ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mardi 25 juin 2013

POUR ISRAËL ROHANI PEUT ÊTRE L’ANGE OU LE DÉMON



POUR ISRAËL ROHANI PEUT ÊTRE L’ANGE OU LE DÉMON

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Khamenei et Rohani

La victoire aux élections présidentielles d’Hassan Rohani, qualifié par les médias internationaux de réformateur, permet à l'Iran d'améliorer une image ternie auprès des occidentaux et donne aux plus optimistes l’espoir d’une reprise des négociations sur le problème nucléaire. Cette élection fut une surprise pour l’Occident, mais certainement pas  pour les iraniens eux-mêmes, ou du moins pour leurs dirigeants. On attendait effectivement la victoire des faucons comme Saïd Jalili ou Bagher Ghalibaf mais le candidat des réformateurs et des modérés a franchi la ligne avant tout le monde, grâce au soutien affiché de ses parrains, les ex-présidents Rafsandjani et Khatami qui avaient pris leur distance avec le Guide Suprême.


Le candidat et maire de Téhéran Ghalibaf

Président bipolaire


Au lendemain de son élection, Rohani s’est montré bipolaire en saluant «la victoire de la modération sur l’extrémisme» tout en demandant la reconnaissance des droits de l’Iran sur le problème du nucléaire. Il tenait surtout à démontrer qu’il ne cherchait pas à éluder cette question qui restait un point de son programme. Il doit bien sûr sa victoire à la lassitude d’un peuple qui n’a rien gagné en huit années d’Ahmadinejad, sinon une économie ruinée, un pays isolé et sanctionné, et des négociations nucléaires en berne. La Bourse d’ailleurs ne s’est pas trompée puisque le rial a déjà gagné 10% de sa valeur perdue face au dollar.
Rohani durant la campagne électorale

Mais ce serait une erreur de croire que la victoire de Rohani a été obtenue contre la volonté du Guide Suprême car le président élu était son propre représentant au sein du Conseil suprême de la sécurité nationale. Khamenei détient toujours la clef  du dossier du nucléaire mais il a compris que la politique intransigeante d’Ahmadinejad a conduit le pays à la ruine. Il sent le pouvoir lui échapper et il veut sauver ce qu’il peut encore sauver de son régime, sans faire l’erreur des dictateurs arabes tombés sous le coup des révolutionnaires. 
Alors il a fini par imposer en coulisses l’élection de Rohani sachant qu’il pourrait recevoir un accueil favorable auprès des américains. D’ailleurs Rohani a immédiatement tendu la main aux Américains et n’a pas écarté la possibilité de discussions directes avec les États-Unis. Il ne s’agit pas d’une position improvisée puisque,  pendant sa campagne électorale, il avait exigé une plus grande «souplesse» vis-à-vis de l’Occident. Les pays occidentaux ne lui ont fait aucun procès d’intention et ils ont accueilli favorablement la main tendue de Rohani, en espérant un revirement de la politique iranienne. Après Paris, Berlin et Moscou, Washington a déclaré qu’il «restait prêt à collaborer directement avec Téhéran sur le nucléaire, afin de trouver une solution diplomatique».



Intransigeance israélienne



Israël en revanche, qui ne se distingue jamais par une politique diplomatique originale, sinon courageuse, n’a pas su prendre la balle au bond et persiste dans la politique exigeant le durcissement des sanctions parce qu’il ne s’attend pas à un bouleversement politique. En choisissant une attitude opposée à celle des pays occidentaux, Benjamin Netanyahou reporte sur lui l’intransigeance qui a jadis qualifié Ahmadinejad. Il sait pourtant qu’il n’a plus personne contre qui agiter le spectre de la peur. Il a assimilé l’idée que cette élection reporte automatiquement tout projet de frappe militaire et donc de guerre. Il n’avait pas à donner un blanc- seing au nouveau président mais au contraire à le contraindre à mettre ses convictions en conformité avec ses paroles, en ouvrant en particulier un dialogue direct avec Israël. Mais n’est pas Begin qui veut.
Rohani avec les dignitaires militaires et politiques

Certes Rohani n’est pas un enfant de chœur car il fait partie du sérail islamique depuis des dizaines d’années. Mais les israéliens auraient pu lui donner acte qu’en 2003 il a accepté la suspension de l’enrichissement d’uranium et l’application du protocole additionnel au Traité de non-prolifération, permettant des inspections inopinées des installations nucléaires iraniennes. Israël aurait pu se distinguer en entrant dans le jeu de Rohani, même s’il est impossible de prévoir la face cachée et mystérieuse de la politique iranienne où la logique scientifique est absente de tous les scénarios. Mais il fallait essayer parce que Israël, en surfant sur toutes les louanges occidentales exprimées à Rohani, n’aurait pas fait cavalier seul et ne se serait pas montré isolé comme il est aujourd’hui. Il a été surpris par l’élection et il n’a pas encore surmonté cet effet.

