.

Mais tous ces adeptes de l’intensification de l’introduction de la religion dans les rouages de l’État égyptien  ne se sont pas rendu compte qu’ils menaient leur pays vers son propre déclin. Ils n'ont pas compris que seul un État démocratique laïc peut permettre à la religion de prospérer tout en garantissant les libertés fondamentales des individus et des minorités.

                  Des régimes islamistes, dits improprement «modérés», comme la Turquie et, jusqu'alors l’Égypte, ont trompé leurs populations et les occidentaux grâce à une stratégie sournoise. Ils se sont attaqués d’abord à l’armée, détentrice de la force, puis se sont retournés vers les institutions pour réduire en esclavage, sous l’alibi de la religion, des  malheureux qui ont cru en eux. En fait, islamisme et démocratie sont des concepts non compatibles. 

 http://www.tribunejuive.info/international/la-chute-de-morsi-trois-enseignements

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