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vendredi 26 avril 2013

L’OCCIDENT PAIE LA CHUTE DE KADHAFI



L’OCCIDENT PAIE LA CHUTE DE KADHAFI

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



Attentat contre l'ambassade française
L’occident n’a pas suffisamment évalué les conséquences de la chute du colonel Kadhafi puisqu’il se complait dans une passivité déconcertante. Si la révolution armée du peuple libyen s’est débarrassée du dictateur, elle a cependant entrainé la déstabilisation de la région avec, à la clé, l’aggravation des problèmes sécuritaires dans la région du Maghreb-Sahel.  La France, aidée par les forces de l’Otan et soutenue par le Conseil de sécurité de l’Onu, avait aidé la rébellion armée sans imaginer les répercussions sur la paix et la sécurité de la Libye.  Aujourd'hui elle se sent seule à affronter la tempête libyenne.



Attentats

Attentat contre le consulat de Benghazi



   Après l’attentat qui a coûté la vie en septembre 2012 à l'ambassadeur des États-Unis en Libye, J. Christopher Stevens, et à trois fonctionnaires américains, une attaque, le 23 avril 2013, contre l’ambassade de France est de la même signature. Il s’agit d’une mise en garde contre toute nouvelle intervention ou implication des forces occidentales pour arbitrer les combats entre les différents clans locaux. La longévité du régime de Kadhafi était due à un dosage équilibré entre les nombreuses tribus qui le soutenaient mais qui s’affrontent à présent pour la conquête du pouvoir.  

        Cependant, la révolution libyenne se distingue des autres révolutions arabes car elle a dépassé ses frontières. En effet, les miliciens étrangers, maliens, nigériens et palestiniens entre autres, qui avaient combattu auprès de la rébellion contre Kadhafi, sont retournés dans leur pays d’origine après avoir pillé les arsenaux libyens. Les armes ont été disséminées à travers le monde mais elles ne sont pas uniquement d’origine libyenne. En effet, de nombreuses armes parachutées par les avions français pour aider la rébellion sont tombées entre des mains terroristes. Il ne s’agit pas que d’armes légères mais de lance-roquettes, de fusils d’assaut, de mitrailleuses et de missiles antichar Milan. 

Cela explique d’ailleurs la prudence actuelle du gouvernement français qui hésite à armer l’Armée syrienne libre afin d’éviter la déconvenue libyenne. Il faut constater que l’intensification de l’activité terroriste en Afrique, celle d’Aqmi (Al-Qaida au Maghreb Islamique), et les rébellions armées au Tchad, au Niger et au Mali  coïncident justement avec le trafic des armes lourdes en provenance de Libye. De nombreuses armes sophistiquées, puisées dans l’arsenal libyen, sont tombées entre les mains de groupes terroristes radicaux. D’ailleurs un rapport de l’Onu en date du 18 janvier 2012 avait déjà mentionné que des groupes violents s’étaient appropriés de vastes caches d’armes libyennes.



Dissémination


Missile Rpg-7 libyen


            L’amiral Giampolo Di Paola, président des chefs d’État-major des pays de l’Otan, avait précisé que plus de 10.000 missiles sol-air avaient disparu en Libye. Human Rights Watch (HRW) avait constaté, à la chute du colonel Kadhafi, la présence d’un arsenal de dizaines de milliers de tonnes de munitions de fabrications russe et française enfouis dans le désert et dont on ignore aujourd’hui la destination. Il est probable que la majeure partie a été récupérée par Aqmi qui l’a distribuée aux rebelles africains de son obédience, aux opposants égyptiens au Sinaï et même aux djihadistes de Gaza.  
Missile Sam-7

Le paradoxe tient au fait que la rébellion libyenne avait été à l’origine équipée par des armes en provenance de Somalie, du Soudan et d’Égypte or à présent, la Libye sert de fournisseur principal d’armes aux rebelles de ces mêmes pays. Il s’agit d’armement lourd composé de pièces d’artillerie antiaérienne montées sur véhicules, de missiles sol-air SAM-7  ainsi que d’explosifs Semtex qui transitent par le passage d’Erg Merzoug à la frontière entre le Niger et la Libye. C’est justement ces explosifs qui sont utilisés dans les différents attentats dans le monde.



