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jeudi 30 mai 2013

NETANYAHOU JOUE LA MODÉRATION DANS LE CONFLIT SYRIEN





NETANYAHOU JOUE LA MODÉRATION DANS LE CONFLIT SYRIEN


Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Camp entrainement rebelle à Azaz au nord de la Syrie
Les hésitations d’Israël vis-à-vis de la Syrie démontrent le dilemme auquel le gouvernement israélien doit faire face. Elles ne sont ni volontaires et ni calculées mais elles  préfigurent peut-être un changement de stratégie. Cependant, le gouvernement israélien ne tient pas à ce que ces hésitations soient interprétées par Bassar Al-Assad comme un encouragement à intensifier sa guerre contre une rébellion désorganisée et désunie ou comme un acte de faiblesse par le Hezbollah.

  

Implication armée du Hezbollah



Israël veut éviter les balles perdues au Golan dans le conflit qui oppose les rebelles à l’armée loyaliste secondée par les militants du Hezbollah. Le dilemme concerne d’une part la position à adopter vis-à-vis du régime syrien et des troupes loyalistes et d’autre part l’attitude ferme exigée face aux troupes du Hezbollah qui prêtent main forte à Bassar al-Assad. 
Djihadistes en Syrie

Selon des sources bien informées, Israël envoie régulièrement ses commandos militaires sur place en Syrie pour s’informer de visu. Le but n’est pas de s’interposer dans les combats, mais de suivre les mouvements d’armes chimiques, de contrôler les transferts d’armement, de surveiller l’évolution des lignes de front des combats et d’analyser le comportement des miliciens du Hezbollah sur le terrain. L’État-Major israélien, et par conséquent le gouvernement, sont ainsi au fait de la situation réelle qui prévaut aujourd’hui en Syrie.

Israël est convaincu que, contrairement aux flottements du début de la révolution, l’armée syrienne reste totalement fidèle au pouvoir en place et qu’elle agit avec professionnalisme et discipline sans pour autant être exonérée d’exactions et de meurtres. Les militaires syriens sont sous contrôle depuis le palais présidentiel et n’agissent que sur instructions précises de leur commandement pour éviter que des officiers ne s’aventurent dans des initiatives personnelles. 

Même lorsque l’armée a subi des revers militaires sanglants, la réorganisation des troupes et parfois la retraite se sont faites en bon ordre après des directives qui ont permis de minimiser les conséquences. Aucune panique n’est visible parmi les troupes loyalistes. Le temps est loin où l’on annonçait chaque semaine des désertions de généraux avec leurs soldats. D’ailleurs les informations recueillies après-coup donnent à penser que la rébellion avait intoxiqué les médias en annonçant à grand renfort de communiqués des défections de grande ampleur qui ne semblent n’avoir jamais eu lieu.



Avertissements réguliers



Les israéliens ne minimisent pas le danger à leur frontière avec la Syrie et ils mettent en garde régulièrement leurs voisins. La mobilisation de 20.000 réservistes avait sonné comme un avertissement à la fois à la rébellion parquée dans le no man’s land et aux militaires syriens. Ainsi, ils ont analysé les derniers tirs qui ont affecté le Golan et sont convaincus qu’il s’agissait d’initiatives locales non planifiées par le palais de Damas. Effectivement des éléments de la rébellion comprenant des djihadistes d'Al-Qaeda ont cherché à attiser le feu à la frontière syro-israélienne. Ils voulaient impliquer Israël pour susciter des représailles de grande ampleur afin d’ouvrir un nouveau front du Hezbollah contre Israël.  
Funérailles d'un Hezbollah mort en Syrie

C’était sans compter sur les services de renseignements israéliens qui avaient identifié les meneurs, à savoir les milices du Hezbollah qui sont à présent totalement et ouvertement impliquées dans le conflit. Le Hezbollah a d’ailleurs subi de fortes pertes, plus d’une centaine de tués dont les obsèques sont organisées à grand renfort de publicité pour galvaniser des troupes dont le moral tend à baisser devant les déconvenues. Mais Bassar Al-Assad a tenu à signifier un message clair à Hassan Nasrallah qu’il était le seul à définir la stratégie militaire contre Israël. Certes l’armée syrienne  a voulu montré qu’elle n’était pas passive au Golan en  annonçant avoir détruit une jeep israélienne qui avait débordé de la frontière. Mais si des tirs ont bien eu lieu, Tsahal a démenti l’information de toute destruction.



Modération russe


Tsahal au Golan


De part et d’autre, les deux pays font preuve de réactions mesurées pour ne pas envenimer les relations militaires. La Russie n’est pas étrangère à cette volonté de limiter la tension. Mais le 21 mai, à la suite des échanges de tirs entendus au Golan, le gouvernement israélien a imposé  la modération à Tsahal malgré des réactions contradictoires du ministre de la défense et du chef d’État-Major. Damas avait revendiqué sa responsabilité sur ces tirs et menacé de répliquer à toutes les représailles. Le premier ministre israélien a ordonné à ses ministres de ne pas s'exprimer sur la Syrie et la possible livraison de missiles russes à ce pays. Cette consigne a été transmise à la suite des déclarations jugées menaçantes vis-à-vis de Moscou du ministre de la Défense Moshé Yaalon.
Le ministre de la Défense avait lancé ses menaces : «Notre politique est claire, nous ne nous ingérons pas dans la guerre civile en Syrie, mais nous ne laisserons pas non plus l’incendie se propager sur notre territoire. Nous avons détruit une position de l’armée syrienne sur le Golan qui avait tiré contre une patrouille de Tsahal». Le chef d’État-Major Benny Gantz a enfoncé le clou : «Si Assad décide de laisser empirer la situation dans le plateau du Golan, il devra en subir les conséquences».

