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lundi 4 mars 2013

MORSI FACE AU PRAGMATISME AMÉRICAIN




MORSI FACE AU PRAGMATISME AMÉRICAIN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Kerry en islamiste
                 
             Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a choisi le Caire pour sa première visite dans un pays du monde arabe avant de se rendre en Arabie saoudite et au Qatar. Il a été accueilli par des manifestants qui l’accusaient de soutenir les Frères musulmans. Il a débloqué une première tranche de 190 millions de dollars sur les 450 millions promis en exhortant toutes les factions à s’unir dans l’intérêt du pays. Il a par ailleurs créé un fonds de 60 millions pour des projets communs.

 Absence de consensus




            Avant de rencontrer le président Morsi il a tenu à s’entretenir avec le ministre de la défense Abdel Fatah Al-Sissi et avec Mohammed Kamel Amr, ministre des Affaires étrangères pour les convaincre de trouver un large consensus entre toutes les parties après des mois de crise politique : «Il doit y avoir une volonté de toutes les parties à faire des compromis significatifs sur les questions qui importent le plus pour le peuple égyptien. Nous pensons que dans ce moment de défi économique il est important pour le peuple égyptien de se rassembler autour des choix économiques et de trouver un terrain d'entente pour faire ces choix».

            John Kerry est arrivé dans un pays profondément divisé d’abord entre clans islamistes et surtout face à une opposition qui accuse Morsi de ne pas répondre aux besoins économiques du pays. Il a exhorté le gouvernement égyptien à négocier l’accord avec le FMI pour un prêt à long terme de 4,8 milliards de dollars qui devait être signé avant les élections du 22 avril et qui a été retardé en raison des manifestations de rues. Le ministre des Finances égyptien al-Mursi al-Sayed Hegazy a déclaré : «Nous nous attendons à ce que l'accord se fera avant les élections»

            La situation économique est catastrophique en Égypte car les réserves de change ont fondu de 36 milliards de dollars depuis la révolution pour n’atteindre que 13,6 milliards de dollars. Cependant les négociations avec le FMI ne seront pas de tout repos car  l’organisation internationale exige des contreparties sévères touchant à des produits de base consommés par la population égyptienne en particulier des réductions des subventions sur les produits alimentaires et sur les carburants.


Manifestations violentes


            L’ambassadeur Zvi Mazel avait prédit le blocage constitutionnel : «Faute de représentation parlementaire, l’opposition en est réduite à organiser des manifestations de rue. Elle peut quand même se féliciter d’un résultat spectaculaire : elle continue à manifester son unité sous la bannière du Front de Salut National qui maintient la pression pour faire annuler la constitution en faveur d’un texte nouveau, juste et équilibré.» Effectivement, des manifestations violentes sont organisées sous l’égide de l’opposition, à Mansoura en particulier, réprimées par la police en faisant des dizaines de blessés. À Port Saïd, un poste de police a été incendié. 
Manifestations à Port-Saïd

Il semble cependant que le bloc d’opposition FSN (Front de salut national), qui avait annoncé qu’il boycotterait les élections, veuille reconsidérer sa position sous la pression américaine. Mais des personnalités égyptiennes, à l’instar de Mohamed El-Baradei et Hamdeen Sabbahi, refusent de cautionner le régime de Morsi et ont décliné l’invitation de John Kerry à les rencontrer.

            En fait le secrétaire d’État a moins parlé avec Morsi de politique que d’économie l’Égypte est quasiment en faillite fustigeant les Frères musulmans qui se polarisent quant à eux sur les élections pour rafler la totalité des sièges en jouant sur l’opinion publique, réfractaire aux mesures douloureuses exigées par le FMI. John Kerry a pointé du doigt les carences économiques du pays qui entrainent que les industries égyptiennes ne travaillent pas à plein rendement parce qu’elles ne peuvent financer du combustible devenu. La consommation de gaz et d’électricité a été réduite ce qui entraine une réduction de l’approvisionnement en eau.



Politique attentiste



            Morsi a défendu sa thèse de temporiser jusqu’après les élections avant d’imposer l’austérité. Une grande majorité islamiste au Parlement lui permettra de mieux faire passer la pilule. Il s’agit d’une position très optimiste car il n’est pas certain que l’économie survivra trois mois encore, sans mesures draconiennes. Il veut ouvrir le dialogue avec toutes les forces politiques en les invitant à une session de dialogue avant les élections. L'ordre du jour de la réunion comprend : «Parler de toutes les propositions des forces politiques en présence,  ainsi que favoriser un climat de confiance associé au processus électoral.» Les participants émettraient alors des recommandations au Comité des élections pour la surveillance des élections. Mais l’opposition maintient son attitude en estimant que le climat n’est pas adapté à des élections législatives.

            John Kerry n’est pas sûr d’avoir convaincu les membres de l’opposition à trouver un consensus et le président Morsi à axer l’action du gouvernement sur l’urgence des mesures d’austérité. Pendant ce temps la situation s’envenime sur le terrain. Des milliers de manifestants ont affronté la police à Port-Saïd entrainant la mort de cinq membres des forces de sécurité et 586 blessés parmi les manifestants. Il se pourrait que, si la situation de troubles perdurait, alors l’armée prendrait ses responsabilités pour arbitrer. Selon Zvi Mazel : «En clair, le président reconnait que son régime a perdu son caractère légitime et doit recourir à l’armée pour rester en place et mettre en œuvre son programme. L’armée qui se voit chargée de protéger les bâtiments civils est dotée pour ce faire de pouvoirs exorbitants tels que le droit d’arrêter des civils et de les faire passer en justice.» L’Égypte est sur la voie d’une nouvelle révolution.


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