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dimanche 23 juin 2013

QUI ÉTAIT GIOVANNI PALATUCCI ? Par Marianne ARNAUD



QUI ÉTAIT GIOVANNI PALATUCCI ?

Par Marianne ARNAUD
copyright © Temps et Contretemps


Se pourrait-il que tout le monde se soit trompé à son sujet ? Ceux qui l'ont appelé le «Schindler italien», «l'ange protecteur des Juifs», «le saint sauveur de Fiume» ? Ceux qui l'ont nommé «Juste parmi les nations» et l'ont fait entrer en 1990, au Mémorial Yad Vashem ? Et même le Vatican qui, dit-on, instruit son procès en béatification ?





Collaborateur nazi



Or cet officier de police italien, loué dans le monde entier pour avoir sauvé cinq mille Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, était en réalité un acteur de la solution finale. C'est ce qu'affirme le Mémorial de l'Holocauste à Washington qui se base sur les travaux d'une équipe de chercheurs. Celle-ci assure que Giovanni Palatucci était en fait, «un exécuteur consentant des lois sociales qui, après avoir prêté serment à la République sociale mussolinienne, a collaboré avec les nazis.»

La légende de Giovanni Palatucci – officier de police à Fiume entre 1937 et 1944, qui finira déporté et mourra à Dachau – débute en 1952, lorsque son oncle, l'archevêque Giuseppe Maria Palatucci fait des démarches auprès des autorités italiennes pour obtenir une pension pour les proches du «héros». Et tout le monde n'y a vu que du bleu, jusqu'à ce qu'une équipe de chercheurs eut accès aux documents dormant par centaines dans les archives de Rijeka en Croatie, l'ancienne Fiume italienne.
Marco Coslovich

Or ces chercheurs ne trouvent aucune trace de l'action de Palatucci en faveur des Juifs italiens. Comment expliquer cette situation, pour le moins bizarre ? Selon l'historien Marco Coslovich - qui avait déjà commencé à «déconstruire le mythe», dans un ouvrage publié en 2008 - à la sortie de la guerre, le jeune État d'Israël, l'Église catholique et l'administration italienne avaient chacun de bonnes raisons pour laisser se forger la légende Palatucci. Mais aujourd'hui où Palatucci va rejoindre les poubelles de l'Histoire, on peut se demander si une équipe de chercheurs comme celle de Fiume, aurait pu avec la même liberté, travailler sur un sujet similaire en France ?



Loi Gayssot



Ne serait-elle pas dissuadée de le faire par cette loi mémorielle – dite loi Gayssot – du 13 juillet 1990, réputée pour restreindre la liberté de l'historien à qui elle dicte, sous peine de sanctions, non seulement ce qu'il doit chercher mais aussi ce qu'il doit trouver et avec quelles méthodes et dans quelles limites.

C'est du moins ce qu'on apprend en lisant cet Appel du 12 décembre 2005, intitulé «Liberté pour l'histoire», qui demandait l'abrogation de la Loi Gayssot en arguant que : «Dans un État libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'État, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire.»

Or force est de constater que depuis l'appel de ce collectif d'historiens, de juristes et d'intellectuels, non seulement la loi Gayssot n'a pas été abrogée, mais notre législation s'est enrichie de lois mémorielles supplémentaires qui toujours obéissent à des motivations politiques et idéologiques, tendant à faire accepter par la Nation, la vision particulière d'une communauté ou d'un groupe d'intérêt.



Source : Thierry Portes – Le Figaro - 21/06/2013

9 commentaires:

kravi a dit…

Il faut aussi noter que les négationnistes de tous poils y regardent à deux fois avant de publier leurs ordures depuis la loi Gayssot.

Marianne ARNAUD a dit…


@ kravi

Vous avez raison et pourtant on ne peut admettre que les historiens soient muselés par des lois d'inspiration totalitaire.

Très cordialement.

cilento a dit…

Giovanni Palatucci, victime des nazis en 1945 (il est mort à Dachau le 10 février 1945 à 35 ans) est aujourd'hui victime des "salisseurs de mémoire". A travers ce "Juste parmi les Nations" l'action de "déboulonnage" entreprise vise l'Eglise catholique, comme quoi les adversaires de la Religion ne désarment jamais. Prenons garde!

