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vendredi 26 juillet 2013

ICI GAZA, LES ÉGYPTIENS PARLENT AUX ÉGYPTIENS !



ICI GAZA, LES ÉGYPTIENS PARLENT AUX ÉGYPTIENS !

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

             
          Les partisans de Mohamed Morsi ne désarment pas et ils n’ont pas l’intention d’accepter le changement de gouvernance qui leur a été imposé par l’armée. Alors ils recherchent leur général de Gaulle et leur lieu de repli, leur Londres, pour continuer le combat. Ils sont prêts à toutes les alliances, même les plus improbables, pour retrouver le pouvoir qu’ils ont laissé échapper.





D’abord la violence


Armée égyptienne au Sinaï


            Dans un premier temps ils utilisent la violence pour exister. Plus de 150 personnes sont mortes dans des heurts liés aux troubles depuis la fin du mois de juin. Une quarantaine d'autres ont perdu la vie durant cette période dans la région instable du Sinaï, frontalière d'Israël et de la bande de Gaza, lors d'attaques contre l'armée et la police, ou lors d'opérations militaires contre des radicaux islamistes. Les Frères musulmans n’ont donc pas désarmé et tentent d’organiser la résistance bien qu’ils soient surveillés et poursuivis.
Mahmoud Ezzat

            Il aurait trouvé leur de Gaulle en la personne de Mahmoud Ezzat, 62 ans, professeur de médecine à l'Université de Zaqaziq et secrétaire général des Frères musulmans. C’est un habitué des geôles égyptiennes depuis 1965 car il a eu maille à partir avec les services sécuritaires de Moubarak. Il a été emprisonné plusieurs mois dans le cadre d'arrestations de masse de Frères musulmans et de manière préventive avant les élections parlementaires de 1995. Un tribunal militaire l’avait condamné à cinq ans de prison pour appartenance à une organisation interdite. Ses états de service le qualifient pour mener le combat de la Confrérie contre le nouveau pouvoir égyptien. 
Mohamed Badie

Le procureur général égyptien avait ordonné le 11 juillet 2013 l’arrestation du chef spirituel des Frères musulmans, Mohamed Badie, et d’autres hauts responsables de la confrérie dont Mahmoud Ezzat Ibrahim, assistant de Badie,  dans le cadre des violences, qui ont fait plus de 50 morts. Ils étaient accusés d’incitation à la violence, en relation avec ces heurts sanglants survenus devant le siège de la Garde républicaine au Caire. Devant les poursuites engagées par le nouveau pouvoir, six responsables des Frères musulmans, ont décidé de quitter l'Égypte pour créer une tête de pont, au-delà des frontières, afin d’organiser à la fois le combat politique mais aussi une révolte contre les nouveaux dirigeants.



Gouvernement en exil



Le groupe, qui a quitté l’Égypte, s’est appuyé sur les réseaux dormants du temps de Moubarak qui ont été réactivés à la chute du président Morsi.  L’armée égyptienne contrôle toutes les routes menant au Sinaï et a détruit plus de 80% des tunnels de contrebande par où passaient les hommes et les marchandises. Mais les fuyards ont utilisé des bateaux de pêche qui font la navette en longeant la côte d’Alexandrie à Gaza.
Apache

L’armée égyptienne aurait été informée par les vedettes militaires israéliennes qui patrouillent au large de Gaza et qui assurent la sécurité des frontières maritimes, au sud d’Israël. Elle a donc demandé à sa marine nationale de bloquer les trafics de bateaux entre Gaza et le Sinaï. Les hélicoptères Apache égyptiens n’arrêtent pas de survoler la région pour limiter la fuite de dirigeants islamistes.

Quelques hauts dirigeants des Frères musulmans ont donc réussi à mettre en place un poste de commandement au Beach Hôtel à Gaza pour s’organiser et préparer la reconquête militaire. Ils ont obtenu le concours de la branche armée du Hamas, les brigades Azzedine al-Qassam, et même de leurs concurrents, les salafistes affiliés à Al-Qaeda au Sinaï. Leur volonté est mettre à feu et à sang le nord Sinaï avec l’objectif d’impliquer Israël dans le conflit. 
Al-Qaeda au Sinaï



Révolte au Sinaï



Les dirigeants islamistes espèrent étendre leur révolte depuis le Sinaï jusqu’à l’Égypte pour redonner le pouvoir à Mohamed Morsi. Ils peuvent compter sur Mahmoud Izzat, qualifié «d’homme de fer» par ses amis et qui occupe la quatrième place dans la hiérarchie de la Confrérie.  Son rôle serait de réunifier la résistance sous une même bannière en rassemblant les militants du Hamas et du Djihad islamique du Sinaï dirigés par l’égyptien Ramzi Mowafi. 
Ben Laden et Mowafi

Les opérations ont déjà commencé puisque des hommes armés ont ouvert le feu contre le véhicule d'un haut responsable militaire dans la péninsule du Sinaï. La voiture de ce haut gradé s'est trouvée sous un feu nourri, ce qui a ensuite entraîné des échanges de tirs entre des forces de sécurité et des éléments terroristes. Le militaire est sorti indemne de l'incident, qui s'est produit dans la zone de Cheikh Zouwayed, près de la frontière avec le territoire palestinien de Gaza.

