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mardi 11 juin 2013

PALESTINE : LE RÊVE BRISÉ DE LA PAIX PAR L’ÉCONOMIE



LE REGARD DE JACQUES BENILLOUCHE POUR  TRIBUNEJUIVE.INFO

 PALESTINE : LE RÊVE BRISÉ DE LA PAIX PAR L’ÉCONOMIE

                
       
Netanyahou à Bar Ilan
           Benjamin Netanyahou avait défendu, le 14 juin 2009 dans son discours à l’université Bar Ilan dans la banlieue de Tel-Aviv, son projet de paix par l’économie : «Je lance un appel à la coopération des pays arabes avec les palestiniens et avec nous pour promouvoir une paix fondée sur la croissance économique. La paix économique n’est pas un substitut à la paix politique, mais elle joue un rôle important pour parvenir à cette dernière. Ensemble, nous pouvons entreprendre des projets susceptibles de surmonter les pénuries de notre région, tels le dessalement de l’eau, en maximiser les atouts, tels l’exploitation de l’énergie solaire, du gaz et du pétrole, les moyens de transport entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe.»
Voir la vidéo en cliquant



Forum économique Jordanie



La Jordanie a accueilli du 24 au 26 mai 2013 le WEF Mena (World Economic Forum  pour la région Moyen-Orient Afrique du nord). Plus de 1.000 représentants appartenant aux mondes politique, économique, universitaire et de la société civile se sont réunis pour discuter des politiques nationales et des mécanismes régionaux qui doivent se mettre en place pour sauvegarder la prospérité des économies face à la rareté des ressources et le développement rapide des populations. Le président de l’État d’Israël, Shimon Pérès, avait fait le déplacement en Jordanie.
Borge Brende


Borge Brende, directeur général du Forum économique mondial avait posé les problèmes politiques qui ne se posent pas seulement au Moyen-Orient mais partout ailleurs : «En général, nous savons que dans la région il n'y a pas de développement ou de création d'emploi est créé sans la relance de l'économie et fondamentalement nous devons favoriser la croissance du secteur privé, qui est ce qui peut conduire à la création d'emplois, donc je pense que cet aspect sera très important. C'est une région qui a démontré sa capacité à croître, mais en même temps il faut traiter de nombreux conflits. Nous avons vécu une situation difficile en Irak pendant de nombreuses années, nous avons maintenant une même situation difficile en Syrie, donc je pense que le Moyen-Orient et les arabes en général, ont montré une immense capacité à faire face à de grands défis. Les économies de la région ne se sont pas encore ressaisies de la vague d'émeutes du Printemps arabe, qui a changé le système politique dans de nombreux États. Il est à craindre que, si la croissance économique reste faible, les pays arabes, avec leur forte proportion de jeunes chômeurs puissent se déstabiliser davantage, permettant aux groupes d'islamistes radicaux d'étendre leur influence.»



Blocages




Ce forum, dont les partenaires ont montré leur scepticisme sur son issue, a cependant réuni pour la première fois plus de 300 hommes d’affaires israéliens et palestiniens et même quelques anciens hauts gradés militaires qui ont accepté de présenter leur vision d’une coopération future pour la conclusion d’un accord de paix final. Ces cadres qui gèrent des milliards de dollars et des milliers de salariés voudraient se faire entendre quand ils exigent des dirigeants politiques qu’ils réduisent les budgets militaires alors que les besoins en dépenses sociales s’envolent. Ils ne comprennent pas que les dirigeants politiques ne s’engagent pas sérieusement à résoudre ce conflit séculaire. Contrairement à Mahmoud Abbas, Benjamin Netanyahou est resté à l’écart de ce forum, craignant certainement qu’on lui rappelle l’initiative de paix de paix arabe de 2002 à laquelle il n’avait pas souscrit.  

Le secrétaire d’État John Kerry avait fait le déplacement et il a soutenu les démarches des hommes d’affaires, seuls capables de faire bouger les lignes. Il a offert à l’Autorité palestinienne une aide supplémentaire de 4 milliards de dollars sur trois ans avec l’objectif de réduire le chômage, d’augmenter les salaires et de favoriser le tourisme en Cisjordanie. Mais les palestiniens restent sceptiques, non pas sur les développements des relations économiques, mais sur le déblocage d’un accord de paix qui tarde à se planifier dans une nouvelle Knesset frileuse. Netanyahou a d’ailleurs subi les critiques de l’ancienne journaliste, la députée travailliste Merav Michaeli, qui a déclaré : «Les États arabes ont tendu la main pour la paix alors que notre premier ministre s’enfuit». Elle a reçu paradoxalement l’appui des députés juifs ultra-orthodoxes, actuellement dans l’opposition, qui se sont «félicités de la participation arabe»  mais qui ne ratent jamais l’occasion de fustiger un gouvernement qui les a mis à l’écart des affaires de l’État.