cilento a dit…

Madame Arnaud, je me permets de vous dire que vous jugez mal un homme mort à Dachau "par amour", à 35 ans, selon les mots d'un de ses biographes.
Madame Arnaud, il y a encore cinq ou six jours vous ne saviez rien de la vie de Giovanni Palatucci, parce que l'histoire hors du commun de ce martyr était totalement inconnue en France et des Français.
Madame Arnaud, vous avez insulté un mort et on n'insulte pas un mort, surtout celui-là dont le sacrifice a fait qu'aujourd'hui il y a peut-être des milliers d'enfants de par le monde qui lui doivent d'être vivants parce qu'un jour leurs grands parents ont croisé le chemin du jeune fonctionnaire de police.
Madame Arnaud, Palatucci, dont le corps martyrisé a été déchargé le 10 février 1945 dans une fosse commune du camp de concentration de Dachau, ne finira jamais dans "les poubelles de l'Histoire" parce que là où il se trouve il n'y a pas de décomposition des corps et encore moins de l'âme.
Ceux et celles qu'il a sauvé d'une mort probable pour ne pas dire certaine, ne sont plus hélas aujourd'hui très nombreux pour en témoigner. Encore faudrait-il les retrouver de par le monde. Mais dans les années cinquante "les survivants" ont eu la charité et la reconnaissance de porter témoignage en Israël en faveur de leur sauveteur. Et Yad Vashem a décerné à Palatucci le titre de "Juste parmi les Nations".
Presque personne n'en a rien su en Italie et absolument personne en France.
Quelque quarante ans plus tard quand l'Italie est sortie de son amnésie et s'est mise à reconnaître et à encenser l'ancien fonctionnaire du royaume, puis de l'éphémère république sociale, quels en ont été les échos en France? Rien, pas une ligne dans la presse, pas un mot sur les antennes.
Mais aujourd'hui, c'est à dire depuis six jours, parce que des "salisseurs de mémoire" ont émis l'hypothèse que "l'affaire Palatucci" n'est qu'un montage, n'est qu'un mensonge, n'est qu'un tissu de mensonges, alors la presse du monde entier se déchaîne contre le "faussaire de Fiume", contre le "collaborateur nazi" qui expédiait les Juifs dans les camps de la mort.
Et vous Madame Arnaud, vous qui ne savez rien de Giovanni Palatucci, vous emboîtez le pas à ces misérables, à ces "souilleurs de mémoire".
(la suite ci-après)

cilento a dit…

(la suite)
Comment réagiriez-vous si demain vous lisiez dans la presse du monde entier, que le "Journal d'Anne Frank" est un faux; que la jeune fille allemande morte à 15 ans à Bergen Belsen n'en a pas écrit une seule ligne. Dégoûtée, écririez-vous qu'Anne Frank va pouvoir rejoindre "les poubelles de l'Histoire"?
Comment réagiriez-vous si demain vous lisiez, dans la presse du monde entier, que Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix 1989, n'a jamais été interné dans le camp d'Auschwitz, comme il le prétend, mais qu'il a usurpé l'identité d'un quasi homonyme qui lui s'y trouvait réellement et qu'il a confirmé ce mensonge dans son livre "La Nuit", publié en 1958 aux éditions de Minuit, mais "revu et corrigé" par François Mauriac. Ecoeurée, iriez-vous rechercher ce livre (qui n'est pas un roman) sur les étagères de votre bibliothèque pour aller le jeter dans "les poubelles de l'Histoire".
Comment réagiriez-vous si demain vous lisiez, dans la presse du monde entier, que Martin Gray, "millionnaire du livre", comme d'autres sont "millionnaires du disque", avec le succès quasi planétaire de son roman "Au nom de tous les miens", entièrement écrit par Max Gallo, de l'Académie
française, n'est qu'un fieffé menteur qui n'a jamais mis les pieds à Treblinka d'où il affirme s'être évadé en 1943. Assommée par cette nouvelle, iriez-vous décrocher la photo du grand humaniste, "docteur honoris causa" de plusieurs universités, dont celle de Paris, pour aller la jeter dans votre vide-ordures?
Je vous pose la question. Et vous demande, Madame Arnaud, respectueusement, de ne pas juger un homme (qui, étant mort ne peut se défendre) sans avoir fait l'examen de toutes les pièces du dossier et encore moins le condamner... "aux poubelles de l'Histoire". Il y a des morts qu'il ne faut pas tuer deux fois.

mon mail: brigatenda@gmx.fr

Marianne ARNAUD a dit…


@ cliento

Je viens de découvrir vos commentaires et je m'en excuse.
Ainsi que vous le dites si bien je ne sais rien de Giovanni Palatucci, hormis d'avoir lu cet article de Thierry Portes du Figaro :

http://www.lefigaro.fr/international/2013/06/20/01003-20130620ARTFIG00699-giovanni-palatucci-le-schindler-italien-collaborait-avec-le-re

Il n'était donc absolument pas dans mon intention de juger un homme mais plutôt d'attirer l'attention sur la nocivité des lois mémorielles qui sévissent en France et empêchent tout débat entre chercheurs historiens.
Pour ce qui concerne Palatucci il semble qu'un doute demeure, puisque certains historiens ont une opinion opposée à la vôtre.
Il faut donc que la confrontation entre historiens se poursuive pour arriver, peut-être un jour, à plus de clarté.
Mais cette confrontation doit avoir lieu entre historiens et non devant les tribunaux, car l'histoire n'est ni gardienne de la mémoire ni de la morale, elle se contente seulement de les expliquer.