Un étalage d’armes


Frappe de l'aviation  israélienne


Grâce aux moyens satellitaires et aux appareils électroniques sophistiqués, les occidentaux peuvent suivre à la trace ce trafic d’armes mais sans intervenir et sans chercher à détruire les convois qui circulent en toute impunité. Israël a bien détruit quelques convois qui acheminaient des armes du Soudan vers Gaza ou de Syrie vers le Hezbollah mais il ne peut faire seul ce nettoyage indispensable à la sécurité régionale sans être accusé d'être le gendarme du Proche-Orient. Ainsi, la région du Sahel regorge de 80.000 Kalachnikovs vendues à 200 euros pièce. Or selon les statistiques des achats effectués par le régime de Kadhafi, un million d’armes légères avait été acquis par la Libye.

            Les pays de la région n’ont pas les moyens pour s’opposer à la diffusion de ces stocks libyens qui viennent alimenter les terroristes de toute obédience en mettant en danger la stabilité de pays réputés calmes. Le rapport de l’Onu précise aussi que des stocks importants ont été enfouis dans les déserts pour servir plus tard de monnaie d’échange aux révolutionnaires islamiques. Ainsi dans la région d’Arlit, au nord du Niger, l’armée nigérienne a intercepté 645 kg de Semtex,  445 détonateurs, six véhicules Toyota, deux mitrailleuses de 14,5 mm, quatre mitrailleuses de 12,7 mm, deux mitrailleuses ML49, trois mitrailleuses M80, 36 fusils d’assaut, trois roquettes RPG-7 et des dizaines de milliers de munitions.
Interception d'armes par l'Algérie

            L’armée algérienne a mis de gros moyens pour interrompre la dissémination d’armements qui met en danger la stabilité du pays. Le 4 janvier 2012, elle a intercepté à la frontière avec le Niger un convoi composé de quatre véhicules tout terrain contenant 71 armes de guerre de type PM AK, 38 fusils mitrailleurs, deux lance-roquettes de type RPG-7, quatre mitrailleuses 14.5mm, cinq fusils à lunettes ainsi que 16 fusils mitrailleurs, huit PM AK et un RPG-7. Elle a mis à jour un arsenal en provenance de Libye et enterré dans le sable de la région désertique d’In Amenas dans le Sud-est de l’Algérie comprenant 15 missiles antiaériens portables SA-24 et 28 missiles sol-air SAM-7 de fabrication russe capable d’abattre des avions en plein vol. Dans le désert de Tataouine, au sud de la Tunisie, l’aviation tunisienne a détruit sept camions transportant des armes venant de Libye et destinées à l’Algérie.



La France visée


Attentat contre l'ambassade francaise en Libye


            Grâce à son stock d’armes accumulé depuis la chute de Kadhafi, Aqmi est devenu une force incontournable qui fait la pluie et le beau temps en Afrique et jusqu’au Moyen-Orient. Elle déstabilise les régimes, dicte sa loi, attire de nouveaux adeptes impressionnés par sa réussite et par l’étalage de sa force. Mais aucune volonté politique ni aucune coopération entre les services de sécurité des pays occidentaux n’ont été mises en place pour détruire des stocks d’armes qui polluent l’équilibre fragile au Maghreb et au Moyen-Orient.

