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lundi 4 mars 2013

ISRAËL EN PANNE DE GOUVERNEMENT



ISRAËL EN PANNE DE GOUVERNEMENT

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
                 
Lapid et Bennett à la Knesset

          La remarque pourrait être justifiée : tout cela pour une impasse électorale ! Benjamin Netanyahou aurait pu concéder les quelques millions de shekels que lui réclamaient certains partis pour voter le budget 2013 et faire l’économie d’élections anticipées qui aboutiront en fait au même résultat. Il aurait pu attendre l’échéance normale de novembre 2013 et  économiser ainsi le coût du scrutin qui s’est élevé, selon la commission électorale, à 250 millions de shekels soit 50 millions d’euros. 



Budget d’austérité


L’origine du conflit était financière. Le ministre des Finances, Yuval Steinitz, avait alors annoncé que la coalition gouvernementale allait appliquer «une discipline budgétaire d'austérité pour 2013,  qui va se traduire par une augmentation des impôts et des réductions drastiques des dépenses de l’État.»  Le Trésor israélien avait prévu une baisse importante du PNB pour 2012 et 2013, «principalement à cause de la baisse des exportations vers les pays de la zone euro.» La croissance économique israélienne s'élevait à 4,8% en 2011 et ne devrait pas dépasser les 3,2% en 2012. 

Stanley Fischer, Netanyahou et Youval Steinitz


L’État avait donc décidé de réduire ses dépenses tandis que les coupes budgétaires, mêmes militaires, devaient s’élever à 6,6 milliards de shekels soit 1,33 milliard d’euros. Le projet de budget préparé par le ministre des Finances Youval Steinitz, prévoyait de sévères mesures d’austérité qui n’avaient pratiquement aucune chance d’être adoptées par les différents partis de la coalition à l’approche d’une échéance électorale. Les élections n’auront rien changé sinon à reporter les décisions douloureuses car elles sont indispensables à la stabilité financière.

Le premier ministre était certain de son coup en fusionnant son parti, Le Likoud, avec la droite nationale Israël Beitenou car les sondages au zénith lui assuraient 50 sièges, de quoi imposer sa loi aux petits partis. Mais on sait que les sondeurs se trompent souvent et qu’ils ont tendance à satisfaire les désidérata de ceux qui commandent les sondages. L’exemple des dernières élections a été flagrant. Les sondeurs n’ont pas détecté la poussée du parti centriste de Yaïr Lapid ni celle du sioniste religieux Naftali Bennett.
 La déconvenue du premier ministre a donc été grande et tel un lion blessé et contesté, il doit faire face à deux nouveaux jeunes loups qui exigent une plus grande part des responsabilités. Naftali Bennett était persuadé qu’on lui avait volé sa victoire qu’il tenait au bout de ses mains tandis que la réussite  de Yaïr Lapid lui a fait pousser des ailes au point de songer à devenir calife à la place du calife. On lui prête l’intention de vouloir postuler au poste de premier ministre.


Ambitions démesurées
Netanyahou a obtenu un délai supplémentaire de 2 semaines


Ce qui devait être une formalité pour le premier ministre sortant s’est avéré complexe et un mois de délai légal n’a pas suffi à faire taire les ambitions démesurées des uns et des autres qui mettent leur intérêt personnel avant l’intérêt de l’État alors qu’ils n’ont aucune expérience de la marche d’une ville ou, à fortiori d’un État. Netanyahou n’a plus que deux semaines pour constituer une coalition introuvable mais le vrai décideur semble être Yaïr Lapid qui a bien manœuvré en faisant alliance, contre nature, avec Bennett pour faire jeu égal avec 31 sièges. Des indiscrétions font état de la volonté de Lapid de refuser d’entrer dans la coalition pour faire capoter la constitution du gouvernement afin d’être chargé par le président Pérès de former un autre gouvernement à sa guise, minoritaire éventuellement, ou de convoquer de nouvelles élections où il est sûr d’arriver en tête, s’il pouvait se fier aux sondages. Pourtant Benjamin Netanyahou lui avait proposé le ministère des Affaires étrangères ou celui des Finances.
Dirigeants du Shass


Mais chaque parti pose ses exigences et profite des résultats en demi-teinte du Likoud et de la mise à l’écart du nationaliste Avigdor Lieberman en délicatesse avec la justice pour avancer ses pions. Yair Lapid a estimé que «ce ne serait pas une catastrophe si les orthodoxes restaient dans l'opposition durant le prochain mandat. La majorité des israéliens est en faveur d'un nouvel ordre du jour social auquel les partis ultra-orthodoxes s'opposent fermement.» Les insultes et les noms d’oiseaux qui ont fusé contre Bennett de la part des dirigeants du Shass ont rendu intransigeant le leader de Habayit Hayehoudi qui ne veut pas siéger aux côtés des orthodoxes, devenus ses ennemis intimes. Selon le ministre de l'Intérieur Eli Yishai, «Bennett peut gagner la bataille, mais il va perdre la guerre. Habayit Hayehoudi a vendu son âme, ses croyances et l'avenir des colonies de peuplement pour le bien de la haine envers les orthodoxes.»

Le Likoud a pratiquement intégré l’idée que le Shass ne sera pas partie prenante dans la coalition puisque c’est la volonté du couple Bennett-Lapid. Mais le temps presse car les américains envisagent d’annuler la visite de Barack Obama en Israël le 20 mars 2013, si aucun gouvernement n’était en place à cette date. Cela ferait désordre en cette période de décisions sécuritaires cruciales. Il en va de la responsabilité politique des dirigeants israéliens.


Nouvelles difficultés
Shelly Yacimovitch



Mais de nouvelles difficultés s’amoncellent car les partis innovent dans leurs exigences. Naftali Bennett refuse à présent la nomination déjà acquise de la centriste Tsipi Livni comme responsable des négociations avec les palestiniens. Lassé de ces exigences, Netanyahou a fait appel à la secrétaire du parti travailliste, Shelly Yachimovich, pour lui proposer le ministère des finances dans un gouvernement sans Lapid et sans Bennett mais avec les orthodoxes et Tsipi Livni, impliquant une majorité de 70 sièges sur 120. Mais les travaillistes font la fine bouche et semblent vouloir faire une cure d’opposition pour permettre aux nouveaux jeunes inexpérimentés, élus à la Knesset, de se faire quelques dents avant d’affronter les ténors. 
Le chef d'Etat-Major Benny Gantz à la frontière syrienne

Israël souffre de la malédiction de son système électoral qui ne permet à aucune majorité stable de gouverner. Le pays ne peut pas se permettre de voguer d’élections en élections, pour un résultat douteux. La modification du système est l’arlésienne dont on aborde le principe à la veille des élections et qui est remisée dans les tiroirs de chaque nouvelle Knesset. Le pays n’a pas de gouvernement tandis que les finances sont gérées par un haut fonctionnaire non politique du Trésor. Des rendez-vous internationaux importants sont attendus dans la région et l’armée, certes sur le qui-vive, attend les ordres du pouvoir politique pour agir. Sans gouvernement, Israël risque d'entrer dans une zone de turbulences néfastes pour la sécurité du pays.

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