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jeudi 14 mars 2013

LA GUERRE D’EGOS EN ISRAËL



LA GUERRE D’EGOS EN ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
                
Lapid, Netanyahou et de dos Piron
         
      Par un hasard du Ciel ou par sa volonté, au moment même où une fumée blanche s’échappait de la cheminée du Vatican, une autre s’élevait au-dessus de la résidence du premier ministre pour annoncer, enfin, un accord sur la constitution d’un gouvernement israélien à deux jours de la date butoir imposée par la loi.



Trois personnalités en concurrence




Le pays a assisté à une guerre d’égos parce que trois personnalités, au profil identique, jouent leur propre partition dans l’intérêt de leur carrière plutôt que dans celle d’Israël alors que le pays se contente de gérer les affaires courantes depuis plus de trois mois, après avoir mis les finances entre les mains d’un haut fonctionnaire du Trésor. Il est vrai qu’Israël manquait paradoxalement de leaders charismatiques après le vide politique imposé par  Benjamin Netanyahou mais cette élection a permis l’émergence de nouvelles personnalités jeunes dont l’épaisseur politique prête à interrogation. 
Le journaliste Yaïr Lapid, entré en politique seulement depuis l’été 2012 et certainement surpris par son propre résultat, était convaincu qu’il était le maillon incontournable de la future coalition. Il a voulu faire payer cher au premier ministre la droitisation du Likoud. Sachant que le premier ministre avait un genou à terre, il avait continué à cogner pour obtenir le knock-out politique. C’était bien sûr de bonne guerre et l’un des effets pervers de la démocratie.

Netanyahou a tout lâché, entérinant ainsi sa défaite électorale. Il a accepté la réforme de la conscription militaire des ultra-orthodoxes. Il a pris date pour la relance du dialogue avec les palestiniens. Il s’est plié au veto de l’attribution du portefeuille de la défense à Avigdor Lieberman parce que Lapid l’avait traité «d’homme irresponsable qu’il ne souhaitait pas voir près du bouton rouge». Il a accepté une retouche du système électoral en imposant au moins cinq députés ou 4% des votes pour entrer à la Knesset, laminant ainsi tous les petits partis, les arabes en particulier, limitant ainsi le nombre de liste et imposant un regroupement politique. Il a renvoyé à leurs études talmudiques les ministres orthodoxes du Shass qui ne font pas partie de la coalition. Il s’est plié à la cassure du Likoud en deux courants avec l’abandon des grognards qui avaient fait roi Bibi. Il a enfin accepté la réduction du nombre de ministres à 20 ainsi que 8 secrétaires d’État. Bref il s’est plié aux diktats de ses concurrents.


Pieds et poings liés


Il a accepté d’intégrer à la coalition un Naftali Bennett, sioniste religieux, partisan du développement à outrance de la construction en Cisjordanie et même de l’annexion d’une partie d’entre elle. Il avait été pourtant à l’origine de la mise sur orbite de ce jeune, grandi politiquement à son image, qui a réussi à dépoussiérer en quelques mois le  parti religieux sioniste, vieilli et déconsidéré, en impulsant une nouvelle dynamique au sein de l’électorat des implantations.

Netanyahou a compris tardivement que les élections l’avaient piégé en l’enfermant, pieds et poings liés, face à ces deux jeunes poids lourds ambitieux. Alors qu’il souhaitait une coalition large pour contrebalancer les extrêmes, il a été rejeté par les travaillistes qui ont refusé son offre parce qu’ils tenaient à une cure d’opposition pour les nouveaux jeunes députés élus, en majorité sans expérience. Alors qu’il avait indiqué que sa boussole était pointée sur le problème du nucléaire iranien, il s’est retrouvé contraint de s’abaisser à un marchandage sur des problèmes de portefeuilles ministériels. Yaïr Lapid, arrivé deuxième, savait qu’il était en position de force et n’a rien voulu lâcher de ses exigences et n’a pas succombé au chantage du premier ministre. L’appel éventuel de Netanyahou aux orthodoxes pour remplacer les centristes n’était en effet pas crédible. Le chef des centristes s’estimait en mission de réformer les méthodes de l’État.
Shay Piron

Il sera difficile de voir comment l’attelage des trois nouveaux leaders va fonctionner. Il restera beaucoup de ressentiment chez le perdant qui ne facilitera pas les relations alors que le centriste Yaïr Lapid a fait front commun avec le sioniste religieux Naftali Bennett. Un compromis a certes été trouvé mais à la défaveur du Likoud qui a cherché à s’accrocher jusqu’au bout à un dernier point symbolique : l’attribution du ministère de l’Éducation qu’il voulait pour Guideon Saar, ami  et collaborateur direct de Benjamin Netanyahou. Mais là encore, Lapid a été intraitable en exigeant le poste pour son second de liste, le rabbin Shay Piron, se contentant de rabaisser ses exigences en abandonnant ses prétentions sur le ministère de l’intérieur.