            La France aurait dû s’attendre à une telle attaque contre son ambassade car elle avait reçu de nombreuses menaces du djihad, parfois au moyen de fatwas en ligne. Les djihadistes n’ont pas cessé d’invoquer l’intervention française au Mali pour la considérer, aux yeux du  salafiste tunisien Abdallah Hijazi, comme une attaque «contre les musulmans» : «L´explosion d´une voiture piégée devant l´ambassade de France en Libye est un message à la France. Retirez de vous-même votre main de la région, ou elle sera tranchée». 

            Sans expliciter le lien entre des évènements à priori distincts, le cheikh égyptien Murgan Salem avait estimé quant à lui que les attentats de Boston représentaient un avertissement à la France «qui dirige aujourd´hui la guerre contre les musulmans». Le 11 février et le 12 avril 2013, le prédicateur  salafiste Minbar Al-Tawhid Wal-Jihad publiait deux fatwas pour encourager des attentats contre les ambassades de France dans le monde et contre les lieux de cultes juifs et chrétiens. 
               La France paie ainsi son activisme et sa contribution armée à la chute du colonel Kadhafi. Cela pousse ainsi ses diplomates à réfléchir avant de s’engager plus en avant dans le conflit syrien.   

Mise au point :



Pour répondre au commentaire judicieux de Marianne Arnaud, une mise au point est nécessaire. 


Je me base sur les déclarations officielles du président Hollande. Sur France 2 il avait affirmé le 28 mars 2013 : «Il n'y aura pas de livraisons d'armes tant qu'il n'y aura pas de garanties qu'elles ne tombent pas dans de mauvaises mains et ces garanties ne sont pas réunies.»
Il est vrai qu’il avait dit le contraire deux semaines auparavant, le 15 mars au Sommet de Bruxelles où il avait clamé haut et fort : «il faut armer les rebelles syriens, pour mettre fin au massacre perpétré par le régime de Bachar el-Assad. La France est prête à le faire sans l'aval de l'Europe, qui maintient un embargo sur les armes à destination de la Syrie. Nous avons toutes les garanties nécessaires pour éviter les déperditions d'armes, autrement dit, ces armes ne tomberont pas dans les mains de djihadistes.»
Ce revirement est dû aux informations alarmistes des services de renseignements occidentaux et à la démission du chef politique de l’opposition syrienne, Ahmad Moaz El-Khatib. L’Élysée s’était expliqué en déclarant : «Il y a des tensions dans l'opposition, les choses bougent et pas forcément dans le bon sens».
 

3 commentaires:

Gérard AMSELLEM a dit…

peut on craindre la même chose avec la Syrie ?

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

Où avez-vous pris que le gouvernement français hésitait à armer l'Armée syrienne de libération ?
C'est même tout le contraire puisque cela fait des semaines et peut-être des mois que Laurent Fabius et son homologue britannique, William Hague, incitent l'UE à armer les rebelles, certifient que si l'Allemagne s'y oppose ils passeront outre.
Et l'Allemagne est prête à lever l'embargo sur les armes.
Jusqu'ici réticente elle reconnaît qu'il n'y a pas d'autre moyen de faire plier Bachar el-Assad.
Alors l'Occident paie la chute de Khadafi, sans doute, mais il ne le sait pas encore.

Très cordialement.

Marianne ARNAUD a dit…


Suite à votre "mise au point", le moins qu'on puisse dire c'est que comme à son habitude, et quel que soit le sujet, Hollande est flou.
"Et quand c'est flou c'est qu'il y a un loup !"
Vous parlez d'un revirement de Hollande le 15 mars.
Mais c'est le 23 avril qu'il était question de la levée de l'embargo de l'UE sur la livraison d'armes à la Syrie.
Et Guido Westerwelle, chef de la diplomatie allemande de confirmer : "Nous sommes loin d'être convaincus (...) mais si d'autres partenaires européens pensent différemment, nous ne pourrons, ni ne voudrons faire obstacle." (Le Figaro du 23/04/2013)
Mais peut-être que d'ici le 1er juin, date de l'échéance de l'interdit, assisterons-nous à d'autres revirements du Président Hollande ?