Trop de préalables



John Kerry n’a pas eu de succès auprès du premier ministre israélien pour son plan prévoyant un échange de terres sur la base des frontières de 1967 et le droit des palestiniens à construire des usines dans la zone C de la Cisjordanie, entièrement sous contrôle palestinien selon le traité d’Oslo. Les observateurs israéliens ne comprennent pas non plus la prise de position du ministre centriste des Finances, Yaïr Lapid, qui a jugé tout accord de paix «irréaliste» alors que durant la campagne législative il avait imposé la reprise du dialogue palestinien comme condition de sa participation à toute coalition. Sa position reste d’autant plus inexplicable qu’il n’a pas mis ses promesses en application depuis son entrée au gouvernement puisqu’il n’a rencontré aucun dirigeant palestinien.
Mohammad Moustapha

De leur côté, les palestiniens adoptent une position négative vis-à-vis de la proposition de paix de John Kerry. Ils pensent que les 4 milliards ne sont pas suffisants pour la reprise du processus de paix moribond. Ils ont déjà annoncé qu’ils n’offriraient «aucune concession poli­tique en échange de faci­lités écono­miques» selon la déclaration de Mohammad Mous­tapha, conseiller écono­mique du pré­sident Mahmoud Abbas. Il réitère les mêmes préalables qui mènent à l’impasse : «l’Autorité  n’acceptera pas que l’économie soit le premier et seul com­posant, mais sou­haite qu’elle entre dans un cadre poli­tique qui garan­tisse la création d’un État pales­tinien sur les fron­tières de 1967 avec Jérusalem-​​Est pour capitale, les droits des réfugiés et une réfé­rence pour une solution poli­tique, telles sont les prio­rités». Ces préalables n’encouragent pas la reprise du dialogue avec les israéliens. 

Cette déclaration s’éloigne du projet de Benjamin Netanyahou de favoriser «la paix par l’économie»  alors qu’il pense qu’il pourrait permettre une amélioration des conditions de vie des palestiniens pouvant les pousser à accepter les compromis. Le Hamas à Gaza est totalement opposé à ce dialogue économique. Selon son porte-parole,  Fawzi Barhoum : «le soit-​​disant plan écono­mique dont a parlé Kerry vend une illusion trom­peuse à l’opinion publique, tout en gagnant du temps au profit de l’entité israélienne». Tony Blair émissaire du quar­tette pour le Proche-​​Orient (États-​​Unis, Russie, Union euro­péenne, ONU) a assuré pourtant que «ce plan com­plétera, sou­tiendra et se déve­loppera paral­lè­lement à un pro­cessus poli­tique et n’a pas pour but de le rem­placer».



Le FPLP (Front Populaire pour la Libération de la Palestine) a condamné les réunions avec Shimon Pérès affirmant que ces réunions sont des exercices de normalisation. D'autres opposants en Cisjordanie considèrent «la paix économique» comme une trahison dont serait responsable Mahmoud Abbas parce qu’ils n’approuvent pas ses relations amicales avec Shimon Pérès. Ils poussent l’injure jusqu’à le traiter de «Pétain serrant la main du criminel de guerre Pérès». En effet, ils n’acceptent pas que John Kerry réduise la question palestinienne à une poignée de projets économiques et mette ses pas dans ceux de Netanyahou, véritable instigateur du dogme de la «paix économique». Ils estiment que «pour les hommes d’affaires, seuls importent pour eux l’argent et l’augmentation de leurs avoirs dans les banques.»
Taher el Maher dirigeant du FPLP

Ainsi les mentalités des deux côtés de l’échiquier n’ont pas évolué puisque chacun stagne sur des positions figées liées à des préalables. Le rêve d’une «paix par l’économie» ne semble pas prendre le dessus sur les réticences des dirigeants politiques. Nous avons eu ce sentiment tout au long du Forum, organisé depuis le 3 juin par l’Ambassade de France en Israël avec la participation de quelques palestiniens, qui a mis en évidence le fossé existant encore entre intellectuels des deux bords.     

http://www.tribunejuive.info/politique/palestine-le-reve-brise-de-la-paix-par-leconomie-2
 


1 commentaire:

Jean Smia a dit…

La conclusion de Borge Brende: "Il est à craindre que, si la croissance économique reste faible, les pays arabes, avec leur forte proportion de jeunes chômeurs puissent se déstabiliser davantage, permettant aux groupes d'islamistes radicaux d'étendre leur influence."
met en évidence les motivations des radicaux à toute mesure qui conduirait à une baisse du chomage en pays musulman.