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jeudi 9 mai 2013

NETANYAHOU : UN NOUVEAU SAGE EN ISRAËL ?



NETANYAHOU : UN NOUVEAU SAGE EN ISRAËL ?

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
                 

         
          Benjamin Netanyahou est conscient que la résolution des quatre problèmes principaux du pays nécessite à la Knesset une majorité élargie, forte et soudée qui ne le lâche pas en cours de mandat : la situation économique, le processus de paix avec les palestiniens, les relations avec les américains et les mesures pour contrer le nucléaire iranien et le chaos en Syrie.   
          Durant ses précédents mandats, il avait prouvé qu’il disposait de capacités étendues d’illusionniste en excellant dans l’art de prôner un changement minimal dans la continuité. Il savait que les israéliens l’aimaient parce qu’ils se sentaient réconfortés par ses interventions en période d’incertitude.   

   
Et à ma gauche le bloc alternatif


Mais depuis la constitution du gouvernement, le premier ministre a changé. Il donne l’impression d’avoir choisi la posture du sage, restant au-dessus de la mêlée politique, un peu à l’image d’un président de la Vème république. Il a choisi de s’occuper des problèmes militaires, avec les prises de décisions cruciales sur la Syrie et le Hezbollah, et des questions de politique étrangère. Il s’est mis en retrait sur les questions intérieures, sources d’éventuels conflits avec ses ministres. 


Pouvoirs régaliens


Mobilisation de réservistes


Comme jadis le général de Gaulle, il estime que les affaires étrangères et l’armée font partie de ses pouvoirs régaliens. Des informations concordantes ont d’ailleurs conforté cette thèse puisqu’en accord avec le chef d’État-major, il a lancé des exercices militaires à la frontière nord, sans même référer au ministre de la Défense. Il détient par ailleurs, en plus de sa fonction, l’intérim du ministère des affaires étrangères dans l’attente de la fin des poursuites contre Avigdor Lieberman. 
Bennett et Lapid à la Knesset

Accusé dans le passé de gesticulations stériles, il s'est dicté une meilleure attitude pour neutraliser les deux bouillants «jeunes», Yaïr Lapid et Naftali Bennett, qui veulent suivre sa trajectoire politique. En affichant un consensus de circonstance, ils cherchent en fait à en découdre car leur ligne d’horizon reste le prochain poste de premier ministre, lorsque le temps viendra. Mais pendant ce temps, le gouvernement donne réellement l’impression de travailler dans la sérénité, hors des débats foireux, laissant au premier ministre le soin de distribuer les bons et les mauvais points ou les mises en garde. Contrairement aux officiers israéliens qui sont en tête de leurs hommes au front, il préfère rester en retrait, en seconde ligne, pour ne pas obstruer l’horizon politique de son gouvernement.   

Il laisse ses ministres agir dans le cadre de leurs prérogatives. D’ailleurs, le ministre des Finances, Yaïr Lapid, se rendra le 9 mai à la résidence du président Pérès,  avec de hauts fonctionnaires du ministère des Finances dont le directeur général et le chef de la Direction du Budget, pour une réunion de travail au cours de laquelle il présentera le budget pour les deux prochaines années. C’est la preuve que le premier ministre ne veut pas s’occuper de tout. Ainsi en visite en Chine, il a officiellement soutenu le projet de budget présenté par Yaïr Lapid : «Je n'ai pas l'intention d'intervenir dans le projet de budget soumis au gouvernement, à l'exception d'une question qui reste ouverte, le budget de la sécurité, qui doit être résolue».

Netanyahou se présidentialise en prenant de la hauteur. On craignait les conséquences de la cohabitation de trois leaders charismatiques or il s’avère que, parce qu’ils sont forts, ils se neutralisent et donc ils peuvent travailler en toute sérénité. Le premier ministre ne cherche pas à peser de son poids politique face à ses ministres débutants et cela afin d'éviter la confrontation. S’il veut que son gouvernement dure et ne retourne pas devant les électeurs rapidement, il doit laisser s’exprimer les tendances au sein de son équipe. Ses ministres doivent prouver leur compétence, au delà des paroles creuses et des joutes électorales. Leurs électeurs les jugeront sur leurs actes et ils ne pourront pas arguer qu'ils ont été empêchés d'agir. 



Prérogatives des ministres



Alors qu’il a annoncé la suspension des constructions dans les implantations, il n’interfère pas dans les déclarations contradictoires de ses ministres sur les questions en dehors de leurs prérogatives, se bornant, en directeur d’école, à leur faire comprendre que les grandes décisions sont du domaine du seul Cabinet de sécurité.
Constructions dans les implantations

Ainsi, alors que les américains tentent de renouveler les négociations de paix, il a laissé le ministre de l’économie et du commerce, Naftali Bennett, discourir lors du rassemblement à l’occasion de la journée de Jérusalem : «Il y a ceux qui disent qu'ils sont contre la division de Jérusalem, mais pour la création d’un État palestinien et je me demande où exactement sera la capitale de cet État : Jéricho, Bethléem, Berlin, peu importe car aucun État palestinien ne sera créé. Un peuple ne peut pas être un occupant sur sa propre terre; Jérusalem est à nous, on n'a pas le droit de le diviser.»

