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dimanche 14 avril 2013

VENEZUELA, LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITÉ



VENEZUELA, LE CHANGEMENT DANS LA CONTINUITÉ

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
             
Capriles et Maduro
          
          Les présidentielles, suite au décès de Hugo Chavez, auront lieu dimanche 14 avril 2013.  Cette date choisie symboliquement tend à rappeler qu’Hugo Chavez, écarté du pouvoir par un Coup d’Etat, était revenu aux commandes le 14 avril 2002 sous la pression de la rue. Les télévisions publiques, aux ordres du pouvoir en place, diffusent en boucle les images de cette journée historique pour galvaniser la population. 




Maduro et Capriles

Hugo Chavez et Maduro


    Israël n’attend rien de ces élections qui consacreront certainement Nicolas Maduro, candidat désigné par l’ancien président, avant sa mort. Son adversaire Henrique Capriles,  41 ans, ancien gouverneur de Miranda tente à nouveau sa chance avec peu d’espoir de l’emporter tant le pays est gangréné par l’idéologie marxiste. Tout comme ceux de Chavez, les partisans de Maduro l'accusent d'être «un agent sioniste»  en référence à ses origines juives en tant que petit-fils d'un survivant de la Shoah.
Caprilès


Le Venezuela compte 19 millions d'électeurs inscrits, et au moins 2,4 millions qui dépendent d'emplois publics tandis que plusieurs millions d'autres vivent de subsides de l’État ou de programmes sociaux. Le candidat libéral aura du mal à persuader ces assistés de la justesse de son programme. L’incertitude du scrutin dépend de l’étendue de l’exaspération de la population qui souffre de la persistance du crime organisé, d’un taux d'inflation de 31%, de la corruption et de l'inefficacité du gouvernement.

Le pays, qui regorge de pétrole et qui est victime du trop-plein de richesse, a joué la carte de l’antisionisme doublé d’antisémitisme affiché. Au lieu de favoriser la naissance d’un modèle de démocratie et de privilégier le développement social, l’ancien dirigeant a préféré choisir la voie de la dictature pour faire partie des privilégiés de l’OPEP. Les bases sociales du pays ont été détruites car les reculs sociaux ont servi à museler l’opposition et à affaiblir les partis afin de grignoter progressivement les espaces de liberté et d’interdire les plus grands médias de son pays.



Antisionisme et antisémitisme

 
Synagogue de Caracas profannée

Le Venezuela a radicalisé son opposition à Israël jusqu’à dénier son existence dans une volonté de s’attirer les faveurs des potentats de la Ligue Arabe qui lui ont offert en récompense un strapontin d’observateur, sans que l’on sache quel est le certificat d’arabité qui pourrait justifier cette adhésion. Les dirigeants communistes ont favorisé en 2009 l’émergence d’une vague d’antisémitisme qui s’était traduite par un boycott des magasins juifs et surtout par la profanation de la synagogue de Caracas dont l’Arche sainte et les livres de prières ont été détériorés et dont les murs ont été souillés de slogans antisémites. Ils ont même reçu en grandes pompes le gauchiste français Jean-Luc Mélenchon, le défenseur des «pauvres», et  l’iranien Ahmadinejad qui voyait là un moyen de briser son isolement diplomatique.

Les quartiers populaires de Caracas sont convaincus de la victoire du candidat Nicolas Maduro, président par intérim et candidat du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), adoubé par les chavistes. Les portraits de l'ancien président sont encore affichés sur les murs des quartiers des vieux HLM délabrés car la misère existe toujours malgré le programme et les slogans de campagne de Hugo Chavez.

L’opposition est peu confiante dans sa victoire et elle ne compte plus que sur une abstention liée à la mort de Chavez et sur l’absence de charisme de son successeur qui n’arrive pas encore à galvaniser les foules.  Elle s’était pourtant bien comportée, le 7 octobre 2012, lorsqu’elle réduisit la victoire de Hugo Chavez à seulement 55% des voix tandis que Henrique Capriles Radonski en obtenait 45%, soit 6,2 millions de voix. Mais la campagne électorale est trop courte pour combler l’écart face à un candidat qui exploite toutes les ficelles politiques. 

Nicolas Maduro cherche en effet  à rassembler en invoquant sa fidélité au Commandante et au Christ à la fois, ce qui semble paradoxal pour des révolutionnaires marxistes. Chauffeur de bus avant de devenir syndicaliste, il doit sa carrière à son mentor Hugo Chavez qui l’a nommé ministre des Relations extérieures et vice-président. D’ailleurs il l’imite en multipliant à sa manière les insultes pour disqualifier «Caprichito», le petit caprice, qu’il accuse d’être «le candidat de la droite fasciste». 


