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jeudi 6 juin 2013

MAI 68 À ISTANBUL Par Gérard AKOUN



MAI 68 À ISTANBUL

Par Gérard AKOUN, Judaïques FM

L’épreuve de force  qui a débuté, il y a une semaine, à Istanbul entre le gouvernement et la jeunesse s’étend aux grandes villes de Turquie et bouscule le pouvoir.  L’élément déclencheur peut paraitre mineur, la destruction d’un petit parc dans le centre ville, mais il a cristallisé le mécontentement d’une jeunesse urbanisée,  l’inquiétude d’une partie de l’opinion publique face aux tentatives de l’AKP, le parti islamiste modéré et de son chef, Recep Tayyip Erdogan d’imposer, par petites touches, une islamisation de la société, au niveau de l’enseignement, des  mœurs, et de la liberté religieuse. Des lois sont votées autorisant le port du voile à l’université, l’enseignement religieux dans les écoles, interdisant la vente d’alcool après certaines heures, interdisant aux amoureux de se tenir par la main dans la rue, réduisant le délai légal pour avorter, condamnant le blasphème, …..  
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République laïque


Atatürk


Ce n’est pas encore la charia, la Turquie moderne est depuis des décennies,  une République laïque, une laïcité instaurée de force par Atatürk, mais à laquelle adhère une bonne partie de la population urbanisée. Il est donc difficile de faire régresser, ce que beaucoup  considèrent  comme des acquis. Les manifestations qui ont lieu ces derniers jours en témoignent. Mais une autre partie de la population, moins urbaine, plus conservatrice, plus religieuse est satisfaite par ces réformes. Deux Turquie s’opposent.

Ce serait une erreur de vouloir comparer ce qui se passe en Turquie aux «différents printemps arabes». Dans ces pays, de la même manière que le printemps, le bourgeonnement et la floraison des plantes,  chasse l’hiver,  le désir de démocratie  et de liberté a  chassé  des dictateurs au pouvoir depuis des décennies. La situation n’est pas la même en Turquie, la démocratie n’y est pas parfaite mais elle existe. L’AKP (Parti de la justice et du développement) est arrivé au pouvoir à la suite d’élections libres, et ce par trois fois. Ce parti détient la majorité et c’est en se prévalant de cette légitimité des urnes qu’il essaie d’islamiser la société. 


Mépris


Ceux qui se heurtent  à la police, qui a réagi très brutalement, sont à comparer selon certains observateurs aux manifestants de mai 68 en France. En effet, les revendications ne sont pas économiques, le niveau de vie est en hausse et le pays se classe dans les vingt  premières économies mondiales. Les manifestants sont des «indignés» qui réclament la démission du premier ministre Erdogan, dont l’autoritarisme, la mégalomanie  et le côté provocateur  deviennent  insupportables, y compris aux yeux de ses propres amis. Les israéliens sont bien placés pour le savoir : ils en ont fait les frais dans les instances internationales avec l’affaire du Marmara.

Erdogan traite par le mépris ces manifestations qui sont le fait en majorité, de jeunes laïcs, de gauche et d’extrême gauche, mais aussi de nationalistes et même de religieux de la minorité Alevi. Le premier ministre  continue sa visite officielle dans les pays du Maghreb alors que les manifestations s‘étendent dans plus de quarante villes et que des syndicats importants appellent à manifester. 
Abdullah Gül

Il demeure  toujours autiste, accusant ces manifestants d’être manipulés par des forces étrangères, alors que le vice-premier ministre, Bülent Arinç, et le Président de la République, Abdullah  Gül, membres eux aussi de l’AKP, font au contraire un pas en direction des indignés. Erdogan voulait que la Turquie soit le modèle islamique  de développement et de démocratie,  pour les pays du «printemps arabe», il n’est pas certain que ce modèle soit enthousiasmant pour ceux, en Europe et aux Etats Unis, qui voyaient dans l’AKP l’équivalent pour les islamistes, d’un parti démocrate chrétien.

3 commentaires:

Mariane ARNAUD a dit…


Monsieur Akoun,

C'est parce qu'on a voulu plaquer nos grilles de lecture occidentales sur les "printemps arabes", qu'on a eu tout faux.
Il ne faudrait pas recommencer la même erreur avec la Turquie.

Cordialement.

bakoun a dit…

il me semble dire et écrire trés clairement que ce qui se passe en Turquie est différent des "printemps arabes".
cordialement
gérard Akoun

Jean Smia a dit…

@ Mme Arnaud,
Monsieur Erdogan a été élu, démocratiquement, avec l'appui d'un parti Islamiste extrémiste.
Afin de maintenir cette alliance qui cimente cette majorité démocratique, il leur doit des compensations.
Étant donné qu'il est lui même persuadé que, pour le bien de son peuple, un islamisation lente et progressive est une bonne chose, il a la finesse de procéder par petites étapes qui grignotent peu à peu les habitudes laïques des Turcs, tout en payant sa dette à ses alliés électoraux.
Afin d'avoir les mains libres, il a commencé par « découvrir » un « complot » dans l’État major de l'armée ( que leur constitution désigne comme garant de la laïcité de l'état) . Plus de 200 officiers d'état major ayant ainsi été écartés, ils ont été remplacés par des officiers moins pointilleux quant à la laïcité.
Ensuite, tous les six à dix mois, une petite avancée d'islamisation sociale, insuffisante pour heurter et révolter, comme le port du voile dans les universités, une réglementation sur les heures de consommation d'alcool, qui deviennent des acquis, et qui permettent de passer à de nouvelles islamisations de la société.
Certainement, Madame Arnaud, nous avons tous espéré que ces « printemps arabes » permettraient l’avènement d'un Islam éclairé, fraternel et démocratique à la susceptibilité moins arrogante et agressive que celle que l'actualité nous présente.
Sauf qu'il existe un Islam des villes et un Islam des champs, et ce dernier est persuadé d'avoir une revanche à prendre sur l'occident.