En fait cette position de sage lui permet de consolider une attitude qui n’est pas habituelle à un premier ministre israélien. Il refuse de s’immiscer dans la compétition entre les deux prétendants en choisissant de se poser en arbitre de leurs ambitions. La certitude qu’un gouvernement, conduit par une troïka, ne pouvait tirer qu'à hue à dia a été démentie. 
Troïka

En fait Benjamin Netanyahou se comporte en acteur d’un régime présidentiel, nouveau style en Israël, pour rester le seul maitre au sein de la coalition parce qu’il doit compenser l’instabilité des résultats d’élections qui n’ont pas débouché sur une majorité stable. Il a dû composer avec le système politique israélien, que tout le monde s’accorde à juger inadapté, mais en bon tacticien politique, il a compris qu’il devait imposer son leadership aux trois partis qui détiennent  l’avenir du pays entre leurs mains. 
Symbole du Mapaï

Israël est ainsi passé du parti unique Mapaï à sa création, au bipartisme avec l’arrivée du Likoud au pouvoir en 1977. À présent la recherche d’une stabilité d’une coalition hétéroclite de trois partis d’égale force reste l’objectif fondamental du premier ministre. On avait prédit à Netanyahou une difficulté à gouverner et pourtant rien ne semble présager une instabilité gouvernementale. Il est vrai que les grands problèmes entrainant les éventuelles divisions n’ont pas encore été mis sur le bureau du gouvernement à savoir : négociation avec les palestiniens, réformes du service militaire des religieux, avenir des implantations et budget annuel.



Référendum


John Kerry et Tsipi Livni


Avec l’intention délibérée de se défausser, en cas d'échec, sur ses jeunes et bouillants collègues, il laisse ses ministres agir librement dans le cadre des attributions de leur ministère. Tsipi Livni tâte le terrain palestinien à l’occasion de ses deux rencontres avec John Kerry à travers des discussions préliminaires. Mais pour le statut final des territoires, Netanyahou veut utiliser l’arme suprême de la Vème république. Dans une démarche gaullienne, il a en effet défendu l'idée d'un référendum national sur tout accord de paix avec l'Autorité palestinienne. Cela lui permet ainsi d’arbitrer les positions de Yaïr Lapid qui avait imposé la reprise des négociations sur le processus de paix pour tout accord de coalition et celle de Naftali Bennett opposé totalement à ces négociations.
Shelly Yacimovich

Le référendum n'entre pas dans la culture politique israélienne. La plupart des leaders politiques n’apprécient pas cet appel au peuple. Shelly Yacimovich, chef de l’opposition, a exprimé son opposition à un référendum, estimant qu’Israël est une démocratie représentative et qu’en «votant pour les législatives on confie déjà au premier ministre le soin de prendre les décisions difficiles concernant notre avenir».  
La ministre de la Justice Tsipi Livni s'est prononcée elle-aussi contre l'idée d'un référendum, après avoir appris que le ministre des Finances Yaïr Lapid envisageait d’approuver l'idée avancée par Naftali Bennett : «Un référendum est un moyen de contrer les décisions de la Knesset et du cabinet. Les élections générales sont le véritable référendum. La Knesset est censé accepter ou rejeter les propositions, c'est son autorité et c’est le mandat que nous avons reçu du peuple».
Menahem Begin


Netanyahou vient de se doter d'une attitude présidentielle en Israël qui lui permettra, si telle est sa destinée, de conduire le pays à la réussite et à la paix. Il peut être, s’il le décide, le nouveau Begin qui négociera avec ses ennemis, un nouveau sage dans l’Histoire d’Israël.
 


4 commentaires:

andre a dit…

Bravo Monsieur Benillouche, que voila une bonne analyse sans parti pris!
Netanyahu a reussi a virer en tete aux legislatives grace a son OPA sur Israel Beteynou.Il est maintenant le vrai Premier Ministre grace aux deux successurs putatifs qu'il a mis au charbon : budgets sociaux en berne et augmentation des impots. Lui reste aux commandes de la guerre et de la paix/
Genial non?
Andre M

MARCO kOSKAS a dit…

Cette prise de hauteur pourra-t-elle résister au gel des constructions que Bibi vient d'ordonner dans les Territoires? C'est la première décision importante de la législature, et je doute que Bennet l'entérinne sans mot dire. Cette décision elle-même étonne, puisqu'elle qu'elle a déjà été prise une première fois il y a quelques années, sans que le moindre progrès ne soit enregistré dans les pourparlers de paix. Elle répond sans doute à une exigence d'Obama, mais elle butera pareillement sur l'irrédentisme de nos voisins. Bref on tourne en rond. Bibi se chiraquise plutôt qu'il ne se présidentialise, en laissant notemment Lapid s'enferrer dans l'incohérence qui consiste à défendre les classes moyennes pendant la campagne, et les assomer d'augmentation une fois qu'il est au gouvernement>. L'habileté de Bibi n'est pas nouvelle. C'est à la fois un bon tacticien et un grand homme d'état, voilà tout. Rien de neuf en somme....

Nicole GANDUS a dit…

il est formidable ! je n'en vois pas un autre à sa place! il en faudrait un comme lui ici en France!

Alexandre LEVY a dit…

Article très intéressant et très instructif!