Mais le gouvernement israélien ne veut pas qu’une initiative locale dégénère en conflit à la frontière syro-israélienne et il se contente  uniquement d’adresser un message sans équivoque à Damas lui enjoignant de mettre de l’ordre à ses frontières et parmi ses alliés. Il ne tient pas à une escalade militaire qui pourrait réveiller le front de Gaza. Il pointe du doigt les intentions du Hezbollah et de l’Iran qui cherchent à prouver qu’ils sont parties prenantes dans le conflit syrien et qu’ils finiront bien par impliquer Israël pour une conflagration générale dans la région.



Solution diplomatique


Lavrov et Kerry


En fait Benjamin Netanyahou semble choisir pour l’instant la solution diplomatique car il n’est pas certain que la chute de Bassar Al-Assad serait dans l’intérêt d’Israël. Il laisse John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov tenter de sauvegarder une conférence de paix. Mais il ne croit guère à une issue positive de ces discussions. Il veut garder de bonnes relations à la fois avec les États-Unis et surtout avec la Russie. Il s’avère d’ailleurs que son voyage à Moscou n’a pas été si négatif que les commentateurs laissaient supposer.

Il a intégré l’idée majeure que les russes n’avaient pas l’intention de laisser tomber Bassar Al-Assad. Mais Benjamin Netanyahou a senti une certaine convergence d’intérêts avec Vladimir Poutine. Il aurait reçu des assurances que les russes n’avaient pas l’intention de gêner Tsahal s’il ménageait l’armée syrienne et se cantonnait à attaquer les forces du Hezbollah, si l’aviation israélienne acceptait de considérer la base russe de Tartous en Méditerranée comme sanctuaire inviolable et si Israël persistait dans sa neutralité dans le conflit en n’aidant pas les rebelles syriens. Il a eu l’assurance que les missiles Yakhont anti navires, récemment livrés, n’avaient pour but que d’interdire une intervention maritime armée occidentale contre le régime syrien pour laquelle Israël était peu concerné. 
Missiles S300 russes

Des assurances ont aussi été données que, si des missiles S-300 étaient livrés à la Syrie, ils seraient contrôlés et manipulés par des servants russes qui s’assureraient qu’ils n’étaient utilisés que contre des forces d’intervention occidentales. Tsahal restant libre de procéder à ses missions de surveillance contre son ennemi le plus direct, le Hezbollah. Les russes se méfient en effet de ces milices islamistes qui ont des dents longues et qui risquent d’accaparer le pouvoir en cas de chute de Bassar Al-Assad. Ils comptent sur Israël pour limiter leur influence. Cette assurance est donnée par les russes parce que le régime syrien a retrouvé une certaine confiance dans son armée après ses gains sur le champ de bataille. La ville de Qousayr est sur le point d'être reprise et les forces loyales ont réussi à s’imposer dans le couloir entre Damas et Alep.

Le conseiller à la Sécurité Nationale, Yaakov Amidror, vient de préciser qu’Israël ne s’opposera pas à la livraison de missiles S-300 mais les empêchera de devenir opérationnels. En tout état de cause, le système est si complexe que cela nécessitera au moins six mois pour sa mise en route. En effet les opérateurs et les techniciens syriens devront suivre des cours en Russie, un délai qui sera mis à profit par Israël pour prendre les mesures adéquates.  

Benjamin Netanyahou ne cache plus sa divergence avec la Grande-Bretagne et la France qui persistent à vouloir armer les rebelles infiltrés par les djihadistes d’Al-Qaeda.  Les américains, quant à eux, ne cherchent qu’à éviter que le conflit ne s’étende au Liban et en Turquie avec un gros risque de déstabilisation et de contamination à la Jordanie et à L’Irak. Ils ne se rendent pas compte que le Hezbollah, tout en orientant le regard vers la Syrie, cherche en fait à présent à prendre le pouvoir au Liban sous prétexte de le défendre.  
L’expérience acquise par ses troupes en Syrie augmente ses prétentions. Hassan Nasrallah a  affirmé le 25 mai que «l’État libanais était incapable, sans la résistance du parti chiite, de défendre le pays face aux menaces israéliennes. Nous vivons dans un État confessionnel, incapable d’adopter une nouvelle loi électorale. Comment peut-on attendre de cet État qu’il résiste face à l’armée israélienne ? Les politiciens libanais en sont incapables». C’est une manière de dire qu’il est temps qu’il se substitue aux autorités défaillantes.

En fait les hésitations viennent plus des États-Unis que d’Israël qui semble, sur le problème syrien au moins, s’aligner sur la stratégie russe.

1 commentaire:

Albert GUENOUN a dit…

article très instructif et qui cadre bien les interets des différentes parties prenantes - à lire très attentivement car le dessous des cartes est tres complexe dans la guerre civile syrienne - je fais confiance personellement à B Netanyaou pour son attitude prudente . tant que les commandos pourront apporter des informations de terrain en temps réel ,Israel pourra adapter son attitude vis à vis de ce conflit. Les medias officiels ne se basent actuellement que sur des infos partielles et partiales .!!!!