L’utilisation de Gaza comme terrain de reconquête pose le problème des relations avec le Hamas qui pourrait torpiller le processus de paix en cours. Il avait quitté l’axe du mal comprenant l’Iran, la Syrie et le Hezbollah pour se rapprocher de l’Égypte, du Qatar et de la Turquie. La chute de Morsi pourrait l’encourager à renouer les liens avec l’Iran pour obtenir à nouveau des financements et des armes. Les brigades Azzedine al-Qassam pourraient revenir au-devant de la scène sachant qu’ils sont spécialistes de l’envoi de missiles sur le sud d’Israël. 
Moussa Abou Marzouk

Mais l’Iran semble rancunier et n’a pas bondi au renouvellement des relations. Il veut utiliser le Hamas comme épouvantail de ce qui peut arriver à quiconque se dresse un jour contre lui et contre sa recommandation de soutenir le régime syrien. Des responsables du Hamas conduits par Moussa Abu Marzouk, du Hezbollah et de l'Iran se sont réunis à Beyrouth pour envisager une collaboration et une attitude commune vis-à-vis de l’Égypte. L’Iran veut s’appuyer sur le Hamas, parce qu’il s’agit d’un mouvement armé le mieux organisé, et sur les mutins de la Confrérie pour reprendre pied par la violence en Égypte. 



Front israélien



Mais la volonté de réchauffer le front du Sinaï inquiète particulièrement Israël qui voit avec danger s’ouvrir un nouveau front au sud. Les chefs des Frères musulmans en exil à Gaza veulent s’appuyer sur les attaques contre l’armée égyptienne à  Al-Masa'id, Al-Joura, et le camp central de sécurité à Al-Ahrash pour exister et relancer le combat. Les milices du Sinaï disposent de véhicules, d’armes légères et lourdes et de lanceurs RPG-7 en provenance des stocks de Libye, de quoi causer des dégâts à l’armée égyptienne. 
Frontière Israël-Egypte

Pour l’instant les opérations ne s’éloignent pas des frontières de Gaza, dans une zone de 40 kilomètres entre Al-Arish et Cheikh Zoweid, prolongeant au nord vers Rafah le long de la frontière avec Israël. Des informations locales précisent déjà que 22 groupes, politiquement divers, ont uni leurs forces évaluées à 12.000 combattants. Ils agissent selon la stratégie classique d’Al-Qaeda en se décomposant en petites unités pour mener à bien les opérations.

Il n’est pas impossible que l’armée égyptienne envisage une action de commandos à Gaza pour arrêter les dirigeants des Frères musulmans. Elle a un nouveau projet pour neutraliser les Frères musulmans de Gaza. Les Égyptiens envisagent de réactiver Mohamed Dahlan, ancien chef des services de sécurité du Fatah, en exil en Jordanie, qui a l’oreille de la CIA et du Mossad, pour l’aider à reprendre son ancien fief de Gaza d’où il a été évincé par le Hamas. En effet les égyptiens s’inquiètent des éléments étrangers djihadistes introduits au Sinaï et venant d’Afrique du nord, du Mali en particulier, qui apportent avec eux leur expérience de terrain. 
Mohamed Dahlan



Collaboration sécuritaire



L’armée égyptienne souffre plus d’un manque de renseignements sur le terrain que de troupes combattantes. C’est pourquoi elle a développé une coordination sécuritaire avec les forces israéliennes qui leur permet un échange de renseignements. Mais en prévision d’une augmentation des risques symbolisée par une attaque armée à Kadesh Barnéa à la frontière sud, Tsahal a décidé d’augmenter ses forces dans la région.
Général Aviv Kochavi

Par ailleurs le chef des renseignements militaires, le général Aviv Kochavi, a mis en garde le gouvernement, le 23 juillet, sur le risque de contamination depuis la Syrie, devenue le champ de bataille mondial pour Al-Qaeda qui se bat pour instaurer un État islamique en Syrie, au Liban et en Jordanie : «Il est possible que sur le long terme, les vents du changement soient porteurs de bonnes nouvelles. Toutefois, dans l'immédiat, les dangers se multiplient, avec des nouvelles menaces attendues sur tous les fronts.» 
Il a inventorié les sources de danger pour Israël : l’armée syrienne, le Hezbollah, le Djihad mondial, les milices rebelles en Syrie, financées par l’Arabie Saoudite et les groupes d’Al-Qaeda renforcées depuis quelques semaines par des talibans pakistanais. Il s’inquiète en particulier des liens étroits entretenus par Al-Qaeda en Syrie et au Sinaï. Mais alors que le danger s’exprime aux frontières d’Israël le gouvernement a réduit les dépenses militaires au moment où Al-Qaeda et les Frères musulmans ont décidé d’agir à proximité des frontières d’Israël. 

Ce qui est sûr c’est que les «gaullistes de Gaza» sont prêts à toutes les compromissions pour arriver à leur fin, à savoir le retour des Frères musulmans au pouvoir en Égypte, accompagné cette fois de mesures de représailles irréversibles.



2 commentaires:

Betty ERNOTTE a dit…

Ce n'est pas du tout le moment pour Israël...de :"le gouvernement a réduit les dépenses militaires au moment où Al-Qaeda et les Frères musulmans ont décidé d’agir à proximité des frontières d’Israël. " Je crois que c'est maintenant qu'il faut veiller au grain !

Jean Smia a dit…

Un De Gaulle islamiste qui leur confirmerait la notion de « fier et dominateur » ?
Israël n'a aucun intérêt à y intervenir.... pour l'instant : car non seulement c'est trop tôt pour vider ce furoncle qui enfle, mais en plus apparaissent, alentour, des forces que semblent se porter volontaires pour ça.
Sauf si Catherine Ashton et « Ben » Ki Moon ne s'allient pour tenter de leur faire parvenir quelques vedettes de Cherbourg afin de permettre la libération de Mr Morsi que tous deux estiment comme le symbole et le porte drapeau de la démocratie au moyen orient.