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mercredi 15 mai 2013

LE PROJET DE BUDGET DE YAÏR LAPID


LE REGARD DE JACQUES BENILLOUCHE POUR  TRIBUNEJUIVE.INFO

LE PROJET DE BUDGET DE YAÏR LAPID




Yaïr Lapid doit se demander s’il n’est pas tombé dans le piège tendu par Benjamin Netanyahou en acceptant le portefeuille difficile des finances alors qu’il n’a ni l’expérience et ni la formation économique requise. À peine quelques mois après sa prise de fonction, les sondages lui sont déjà défavorables : 42% des israéliens pensent qu'il ne faisait pas un bon travail, comparativement à 21% qui lui étaient positifs. 




Un portefeuille technique

Couper dans le budget


Les sondages n’annoncent certes qu’une probabilité tendancielle, avec une marge d’erreur assez importante, mais  ils risquent d’engendrer une perte de crédibilité chez le ministre. Il est vrai qu’on peut difficilement gouverner avec les sondages. Yaïr Lapid était conscient, en entrant dans la coalition, de la difficulté qu’il aurait à gérer le déficit de quelque 11 milliards de dollars. La travailliste Shelly Yacimovich, qui avait été pressentie à ce poste, savait et, pour cela, elle avait refusé de rejoindre le gouvernement. Lapid savait bien sûr mais il a, quant à lui, accepté le défi de prendre le portefeuille des Finances.

Le projet de budget de l’État pour 2014 soumis à la Knesset, pour être entériné avant le 1er août 2013, suscite plus de critiques que d’éloges car, pour absorber les 40  milliards de shekels de déficit, le ministre a dû impérativement passer par des coupes budgétaires drastiques.
Enfants des familles orthodoxes


Certaines mesures impopulaires ont été doublées de décisions symboliques. L’impôt sur le revenu sera augmenté de 1,5% pour tous les revenus ; la Tva qui touche toutes les classes de la population sera majorée de 1% entrainant une augmentation du coût de la vie proportionnelle ; les allocations familiales indispensables aux classes défavorisées seront réduites de 140 shekels par mois et par enfant. Les orthodoxes, aux familles nombreuses, s’estiment visés par cette dernière mesure. Pour faire bonne mesure face aux mesures impopulaires, il a été décidé une hausse des taxes sur le tabac, sur l’alcool et sur les produits de luxe comme les yachts ou les jets privés.

Une réduction de 7 milliards sur les dépenses du gouvernement a été planifiée sur les six mois restants de 2013 et 18 milliards pour l’année 2014. En revanche, par crainte des remous à l’intérieur de la centrale syndicale Histadrout, Yaïr Lapid a renoncé à son projet de réformes des grandes entreprises publiques dont les employés bénéficient de privilèges excessifs, notamment les ports maritimes et la compagnie d’électricité. Certains interprètent ce revirement comme une faiblesse du nouveau ministre pour ne pas se mettre à dos les syndicalistes.


Atteinte aux classes moyennes
8 des 19 familles qui contrôlent l'économie



L’opposition reproche à Yaïr Lapid de porter atteinte aux classes moyennes, qui ont justement voté pour lui, avec des mesures qui frappent indifféremment les citoyens comme l’augmentation de la TVA ou la hausse non progressive de l’impôt sur le revenu. Elle aurait voulu qu’il s’en prenne plutôt aux oligarques ainsi qu'aux vingt familles qui contrôlent les grands groupes de l’économie mais aussi aux syndicats. 
Yaïr Lapid a dû son ascension politique durant la campagne électorale à son discours, jugé démagogique par ses adversaires, prônant la défense des classes moyennes victimes selon lui d’un matraquage fiscal. Aujourd'hui, il défend cependant ses mesures en précisant qu’il travaille à un changement de législation permettant d’imposer davantage les grands groupes mais ces nouvelles lois nécessitent du temps pour être votées.

