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dimanche 2 juin 2013

LE POUVOIR ÉBRANLÉ EN TURQUIE



LE POUVOIR ÉBRANLÉ EN TURQUIE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

             
Erdogan et ses officiers
           
Nous avions écrit à plusieurs reprises sur Slate que Tayyip Erdogan jouait avec le feu [1] d’abord avec son armée [2] puis ensuite avec les éléments laïcs de sa population. Toutes les révolutions arabes ont brandi le modèle turc comme étendard d’un islamisme rigoureux mais moderne et modéré. 
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Islamisme pur et dur



C’était un leurre dans lequel les occidentaux se sont engouffrés benoitement car il n’y a qu’un seul islamisme, pur et dur, qui s’infiltre sournoisement dans les rouages de la démocratie pour parvenir au pouvoir. Une fois les outils de la démocratie verrouillés et l’armée neutralisée, les dirigeants islamistes procèdent alors au changement de société, pas à pas, pour ne pas provoquer les laïcs ni les démocraties occidentales. De ce point de vue, la Turquie est un concentré de ce qui se fait de pire dans la sournoiserie et le culot.
Mustafa Kemal Atatürk


Le fondateur de la République, Mustafa Kemal Atatürk doit se retourner dans sa tombe alors qu’il avait transformé son pays en démocratie moderne et laïque. Il avait donné le droit de vote aux femmes, restreint le port des vêtements islamiques et remplacé les lettres arabes par l’alphabet romain. Le premier ministre Tayyip Erdogan avait compris que l’armée restait la garante de la voie tracée par le grand leader turc et il n’a eu de cesse de la briser en écartant ou en emprisonnant ses principaux généraux, sous le motif fallacieux de complot contre l’État. 
 
Officiers d'Etat-Major
L’armée a été décapitée et désorganisée ce qui lui a posé un problème d’efficacité face aux rebelles kurdes du PKK qui lui ont infligé de sérieuses pertes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Erdogan a été contraint à la négociation avec les rebelles.

En fait Erdogan avait appris la leçon de son prédécesseur Necmettin Erbakan, premier ministre islamiste de juin 1996 à juin 1997,  partisan d’un grand marché commun islamique du Maroc à l’Indonésie et opposé à la politique kémaliste favorable à l’Europe et à l’Occident : «Nous ne sommes pas occidentaux, nous ne sommes pas européens parce que l’Union européenne est un club chrétien sous influence maçonnique». Ces anciennes déclarations justifient d’ailleurs l’hésitation des européens à intégrer la Turquie dans l’Union européenne.
Erbakan



Défenseurs de la laïcité



Mais Erbakan avait été poussé à la démission sous la pression des militaires, avec interdiction d’activité politique. Aujourd’hui les tensions entre les musulmans pratiquants et les défenseurs de la laïcité sont canalisées par un pouvoir islamiste qui, jusque-là, a fait taire les opposants. 
Manifestation en 2007 devant le mausolée Ataturk

Il est loin le temps où 700.000 personnes manifestaient en 2007 à Istanbul contre la candidature à la magistrature suprême du ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gul. La foule s’était alors réunie sur la place Tandogan à Ankara, au pied du mausolée dédié à Kemal Atatürk, avec des banderoles : «Demain, il sera trop tard» ou «Respect pour la religion mais NON à l’islamisme».

Les manifestants de 2007 avaient vu juste car il est effectivement trop tard à présent puisque tout est verrouillé. L’armée ne bouge plus alors que le 18 juillet 1997 elle avait envoyé ses chars dans la rue pour pousser Erbakan à la démission. Cependant, la passivité actuelle des militaires pourrait s’expliquer par la situation économique difficile en Europe et ils attendent que la situation pourrisse pour intervenir en sauveurs de la nation.
Place Taksim


Mais le premier ministre Recep Tayyip Erdogan surfe sur la neutralisation réussie de l’armée pour islamiser son pays, à petits pas. Il avait confirmé qu'une mosquée sera édifiée sur la place Taksim, une des principales esplanades d’Istanbul qui a toujours été l’enjeu des luttes entre islamistes et partisans laïcs. Il a également prévu l'édification prochaine d'une gigantesque mosquée de 30.000 places, sur la plus haute colline d'Istanbul, Camlica, qui surplombe le détroit du Bosphore. Il envisage de la construire à l’égale de La Mosquée Bleue  bâtie par l’architecte Sedefhar Mehmet Aga, élève du célèbre architecte Sinan, entre 1609 et 1616 sous le règne du sultan Ahmet I.
Mosquée bleue




Mesures islamistes



Le gouvernement turc vient de mettre fin au port de l’uniforme dans l’enseignement primaire et secondaire et a autorisé les jeunes filles à porter le voile en cours de religion en attendant de l’autoriser dans les universités pour le généraliser enfin dans l’espace public. Le débat est aussi ouvert sur la levée de l'interdiction des confréries religieuses. Les mesures sont progressives mais l’objectif final reste l’islamisation à outrance de la société turque.