Vainqueurs des tractations


Lapid et Livni


Le parti de Naftali Bennett a raflé la présidence de la prestigieuse commission des finances en échange du maintien de Tsipi Livni au ministère de la justice en responsabilité du dialogue avec les palestiniens et l’attribution à son parti Hatnoua, «changement», du ministère de l’environnement.

Yaïr Lapid sort gagnant de ces longues tractations qui donneront lieu à des accords signés le 14 mars, permettant au gouvernement de prêter serment le 18 mars juste avant l’arrivée de Barack Obama à Jérusalem le 20 mars. Avec Naftali Bennett, il a raflé les ministères les plus importants.

Selon des indiscrétions Yaïr Lapid a obtenu, outre le ministère des finances pour lui, le ministère de l’Éducation pour Shay Piron, le ministère de la santé pour Yaël German, le ministère des affaires sociales pour Meir Cohen, le ministère des sciences pour Yaacov Perry, la présidence de la commission de l’Éducation, des immigrants et de la condition féminine.

Naftali Bennett, outre la fonction de vice-premier ministre, sera ministre de l’économie et du commerce. Il obtiendra pour son parti le ministère des affaires religieuses attribué à Eli Ben Dahan, le ministère des retraités pour Uri Orbach ainsi que la présidence de la commission des finances pour Ayelet Shaked.

Israël Beïtenou gardera le portefeuille des affaires étrangères réservé à Avigdor Lieberman s’il sort indemne du procès en cours. Il obtiendra le ministère de l’agriculture attribué à Yaïr Shamir, fils de l’ancien premier ministre, le portefeuille de la sécurité publique à  Yitzhak Aharonovich et le tourisme à Uzi Landau.



Grogne au Likoud


Moshe Yaalon


Le Likoud n’est pas très content d’avoir été la dernière roue du carrosse : «Bibi a vendu le Likoud pour rester premier ministre alors que Lieberman a réussi à maintenir des positions significatives pour les hauts représentants de son parti».  En dehors de Moshé Yaalon, ancien chef d’État-Major qui a obtenu le ministère de la défense et Israël Katz celui des transports, les militants se sentent bernés. Ils en sont à ramasser les miettes et à se répartir les quelques autres ministères restants. Il est certain que des grands noms du Likoud feront les frais de l’accord de coalition.  L’ancien ministre des finances Youval Steinitz pendrait le ministère des affaires stratégiques et Limor Livnat garderait la culture et les sports.

            Mais Netanyahou n’est pas au bout de ses difficultés car il est attendu au tournant au sein de son propre parti.  Il a en effet perdu pied au Likoud et a été contraint d’abandonner tous les grognards du parti qui l’ont fait roi. Les primaires ouvertes avaient été biaisées car d’autres que les militants du Likoud ont joué contre les dirigeants historiques. La comparaison entre le nombre d’adhérents présents dans les implantations et le vote effectif aux élections prouve que moins d’électeurs ont réellement voté pour le Likoud confirmant la thèse d’une infiltration du Likoud par les «colons» pour prendre l’ascendant idéologique au sein du parti. 
Reouven Rivlin dans les territoires

        Les perles du parti avaient été éliminées des listes, démocratie oblige,  par tous les snippers extérieurs envoyés justement par ceux qui avaient pour mission de déboulonner les candidats les plus charismatiques, donc les plus dangereux pour eux. La frange libérale du parti a été décapitée avec l’élimination de Dan Meridor, Avi Dichter, Michaël Eytan et Benny Begin, remplacés par les fortes têtes de la droite nationale. Réouven Rivlin, président de la Knesset a été sacrifié sur l’autel des accords et sera remplacé par Yuli Edelstein, ancien ministre de l'information et de la diaspora pour calmer les appréhensions de la frange russophone du parti.
Moshé Feiglin

Au lendemain de la constitution du gouvernement, la guérilla va commencer au sein du Likoud. L’arrivée d’une nouvelle génération de leaders s’est accompagnée d’une droitisation du parti à travers un discours plus nationaliste et plus religieux. Moshe Feiglin, représentant l’aile dure du parti, a déjà annoncé officiellement qu’il était sur les rangs pour diriger le parti à la place de Netanyahou. Ce représentant illuminé des extrémistes religieux se donne pour mission de reconstruire le Temple de Salomon en lieu et place de la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem. L’infiltration du Likoud par des extrémistes donnera du fil à retordre à un premier ministre affaibli, en fin de carrière, dont la durée du gouvernement est sujette à caution.
Arieh Dhery

Par ailleurs, l'un des chefs du Shass, Arieh Dhéri, a annoncé la couleur à la télévision. Il consacrera tout son temps à tenter, avec les travaillistes et les partis arabes, à faire tomber la coalition. Il n'a pas apprécié d'être mis à l'écart du gouvernement et il a déclaré la guerre ouverte à Netanyahou. Les lendemains du gouvernement seront rudes.


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