Economie en berne


Henrique Capriles Radonski n’est pas en reste puisque les attaques ne volent pas très haut. Il qualifie Maduro du surnom de «Toripollo», l’animal au corps de taureau et à la tête de poulet ou «d’enchufado», insulte signifiant pistonné et profiteur. La population attend pourtant des candidats qu’ils relèvent les défis économiques pour mettre l’économie au service du peuple et non l’inverse afin d’améliorer ses conditions de vie.  
Henrique Capriles, avocat issu d’une des plus grandes fortunes du Venezuela, est le candidat d’une opposition unie, au moins en façade. Il veut faire la révolution libérale dans son pays et compte faire mieux que ses 45% des suffrages obtenus face à Chavez parce que son concurrent est moins charismatique. Mais son message de retour à une économie de marché risque d’être mal compris par une population assistée, dont les 30% sont touchés par la pauvreté. 
Benoit Hamon en visite officielle


L’économie vénézuélienne ne manque pourtant pas d’atout. 5ème puissance économique d’Amérique Latine et 1er producteur pétrolier du continent avec en plus des vastes ressources minières (or, bauxite, fer, nickel, charbon…), hydrauliques et agricoles, le pays a connu en 2012 une croissance de 5,5%. Mais Hugo Chavez n’a pas réussi à instaurer son nouveau modèle économique, à base de révolution bolivarienne financée par les revenus du pétrole. Il a surtout utilisé l’or noir, qui a porté le PIB du Venezuela à 328 milliards de dollars, comme arme diplomatique dans les relations internationales.

Pourtant, il avait exigé des grandes propriétés terriennes qu’elles cèdent une grande partie de leurs espaces après avoir saisi et redistribué 2,5 millions d'hectares. Il avait nationalisé des entreprises de secteurs stratégiques comme l'énergie, les banques ou les télécommunications et entrepris une campagne de construction de trois millions de logements.

Mais le bilan d’Hugo Chavez est contrasté car la répartition des richesses n'a pas changé puisque 45% des ressources reviennent aux 20% des vénézuéliens les plus riches tandis que 32% de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Le Venezuela manque de cadres, d’experts, de médecins et il doit s’approvisionner à l’étranger pour les médicaments, les denrées agricoles, les bananes et le sucre. Il souffre d’un manque d’eau et d’un déficit de production électrique, ce qui semble paradoxal dans un pays où l’abondance du pétrole pourrait servir à créer des usines de dessalement. Mais les ressources du pétrole ne sont nullement investies dans des projets de production mais uniquement dans la distribution stérile de subsides.

Les ressources pétrolières sont dépensées et gâchées dans une politique extérieure axée sur l’extension d’une influence politique à l’extérieur des frontières. La croissance du pays fait illusion car elle repose sur une forte dépense publique, face à une inflation galopante (26,1% en 2011 et 31,6% en 2012) qui a entrainé une dévaluation de la monnaie locale de 50% avec double taux de change, légal et parallèle.

En cas de réélection très probable du poulain de Chavez, Israël n’attend rien d’un pays qui l'a voué aux gémonies et qui fait de son antisionisme son fonds de commerce.

3 commentaires:

Jean Smia a dit…

Le Qatar fasant partie de la francophonie, il n'y a aucune raison de s'étonner que le Venezuéla fasse partie de la ligue arabe.
J'attend que les Inuites intégrent à l'O.U.A.

Betty ERNOTTE a dit…

En effet, quand le peuple est aveugle, sourd et soumis il n'y a rien à faire. Et il est tout à fait vrai qu'Israël n'a rien à attendre du nouveau Président, qui lui continuera la politique de Chavez et profitera de l'abondance en laissant dans la misère le peuple.

Mivy a dit…

Si l'aspect anti américain et antisémite d'Hugo Chavez est insupportable, si l'absence d'études et de culture de son successeur désigné peut faire peur, si l'imprévision économique n'est pas rassurante, il n'en reste pas moins que l'objectif de justice social n'est pas à rejeter.
Nos sociétés favorisent un monde où les gens sont de plus en plus pauvres, et ou une petite minorité s'enrichit de plus en plus.
Chavez a eu raison de nourir son peuple, et j'aimerais que nos dirigeants cessent de jouer au médecin de Molière; en pratiquant des saignées sur des économies anémiées. Le libéralisme actuel provoque et nourrit la crise.
Le but de l'économie est de rendre les gens heureux, et non de gonfler les comptes clandestins dans les paradis fiscaux.
Ce n'est pas par ce que des leaders populistes créent des boucs émissaires pour justifier leurs échecs, qu'il faut abandonner l'idée de justice sociale.