C’est ce modèle, dit "modéré", qui est pris en référence par les révolutions arabes et il n’est pas certain qu’il favorisera à court terme une démocratie moderne et laïque alors que la Turquie a choisi d’entrer progressivement dans l’obscurantisme islamique.

Le premier ministre turc ayant confirmé sa volonté de réaménager la place principale Taksim d'Istanbul, de violents affrontements ont éclaté le 1er juin 2013 pour la deuxième journée consécutive entre la police et les manifestants anti-gouvernementaux faisant plus de mille blessés. La police a également réprimé les nombreuses personnes qui ont tenté une marche vers le Parlement de la capitale Ankara. Il est probable que les opposants ont utilisé l’alibi de la place Taksim pour protester en fait contre toute la politique islamique rampante de Tayyip Erdogan. Les manifestants, portant mouchoirs et masques chirurgicaux et certainement encouragés par les révolutions arabes,  ont fait preuve de courage face à la police en scandant «Unissons-nous contre le fascisme » et «démission du gouvernement ».

Malgré cela Tayyip Erdogan, par idéologie ou pour marquer le retour du pouvoir islamiste en Turquie, persiste dans son plan de réaménagement de la place Taksim en prétendant y construire un centre commercial après destruction d’une ancienne caserne  ottomane. Des dissensions apparaissent au sein même du gouvernement à ce sujet. Le vice-premier ministre Bulent Arinc a émis des réserves sur la manière dont la contestation a été brisée par la force : «Il aurait été plus utile d'essayer de convaincre les gens qui ont dit qu'ils ne voulaient pas d'un centre commercial au lieu de les pulvériser avec des gaz lacrymogènes». Le chef de l’opposition laïque, Kemal Kilicdaroglu, a exigé que le premier ministre renonce à son projet et a condamné les moyens «démesurés» mis en place pour contrer les manifestants.
Kemal Kilicdaroglu

Les turcs ont voulu manifester le trop-plein des mesures islamiques en se dressant contre Erdogan qui tente de monopoliser le pouvoir et qui veut se mêler de tous les aspects de la vie. En effet, le gouvernement venait d’adopter une législation contre la vente de boissons alcoolisées. 
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Le Département d'État américain s’est simplement déclaré préoccupé par le nombre de blessés tandis que le Parlement européen se bornait, comme à son habitude, à exprimer ses préoccupations à l’égard de l'usage excessif de la force par la police.

Le processus de contestation est à ses débuts et il est difficile d’en connaitre l’issue. La véritable inconnue reste l’attitude qui sera adoptée par les chefs militaires, humiliés par le pouvoir mais censés garantir la laïcité du pays. Il est trop tôt pour savoir s'il s'agit d'un "printemps" turc.











5 commentaires:

Jean Smia a dit…

Y a-t-il encore une opposition structurée en Turquie ?
Ou est-ce qu'à l'image de la Tunisie, tout éventuel " printemps" ne pourra déboucher que vers un autre totalitarisme ?

Betty ERNOTTE a dit…

Il n'est pas assez ébranlé le pouvoir..et Erdogan n'en a rien à foutre. C'est toute la population qui doit descendre dans les rues... C'est triste que l'armée a viré. Il était le garant de la laïcité.

Guido Haddad a dit…

Mon Cher Jacques votre article est tres interessant mais il semble que vous oubliez la puissance de Fethullen Gullen , qui se trouve au Colorado et qui semblerait mener la barque? pouvez-vous m'en dire plus
Merci GUIDO le Tune

Gérard AMSELLEM a dit…

Quand on pense que Mustapha Kemal est mort d'une cirrhose au Raki....Erdogan veut construire une mosquée encore plus fastueuse que la Mosquée bleue....voilà qu'il se prend pour le nouveau Sultan Mehmet Erdogan II.

Anonyme a dit…

Bonjours.
Tout d'habord,on n'est pas representatif de la démocratie quand on établis l'ordre avec des chars sur la rue..Deuxièmement,l'armée n'éxclut d'aucune manière les droits de l'homme..(on oblige pas le peuple à se prosterner devant la statue de Ataturk avec menace de baston..).Toute erreur,'remonte' en surface un jours ou un autre;mérite sentance,en general c'est (cach..).Trois:Que ce soit en vie terrestre(quelques confession que ce soit) ou dans l'au-delà(religions),il y a promesse de justice...Que de débrits et ignomnies en Europe il y a si peu(40/45)..qui réclamer justice..!