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mardi 9 avril 2013

INITIATIVES SECRÈTES DE MAHMOUD ABBAS



INITIATIVES SECRÈTES DE MAHMOUD ABBAS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Mahmoud Abbas et le roi Abdallah II de Jordanie

L’information, qui devait rester secrète quelque temps encore, a été éventée par des opposants palestiniens. Mahmoud Abbas vient de se rendre par avion en Jordanie pour signer un accord avec le roi Abdallah II. La validité de cet accord  reste douteuse car, juridiquement, le président de l’Autorité n’a pas été officiellement reconduit dans ses fonctions puisque l’élection présidentielle légale n’a pas eu lieu. Il assure uniquement les affaires courantes depuis trois ans et les grandes décisions engageant l’avenir des palestiniens lui sont en principe interdites. 




Accord secret


L’accord signé dans le secret des cabinets reconnait au roi de Jordanie la responsabilité de la garde des Lieux Saints, en particulier la mosquée d’Al-Aqsa, avec le droit de les protéger par tous les moyens qu’il jugera utiles. La séance des signatures s’est effectuée sans tapage ni publicité, en présence de quelques collaborateurs des deux dirigeants et sans consultation des deux parlements.  Cette information peut sembler sans importance car dans la pratique les israéliens avaient déjà donné la responsabilité des Lieux Saints musulmans au roi qui assurait cette fonction avant la Guerre de Six-Jours.


Les observateurs font un parallèle entre les deux visites secrètes de Benjamin Netanyahou et celle de Barack Obama en Jordanie. Un mois avant les élections, en décembre 2012, Netanyahou s’était rendu secrètement à Amman pour officiellement discuter des derniers développements en Syrie. Mais il aurait abordé avec Abdallah II les éléments et les conditions pour réactiver le processus de paix moribond. Des indiscrétions ont fait état d’une autre visite à Amman à la fin du mois de février. Il est aussi probable que cet accord découle de la dernière visite du président américain à Ramallah et en Jordanie. Compte tenu du temps qu’il faut pour préparer un tel accord, il est certain que des commissions politiques et juridiques ont travaillé depuis plusieurs semaines dans le plus grand secret.


Accord non validé


Certains opposants palestiniens pourraient dénier au président de l’Autorité le droit de signer des accords au nom du peuple palestinien, avec seulement l’assentiment d’une partie de celui-ci. Il est fort probable que le Hamas, le Djihad islamique, le FPLP et le FDLP n’ont pas été consultés car leur décision aurait été négative. Ils ne contestent pas le choix du gardien des Lieux Saints mais ils craignent que la signature d’un accord sans consultation du parlement palestinien crée un précédent. Ils redoutent que Mahmoud Abbas ne soit entrainé dans la signature d’autres accords avec Israël mettant en jeu cette fois des concessions non agréées par tous les palestiniens. 


Ils savent, pour l’avoir entendu, que le président Obama s'est donné comme objectif de son deuxième mandat la résolution, au moins partielle, du conflit israélo-palestinien. Il a d’ailleurs mandaté John Kerry pour extirper un accord entre Jérusalem et Ramallah. C'est pourquoi, les opposants palestiniens s’inquiètent de négociations de paix secrètes qui se feraient dans leur dos.


État croupion



Il ne fait aucun doute que Mahmoud Abbas a pris acte de la faiblesse de sa position et de la perte de sa crédibilité, à la fois auprès des palestiniens mais aussi auprès des occidentaux. En signant cet accord avec le roi, il veut partager avec lui les décisions cruciales concernant l’avenir de la Palestine et lui faire endosser une partie de cette responsabilité. Mais cet accord sous-entend la volonté plusieurs fois exprimée par les israéliens et les américains d’envisager la résolution du problème palestinien à travers la création d’une confédération entre la Jordanie et une partie évaluée à 50% de la Cisjordanie. Cela permettrait ainsi la création d’un État croupion qui n’aurait de viabilité qu’adossé au royaume de Jordanie.

Enfin en attribuant la garde des Lieux Saints musulmans au roi de Jordanie, on ébauche aussi un plan qui résout le problème de Jérusalem, pierre d’achoppement de toute négociation, entérinant ainsi la souveraineté d’Israël sur toute sa capitale, exceptés les Lieux Saints musulmans et peut-être quelques quartiers totalement arabes qui seraient cédés aux palestiniens via la Jordanie.  

À l’exception de Mahmoud Abbas et de quelques-uns de ses proches, il est certain que tous les clans palestiniens n'accepteront pas cette confédération avant la création symbolique d’un État palestinien avec Jérusalem pour capitale. Le président de l’autorité prend des risques qu’il semble vouloir à présent assumer devant l’impasse dans laquelle il se trouve. Le Conseil législatif palestinien et le Hamas ne le suivront pas, sauf à entériner la rupture politique et physique de la bande de Gaza qui deviendrait une entité autonome, sans lien avec la Jordanie. En cas de blocage total, il pourrait ainsi trouver l’alibi pour se retirer dans l’honneur laissant à un dirigeant plus charismatique le soin de prendre ses propres responsabilités.
Mechaal et Morsi


Le Hamas a certainement dû être informé de la préparation de la signature de l’accord  par ses agents grouillants en Cisjordanie. Son silence a plusieurs interprétations et peut surprendre à moins que le Hamas n’attende les instructions de son parrain, Mohamed Morsi, pour se prononcer officiellement sauf à signifier son acceptation par le silence. Sa position est délicate car il n’a aucune marge de manœuvre ; la seule et la plus parlante reste une intifada qui n’a aucune chance d’être lancée en Cisjordanie et qui n’a aucun intérêt à éclater à Gaza sous haute responsabilité du Hamas. À voir comment les révolutions arabes se sont soldées, peu de dirigeants arabes sont prêts à se lancer dans une aventure vouée à l’échec.

Mais la reconduction à la tête du Hamas de Khaled Mechaal, adoubé par les égyptiens et le Qatar, préfigure peut-être des révisions douloureuses, mais pragmatiques, au sein des dirigeants palestiniens convaincus que l’amélioration du sort des populations palestiniennes passe par la reconquête économique avec l’aide du Qatar, de l'Egypte et des occidentaux.

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