Cordialement.

cilento a dit…

Je ne vous blâme pas Madame Arnaud, mais comprenez qu'il est invraisemblable pour le juriste que je suis que l'on puisse colporter et même discuter des informations en provenance journalistique qui ne reposent sur rien, sinon sur de prétendues "découvertes" faites par de supposés "historiens" dans des fonds d'archives jusqu'alors inexplorés d'une ville du littoral croate.
A cause de ces scandaleuses "découvertes", il y a aujourd'hui en Italie et hors d'Italie des familles qui souffrent, des familles qui se sentent humiliées, pour ne pas dire "montrées du doigt" parce que l'un de ses membres, en toute impunité pour ses calomniateurs, est marqué au fer rouge du sceau de l'infamie, est qualifié de "nazi", de "pourvoyeur des camps de la mort", alors que justement cet homme ainsi foulé aux pieds est mort lui-même dans un camp de concentration en Allemagne où les nazis l'avaient déporté.
Depuis la fin de la guerre, l'histoire du préfet de police Palatucci est connue dans les ministères (Intérieur, Défense) parce qu'en Italie, comme en France, des enquêtes ont été faites sur les personnes décédées au cours du conflit, quelles soient militaires ou civiles, et ce n'est pas Monseigneur Giuseppe Maria Palatucci (1892-1961), évêque de Campagna (et non pas archevêque, comme vous l'écrivez), oncle de Giovanni qui a "révélé" qui était son neveu. Tout au plus est-il intervenu pour apporter son témoignage dans le cadre d'un dossier de pension en faveur des ascendants du défunt. En France, cela aurait été la même chose. J'en ai vu des dossiers de pensions à ascendant. Je sais comment ils sont faits. Ces actions remontent aux années cinquante. Monseigneur Palatucci est mort en 1961. Et puis, pendant trente ans, plus rien ne s'est passé. Qu'on ne vienne pas nous dire que l'oncle-évêque, d'outre-tombe, continuait toujours de "pousser" le dossier de son neveu!
Non, cette affaire est une ignominie, un "attentat" contre l'église, contre la Papauté. Un "serviteur de Dieu" venait d'être déclaré "vénérable", demain peut-être, son martyr reconnu, aurait-il été proclamé "bienheureux". Giovanni Palatucci, fervent catholique, est peut-être mort "en odeur de sainteté". Il est sûr qu'à présent un coup de frein va être donné à son procès en béatification.
Les diffamateurs ont atteint leur but: éclabousser, à travers la figure irréprochable de Palatucci, la sainte église catholique et ses prêtres.
Vous aurez noté que le venin des "salisseurs de mémoire" atteint aussi Mgr. Giuseppe M. Palatucci, alors que ce prélat eut une conduite exemplaire pendant la guerre et la courte période d'occupation allemande (septembre 1943) de son évêché à l'est de Salerne et qu'il fut, cela est prouvé, le "bienfaiteur" des centaines de Juifs (de toute nationalité) qui se trouvaient "confinés" dans le couvent de Saint Batholomé à Camapgna. Quand les Allemands se sont présentés pour les rafler, ils avaient déjà tous été "libérés" par les religieux quelques heures plus tôt et s'étaient enfuis et réfugiés dans les montagnes. Moins de huit jours plus tard, après la libération complète de la région par les anglo-américains, les 300 ou 400 Juifs de Campagna pouvaient redescendre de la montagne, ils étaient tous sauvés. Campagna, comme Le Chambon sur Lignon, en France, est la seule ville italienne déclarée "Juste parmi les Nations".
La simple vérité, c'est cela et rien d'autre. Dites-le haut et loin.

Marianne ARNAUD a dit…

@cliento

Le 13 février 1763 voici ce que Voltaire écrivait à son ami Damilaville :

"Quand on écrit l'Histoire, il faut dire la vérité et ne pas craindre ceux qui se croient intéressés à l'opprimer."

Peut-être en serez-vous d'accord et pourrons-nous nous entendre là-dessus ?

Très cordialement.

cilento a dit…

En tant que juriste et historien de la Résistance et de la Déportation, j'ai fait mienne cet apophtegme de Charles Péguy: "L'Histoire est historique".
Ce qui me rend malade (ou presque), c'est que depuis que, comme une traînée de poudre, la calomnie s'est répandue via Internet dans le monde entier, les défenseurs de G. Palatucci, les quelques rares survivants, vont devoir se battre contre "les assassins de la mémoire" (les mots sont de Pierre Vidal-Naquet).
Quelque soit la raison pour laquelle G. Palatucci a été arrêté et déporté (et il paraît tout à fait probable qu'il ait été arrêté pour "intelligence avec l'ennemi" puisque son activité en faveur des Juifs d'Istrie se devait d'être clandestine et cachée), il reste qu'il fut bien, lui, une authentique victime des nazis.
Sa fiancée juive, Mika Heisler, qu'il avait réussi à "faire passer" en Suisse avec sa mère et qui est morte en Israël il y a une vingtaine d'années, doit se retourner dans sa tombe, attendu qu'elle en a une. Ce qui n'est pas le cas du "Juste" Giovanni Palatucci.