Il n’y aucun doute que Rohani n’a rien d’un «réformiste» puisqu’il a participé aux grandes décisions du pays en tant que proche collaborateur de l’ayatollah Ali Khamenei, pendant 16 années consécutives. Il est une création du régime des mollahs, qui sait user de sa voix douce et discrète et qui se qualifie à la rigueur «d’ancien conservateur.» Mais il faut lui donner acte qu’il peut changer. Élu, il doit à présent  choisir sa nouvelle voie dès lors où il veut faire amende honorable. 
La politique est faite de surprises et d’initiatives et Israël aurait dû s’engouffrer dans cette faille, sans complexe mais avec beaucoup de prudence sachant que sa sécurité est en jeu. Cela n’imposait aucun renoncement sécuritaire. Après ses investissements dans le domaine aéronautique et nucléaire, et à présent maritime, Israël est prêt à toutes les éventualités sans baisser la garde tout en faisant un pas vers ses ennemis. Il a créé une nouvelle dissuasion maritime grâce à ses nouveaux sous-marins capables de rester plusieurs semaines sous l’eau, équipés d’ogives nucléaires et positionnés au large des côtes iraniennes. La politique de la main tendue aurait peut-être été payante.



Surprise israélienne
Les iraniens fêtent la victoire




Mais il faut avouer que le Mossad, nous l’avons écrit souvent, a beaucoup de mal à s’implanter en Iran. C’est pourquoi, ni lui et ni les services de renseignements militaires n’avaient prévu ce chamboulement expliquant peut-être l’absence de réaction immédiate et positive du gouvernement israélien. Ils avaient beau dire que la population iranienne était excédée mais ils n’avaient pas envisagé l’arrivée d’un homme qui a battu les ultraconservateurs sans qu’aucune alarme n’ait été déclenchée. Ce fut la même surprise que celle des printemps arabes. La leçon reste pourtant que 50,7% de la population iranienne a rejeté les extrêmes et qu’Israël se serait grandi, non pas en cautionnant le nouveau régime, mais en soutenant des hommes et des femmes bafoués, bâillonnés mais debout. Cette population qui a  crié fort : «Non à Gaza et non au Hezbollah» méritait un peu de compassion. 
Les manifestations de 2009 à Téhéran

Pour ces hommes courageux face à une répression implacable et face à des sanctions internationales qui les touchent plus qu’elles ne touchent le programme nucléaire, Netanyahou aurait pu faire un geste politique courageux sachant qu’il n’a plus en face de lui Ahmadinejad qui justifiait sa politique militaire. Il est vrai que pendant que les Occidentaux encensent Rohani, les Iraniens continueront à faire avancer leur programme nucléaire mais il est certain qu’une action militaire devient impensable, au moins durant l’année où Rohani devra faire ses preuves de vrai «réformateur» axé sur l’intérêt de son peuple plutôt que sur les intérêts d’une caste belliqueuse.

Le risque de la main tendue d’Israël aurait été faible car Rohani ne pourra pas tromper longtemps le monde et berner Israël qui n’aurait pas cessé de garder le doigt sur la gâchette. Comme l’expliquait un haut dirigeant israélien des services sécuritaires : «Quel que soit leur astuce, les iraniens ne seront pas en mesure de tromper le monde qui sait déjà ce qui se passe là-bas. Il n'existe aucun dirigeant occidental qui ne soit convaincu sans l'ombre d'un doute que le programme nucléaire militaire, très avancé et ambitieux, est en cours en Iran, et très probablement, déjà sur le point d'être achevée.»



