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dimanche 7 avril 2013

LE TORCHON BRÛLE AU SOMMET DU HAMAS



LE TORCHON BRÛLE AU SOMMET DU HAMAS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
 

Mechaal-Haniyeh à Gaza

Khaled Mechaal a été réélu à la tête du Hamas sous la pression de l’Égypte qui jugeait qu’il n’y avait pas de consensus sur un éventuel remplaçant charismatique en état d’obtenir l’agrément des pays parrains. Il était par ailleurs le seul dirigeant capable d’assainir les relations avec le président égyptien Morsi qui s’est engagé sur la voie du pragmatisme avec les occidentaux et Israël. Mechaal a été chargé d’atténuer le malentendu grandissant entre le Hamas et les Frères musulmans car la  grogne se développe à Gaza sur le reniement des engagements de la Confrérie.




Élimination de l’aile dure
Mahmoud Al-Zahar



Bien que les décisions du Conseil de la Choura réuni au Caire soient soumises au secret des délibérations, il semble bien qu’une scission soit intervenue au sommet du Hamas.  Cette rupture s’est exprimée par l’élimination du bureau politique de deux hauts responsables, Mahmoud al-Zahar et Ezzat al-Rishq, qui n’ont pas été réélus.

Une indiscrétion a révélé que ces membres du Hamas étaient  désormais «hors du cercle de prise de décision» au sein du leadership du Hamas. Les raisons avancées pointent les critiques publiques permanentes de ces deux membres contre les dirigeants du Hamas. Khaled Mechaal a certes mesuré les risques qu'il prend en écartant Mahmoud al-Zahar, l'homme fort du mouvement à Gaza. Ce dernier, qui a étudié la médecine au Caire, a été ministre des affaires étrangères du 29 mars 2006 au 17 mars 2007.  Il n’a jamais accepté la tutelle de Mahmoud Abbas avec qui il avait des relations exécrables qui l’ont conduit à être plusieurs fois emprisonné par l’Autorité palestinienne. Il était devenu le porte-parole du Hamas sans être certain qu’il le restera à présent.

Cette éviction n’est pas due à un rapport de force entre personnalités mais elle acte une différence notable d’idéologie entre deux clans de l’organisation. Dans sa stratégie d’unification du mouvement palestinien, avec à la clef la présidence de l’Autorité, Mechaal a choisi d’éliminer la branche dure et irréductible du Hamas  dont Al-Zahar est le maitre à penser. En effet ce dernier est farouchement opposé aux pourparlers de réconciliation avec le Fatah prônés par Mechaal. 
Il est par ailleurs partisan de la lutte armée contre Israël, ou tout le moins d’un soulèvement populaire. La perte au combat contre Israël de ses deux fils, Khaled et Hussam, le pousse à exiger une revanche militaire que Mechaal sait inopportune et certainement vouée à l’échec, avec toutes les conséquences économiques désastreuses pour la bande de Gaza. Al-Zahar n’a pas hésité à pousser vers la sortie un leader accusé d’un exil doré à Doha, au Qatar, sous l’accusation d’être loin des siens et d’avoir perdu toute combativité au contact d’une vie occidentalisée.

Déclarations intempestives

 
Izzat al-Rishq

Izzat al-Rishq, membre du bureau politique et proche d’Al-Zahar, avait été contre le cessez-le-feu après l’opération piliers de défense : «Il est faux de dire que certaines personnes estiment que l'accord de cessez-le-feu inclut l'approbation par l'Égypte d’empêcher la contrebande d'armes à Gaza en collaboration avec les unités spéciales américaines. Le Hamas ne cessera pas de s'armer et de s’élever contre les négociations indirectes égypto-israéliennes vers un nouvel accord frontalier sur Gaza.» 

Il avait aussi critiqué sévèrement les déclarations de Barack Obama qui, à l’occasion de son dernier voyage, avait déclaré selon lui que «les territoires palestiniens étaient la terre historique du peuple juif». Il avait interprété à sa façon les véritables mots d'Obama : «Je sais qu’en posant le pied sur cette terre, je marche avec vous sur la patrie historique du peuple juifIzzat al-Rishq a aussi insisté pour affirmer que «ces déclarations ne changeront jamais rien à la réalité et aux faits historiques. Les déclarations d'Obama signifient que les paris sur l'administration américaine pour obtenir nos droits sont vains, et ces droits nous reviendront par la force, la résistance et la fermeté de notre peuple». Mechaal et Morsi ne semblent plus vouloir entendre ce genre de discours stérile. 
Moussa Abou Marzouk

Moussa Abou Marzouk a cependant perdu sa place de second au profit d’Ismaël Haniyeh, premier ministre de Gaza alors que la concurrence était rude entre Haniyeh et Mechaal. Les congressistes ont peut-être voulu faire un geste pour limiter les pouvoirs de Mechaal en le marquant à la culotte et en lui adjoignant un de ses opposants. Marzouk, né à Yavné, s’était réfugié avec ses parents à Rafah puis avait suivi à l’université du Colorado des études supérieures aux États-Unis pour l'obtention d'une maîtrise en gestion dans la construction et d’un doctorat en génie industriel de l’université de Louisiane. Ces études l’ont immédiatement désigné pour développer des relations avec les donateurs musulmans américains. Depuis 1997,  il était vice-président du bureau politique du Hamas, poste qu’il semble avoir perdu au profit de Haniyeh. Cependant, on imagine mal une cohabitation apaisée entre le chef du Hamas et le premier ministre Haniyeh à moins que Marzouk soit désigné pour réchauffer et arbitrer les relations entre eux.

Virage politique

Moussa Abou Marzouk et Mechaal


Khaled Mechaal avait laissé percer une certaine lassitude à la tête du Hamas, face à la montée d’une opposition qui voulait profiter de son exil pour l’évincer. Il avait même affirmé qu’il ne se représenterait pas aux élections. Mais c’était sans compter sur l’entêtement du président égyptien Mohamed Morsi qui, sur la base de la politique appliquée par les Frères musulmans en Égypte, tenait à installer au sommet du Hamas des adeptes de son pragmatisme et à écarter les partisans des solutions belliqueuses, pour ne pas dire extrêmes. Le président égyptien veut que le Hamas abandonne ses activités terroristes pour devenir un parti politique crédible, reconnu par les instances internationales. 
Morsi reçoit les dirigeants du Hamas

Le Hamas avait déjà pris cette voie puisqu’il avait accepté de négocier avec Israël plusieurs cessez-le-feu, par ailleurs refusés systématiquement par les jusqu’au-boutistes. Il avait même dénoncé les attentats suicides et les attaques contre les civils. Khaled Mechaal, au contact des occidentaux et des émirs, a compris qu’il n’obtiendrait rien par la violence et la terreur qui aggraveraient la situation de la population de la bande de Gaza. 
La composition du nouveau bureau politique prouve qu’il a réussi à convaincre les membres du Conseil de la Choura de la pertinence de son nouveau positionnement consistant à négocier un virage politique conforme à la volonté des Frères musulmans. Il reste à déterminer si les leaders évincés du bureau politique ne vont pas se lancer dans la surenchère à la manière du Djihad islamique, autrefois allié du Hamas.

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