 Le premier ministre Netanyahou, fidèle à sa nouvelle politique de non-ingérence dans les affaires intérieures, ne participe pas à la polémique. Il aurait plutôt une propension à se réjouir des difficultés subies par son rival. Les affaires étrangères et la Défense devenant ses domaines de prédilection, il a précisé qu’il arbitrerait seulement le projet de budget de la Défense qui devrait être amputé de 4 milliards de shekels dans le projet de budget du ministère des fiances. Le premier ministre vient d'annoncer que le budget de la défense ne sera réduit que de 3 milliards de shekels par an et non 4 milliards. Mais cette décision n'entrainera pas de coupes supplémentaires dans le budget de l'Etat en raison des réserves accumulées durant les années précédentes.
La révolte des tentes

Le plan d’austérité risque de réactiver la contestation sociale à la manière de la "révolte des tentes" de l'été 2011. Des manifestations ont déjà été organisées devant le domicile du ministre des finances et une grande manifestation a été organisée le 11 mai à Tel-Aviv. Mais Yaïr Lapid tient à être droit dans ses bottes face aux sondages et aux critiques de tous bords dont les journalistes semblent, selon lui, responsables. 
Dans une interview à la chaine-2 il a déclaré que «la classe moyenne ne peut pas se permettre de favoriser l'effondrement de l'économie».  Accusé de frapper de plein fouet la classe moyenne, contrairement aux secteurs les plus riches de l'économie, il a répondu «qu'il n'est pas socialiste. Je connais la théorie consistant à prendre d’abord aux riches». S’il comprenait les critiques, il demande cependant du temps car «la vie ne s'arrête pas la semaine prochaine. Je ne suis ministre que depuis deux mois mais je vais sortir l'économie du trou».
Manifestation à Tel-Aviv contre le budget



Mesures impopulaires



            Les entreprises ne sont pas exclues des mesures nouvelles. Celles qui bénéficient d’allègements fiscaux paieront des taux d’imposition plus élevés tandis que les dividendes subiront une hausse de la taxation de 5% pour atteindre 20%. Certaines mesures sont peu appréciées : l’annulation  de l’exemption de la Tva pour les touristes, l'annulation des subventions pour les programmes parascolaires pour les enfants dont les parents travaillent, l'augmentation des impôts sur les gains de loterie, l'augmentation des impôts sur les biens de luxe et l’augmentation des droits de douane sur les textiles et les poissons importés. Enfin, les mères qui restent à la maison paieront des impôts et des cotisations d’assurance nationale de santé. Dans une conférence de presse, Yaïr a expliqué : «Je ne vais pas distribuer l'argent de l'État comme en Grèce. Ce qui s’est passé là-bas pourrait se produire ici, mais certainement pas sous ma mandature».
Stanley Fischer et Yaïr Lapid


            Yaïr Lapid vient de recevoir un appui marqué de la part du directeur de la Banque d’Israël, Stanley Fischer qui a toujours prôné une réduction du déficit pour «éviter une perte de contrôle sur les dépenses.» et qui juge «le plan audacieux». Il justifie ces mesures car le déficit budgétaire d'Israël a bondi à 4,2% du produit intérieur brut l'an dernier, plus du double de son objectif initial en raison de dépassements imposées par le gouvernement précédent et des recettes fiscales moins importantes que prévu alors que l'économie s’était ralentie.

            Le ministre des finances accepte d’être impopulaire car, selon lui, il a proposé un budget responsable. Certains cependant, sans contester son projet de budget, lui reprochent d’avoir été superficiel durant la campagne électorale, sinon démagogue, en expliquant que le déficit budgétaire pouvait être surmonté uniquement en réduisant les allocations des ultra-orthodoxes. Il est donc devenu la victime de sa propre rhétorique, non pas dans sa décision de réduire l’énorme déficit d'Israël, mais en affirmant qu'il allait protéger les gens qui travaillent alors qu’il était clair qu’il ne le pouvait pas. Le reniement des promesses électorales est un phénomène classique en politique mais il lui est reproché de n'avoir pas fustigé l’ampleur de la catastrophe économique opérée par son prédécesseur, Yuval Steinitz, sous le contrôle de Netanyahou. 
Fischer, Netanyahou et Steinitz

Le parti Shass, qui vient d’élire Aryeh Deri à sa tête, est en embuscade car ses électeurs, issus des classes défavorisées, subiront une ponction fiscale disproportionnée par rapport à celle des nantis. Mais il ne pourra pas se plaindre de n’avoir pas été prévenu car la campagne électorale a été fondée sur le combat contre les subventions aux écoles talmudiques. Il pourra se joindre aux travaillistes et au Meretz pour combattre le nouveau budget, lorsqu’il viendra en discussion à la Knesset. Sa seule victoire sera de faire voter quelques amendements qui pourraient redorer son blason.

http://www.tribunejuive.info/politique/le-projet-de-budget-de-yair-lapid
 


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