Changement de rhétorique



Rohani n’a pas les moyens de changer ces faits mais il sera capable de modifier sa rhétorique pour ne pas délirer sur la fin prochaine et irréductible d’Israël. Son langage empreint de réconciliation pourrait certes être plus dangereux car il est en mesure, à l’occasion de ses prochaines visites dans les capitales occidentales, d’anesthésier beaucoup de pays qui soutiennent aujourd’hui l’État Juif. Même Barack Obama semble sensible au changement de langage. Israël n’y pourra rien sauf à entrer dans le jeu iranien, soit pour démontrer l’inanité de leur position, soit pour prouver que Rohani n’a fait qu’élever un voile de fumée sur une politique qui change dans la continuité. 
Lorsque les Russes ont suggéré que l'Iran était prêt à suspendre l'enrichissement d'uranium, en le maintenant au niveau de 20%, Benjamin Netanyahou est monté au créneau en affirmant qu'une telle démarche serait «purement cosmétique, et qu’il exigeait l'arrêt complet de l'enrichissement de l'uranium, la destruction des stocks d’uranium enrichi, et l’arrêt des activités d'installations nucléaires ». Il  savait qu’il n’avait aucune chance d’être entendu et que ce vœu pieux ne pouvait être réalisé,  même dans le pays des miracles. Mais il avait encore fait preuve d’intransigeance et d’absence d’initiative politique qui n’aurait rien coûté au pays.

Cependant une analyse approfondie peut conduire à une explication plus pessimiste et plus plausible des faits. Rohani a été poussé au pouvoir par Khamenei lui-même qui est loin d’être primaire, comme on tend à le définir. Il a compris que le peuple est las de son régime, que les Gardiens de la Révolution ne bénéficient plus de la même aura, que son temps est compté et que son régime est désavoué. Il a donc choisi le pion Rohani pour mieux contrôler la colère qui gronde. C’est donc la mission de prozac du peuple qu’a reçue le nouveau président, de la part de son Guide, avec la l'objectif de calmer les inquiétudes du peuple iranien et de duper les pays occidentaux pour qu’à terme l'Iran puisse disposer de cinq missiles Shahab équipés de têtes nucléaires. 
C’est effectivement un risque à courir. Il faudra plusieurs mois pour connaitre la véritable stratégie définie par Rohani, pour évaluer s’il est un réformateur authentique, s’il est l’ange qui veut ouvrir son pays à la nouvelle réalité mondiale, ou le démon dont le rôle assigné reste celui de détruire Israël.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonne analyse, profonde et qui résume bien les différents scénarios. Personnellement ... j'ai un petit faible pour le dernier :-)

Jean Smia a dit…

Le conflit Irak-Iran de 1980 s'est terminé (après l'interlude tragi-comique de Bush), par le récent constat que l'Iran est chez lui en Irak.
Au vu d'une simple carte de géographie, il est facile de voir que les « bonnes relations » de l'Iran avec la Syrie auraient permis ( sans l'actuel conflit) d'envisager leur accès direct à la méditerranée.
Cette expansion n'étant du goût ni de la Turquie ni de l'Arabie Saoudite, (entre-autres), fait que, à mon sens, c'est la raison pour laquelle ces « combattants pour la liberté » sont apparus sur le sol Syrien.
Aujourd'hui la préoccupation principale de Khameney reste le temps:
- gagner du temps à propos des négociations sur le nucléaire, car les acolytes de Ahmedinedjad n'ont plus aucune crédibilité sur le plan international. Le temps d'établir de nouveaux contacts, de discuter les calendriers des ordres du jour des divers futurs entretiens et quelques semestres seront passés.
- calmer le mécontentement de la rue par les espoirs que les électeurs ont placé en ce nouveau « favori », duquel les promesses n'ont jamais engagé que ceux qui les ont écoutées.
- faire durer le conflit Syrien jusqu'à ce que la future partition du pays se fasse par une ligne parallèle à l'équateur qui lui offrira un couloir vers la méditerranée.

Pour l'instant, il faut constater qu'il a tout bon, Khameney :
- les réactions internationales montrent qu'ils ont « oublié » la mauvaise foi de Ahmedinedjad, comme si c'était lui qui était décisionnel.
- Sa rue, comme dans toute nouvelle élection du monde, espère des lendemains meilleurs.
- La Russie qui voit comme une très fructueuse affaire l’avènement d'une nouvelle zone d'influence : Iran+Irak+1/2Syrie. Et qui ne se prive pas de protéger le projet.

Si vous voyez un ange passer, demandez lui de klaxonner.........
à propos de temps, ça vit combien de temps un Ayatollah ?