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vendredi 3 mai 2013

ORTHODOXES DU SHASS : ARYEH DERI SUPERSTAR



ORTHODOXES DU SHASS : ARYEH DERI SUPERSTAR

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



Aryeh Deri et Elie Yishaï
     Le parti orthodoxe séfarade Shass se lance dans la bataille pour la reconquête du pouvoir. Le parti a renoncé à la règle du triumvirat à sa tête en désignant Aryeh Deri comme seul patron, après un retour en force imposé par le guide suprême du parti. Sa victoire est totale sur son concurrent de toujours Eli Yishaï. Le Conseil des Sages de la Torah a approuvé la décision du rabbin Ovadia Yossef désignant Ariel Attias comme chef du groupe parlementaire à la Knesset et Elie Yishaï  comme responsable des institutions éducatives de la Torah, poste de seconde catégorie bien qu’il gère 130 écoles du réseau Maayan. 
     L’ancien chef du parti, Elie Yishaï, paie ainsi la stagnation du nombre de députés, l’échec des négociations avec Netanyahou pour entrer dans la coalition gouvernementale et les affrontements au grand jour avec Aryeh Deri pour le leadership du parti.



Enfant chéri du parti



Deri a toujours été l’enfant chéri du parti et de son chef spirituel. Sa nomination est un désaveu formel de la gestion d’Elie Yishaï qui n’a jamais réussi à être adoubé par ses pairs. Il avait été désigné à la tête du parti, par défaut, parce qu’Aryeh Deri purgeait sa condamnation, en 2000, à trois ans de prison pour corruption et à sept ans d’inéligibilité.

Yishaï a réservé sa réponse car il s’estime lésé par une décision qui le désavoue. Deri a tenu à lui rendre hommage pour l’encourager à rester au sein de la direction du parti : «Je tiens à remercier Eli Yishaï qui, pendant longtemps, a habilement conduit le navire dans des eaux tumultueuses, des hautes vagues, avec finesse au sein de l'opposition et de la coalition.»  Il n’a pas voulu éluder la tension persistante avec son concurrent et il a cherché à calmer le jeu : «Tout est effacé. Je vais faire tous les efforts pour inculquer l'amour. J'ai été nommé pour mener un orchestre dans lequel chaque joueur a un rôle. L'orchestre va jouer une belle musique. Nous nous engageons dans une voie nouvelle, ensemble, unis, et nous avons beaucoup de travail à faire. Nous serons une opposition de combat.» 

Certes le parti avait besoin d’un choc salutaire pour sortir de la torpeur électorale après avoir été éliminé du gouvernement avec, à la clé, une baisse des subventions pour ses écoles. Le parti, qui a évité de peu l’effondrement, risque aujourd’hui d’éclater par suite d’un combat stérile entre chefs. Il avait besoin d’un leader charismatique connu pour ses positions en faveur des pauvres et d’un expert en cuisine politique.

Deri est sorti gagnant parce qu’il était tout désigné à cette fonction et qu’il avait menacé, avant les élections, de créer son propre parti sauf à être réintégré en tant que président du Shass. La promesse lui avait été faite et elle a été tenue. En contrepartie, Yishaï devait recevoir le portefeuille ministériel le plus élevé si le Shass entrait dans la coalition. C’est donc le plus grand perdant de l’opération. Elie Yishaï, personnage terne et mauvais orateur, n’avait pas réussi à imposer sa figure politique peu convaincante. Il avait échoué à élargir son électorat de manière significative et avait pris le risque de perdre trois députés après le départ mal négocié du député Haïm Amsallem.



Nouveau combat politique


Lapid et Deri à la Knesset


Or le parti doit se lancer au combat contre le gouvernement de Benjamin Netanyahou et surtout contre le laïc Yaïr Lapid qui avait exigé l’élimination du Shass de la coalition. Le projet du service militaire imposé aux orthodoxes sera le premier combat auquel Aryeh Deri aura à se frotter. Mais il devra aussi trouver l’angle d’attaque pour éviter que le budget ne touche particulièrement les classes défavorisées, son électorat traditionnel.

Il devra aussi engager une refondation idéologique de son parti Shass s’il ne veut pas être avalé progressivement par les partisans du sioniste religieux Naftali Bennett qui a le vent en poupe. Il est à la tête d’une tendance du judaïsme orthodoxe sépharade qui vire de plus en plus vers un antisionisme virulent. «Lorsque l’État d’Israël reviendra à la Torah, nous célèbrerons le Jour de l’Indépendance»  se plaisent à affirmer ses adeptes des livres sacrés qui persistent à renier l’histoire moderne d’Israël. Les livres de prières ont été modifiés pour soustraire aux fidèles le symbole même de l’État. 
Prière juive pour la France

Ainsi la bénédiction traditionnelle, faite dans tous les pays du monde, pour bénir l’État dans lequel vivent les fidèles juifs a été purement et simplement supprimée de la liturgie sépharade orthodoxe pour nier la création de l’État juif. La prière relative à l’intouchable Tsahal a été modifiée insidieusement pour supprimer toute référence à l’armée, symbole d’un État contestée par le Shass. Dieu ne bénit plus «les soldats de l’armée de défense d’Israël» mais il bénit «les soldats d’Israël», formule suffisamment vague pour ne pas faire référence à l’existence d’un État. 
Ovadia Yossef

Loin du gouvernement, Aryeh Deri va beaucoup perdre en financement de ses écoles talmudiques qui pourvoient en électeurs fidèles. Une baisse de subsides aux classes défavorisées risque de lui faire perdre des voix avec en ligne de mire la désaffection de militants qui rejoindront les partisans d’un sionisme religieux moderne actif au gouvernement. La vie du parti en dépend et l’âge avancé de son leader spirituel, 93 ans, ne conduit pas à l’optimisme car il représente le seul ciment d’un parti où s’expriment des concurrences exacerbées. La tâche sera rude pour Aryeh Deri superstar.

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