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vendredi 15 février 2013

SITUATION DE CHAOS EN ÉGYPTE



SITUATION DE CHAOS EN ÉGYPTE 

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps 
http://www.tribunejuive.info/politique/le-regard-de-jacques-benillouche
                 
Manifestation du 27 janvier 2013
            Israël estime que les lignes rouges ont été dépassées en Égypte face au chaos qui s’y développe. Au risque d’effondrement du régime de Damas vient se greffer une situation explosive en Égypte qui ne met pas à l’abri le royaume de Jordanie. Le ministre de la Défense égyptien et président du Conseil suprême des forces armées, le général Abdul Fatah Khalil El-Sissi a d’ailleurs lancé une mise en garde : «Le conflit politique pousse l'État au bord de l'effondrement».

 Situation incontrôlable


Général Abdul Fatah Khalil El-Sissi


            Le général a réagi aux troubles qui se multiplient dans tout le pays donnant l’impression que le président Morsi ne contrôle plus la situation et qu’il se bat uniquement  pour s’accrocher à un pouvoir branlant. Selon Zvi Mazel, ancien ambassadeur d’Israël en Égypte et expert géopolitique de la région : «Il n’y a désormais plus d’opposition parlementaire en Égypte. La constitution très controversée, récemment adoptée par referendum, donne au président les pleins pouvoirs dans le domaine exécutif ; c’est lui qui nomme le premier ministre, les juges de la Cour Suprême et les dirigeants de toutes les institutions d’État.» Or les égyptiens ont retrouvé la liberté de parole à l’occasion de la révolution de 2011 et ils ne souhaitent pas de régression dans ce domaine. Ils constatent que les causes de la révolution n’ont pas été résolues : la misère économique, l’incohérence des islamistes au pouvoir et la rogne des libertés fondamentales.   
Incendie du siège des Frères musulmans
 

            L’Égypte revit donc les mêmes troubles qui ont secoué le pays avec les manifestations violentes et l’attaque des  bâtiments officiels. Des milliers de personnes ont ainsi manifesté au Caire et dans plusieurs villes d'Égypte contre Mohamed Morsi, accusé de brader les idéaux de la révolution. Deux ans après, les révolutionnaires veulent relancer le combat des rues. A Alexandrie et à Suez, la police a chargé, avec des gaz lacrymogènes, les manifestants qui s’attaquaient aux bâtiments gouvernementaux faisant quatre morts. A Ismaïlia, le siège du parti des Frères musulmans, Liberté et Justice, a été incendié parce qu’ils étaient accusés de générer la haine. Les accrochages ont fait 56 morts et des centaines de blessés en une semaine dans un pays divisé entre partisans et adversaires du président.
Dans une rue de Port-Saïd

            Mohamed Morsi avait rassuré la population pendant sa campagne électorale : «Si je suis élu, en cent jours je réglerai cinq problèmes qui empoisonnent la vie quotidienne des égyptiens : la sécurité personnelle, la circulation sauvage dans les villes paralysées par les embouteillages, la pénurie de pain subventionné, la pénurie de gaz et de pétrole et enfin le nettoyage des monceaux d’immondices qui  ont envahi le pays.» Il n’a pas réussi à tenir ses promesses entrainant ainsi la colère d’un peuple qui souffre des difficultés d’approvisionnement en denrées de première nécessité et en eau dans les périphéries des villes.

                       

Menace militaire


            L’évolution de la situation en Égypte relève de la malédiction des pharaons qui gangrène ce pays. En voulant accaparer le pouvoir législatif et exécutif, Mohamed Morsi se discrédite et n’a plus aucune chance de reprendre le leadership du monde arabe abandonné par Hosni Moubarak. Il donne l’impression de devoir se battre à la fois contre les manifestants et contre les membres de ses services de sécurité qui rechignent à attaquer de front les émeutiers. Certains pensent que par cette passivité relative, l’armée laisse pourrir une situation portée à son paroxysme afin de justifier éventuellement son retour aux affaires du pays.

            Le général El-Sissi est sorti de sa réserve pour prévenir, à la fois les Frères musulmans au pouvoir et les membres de l’opposition, que l’armée pourrait être contrainte de prendre le pouvoir si le chaos persistait. Il ne tient pas à laisser se développer une guerre civile identique à celle qui ravage la Syrie, au risque de ruiner le pays et les intérêts personnels de l’armée, propriétaire de plus de 30% du tissu économique et industriel égyptien. 
Frontière avec l'Egypte

            La situation est aussi suivie de près par les autorités israéliennes qui font déjà face à une situation explosive au nord. Les israéliens se sentent cernés par des conflits désespérés qui pourraient déborder sur leurs frontières. Tsahal vient d’ailleurs de  créer une brigade militaire, positionnée tout au long de la frontière avec l’Égypte. Le calme qui règne depuis le  traité de paix de 1979 ne justifiait pas, jusqu’alors, une telle mesure militaire.  



Manifestations de rues



            Les égyptiens affichent leur désillusion par des manifestations de rues car, deux ans après la révolution, ils n’ont pas toujours pas vu la situation économique s’améliorer. Ils critiquent Morsi pour avoir éludé les questions économiques vitales et pour avoir détourné l’attention de la population sur des querelles juridiques et constitutionnelles divisant le pays. Ils lui reprochent de vouloir voler la révolution par des mesures restrictives portant atteinte à la liberté, celle de la presse en particulier. Les égyptiens n’ont pas apprécié par ailleurs que le président Morsi ait axé sa politique sur l’extension du clivage entre religieux et laïcs, divisant plus que du temps du président Moubarak. 

            Selon Zvi Mazel : «Pour Wafd, le journal du parti du même nom, au cours de ces cent premiers jours, Morsi s’est totalement désintéressé des problèmes essentiels : éducation, pauvreté, santé. La misère est telle, selon ce journal, que certains en sont réduits à vendre leur  rein, et parfois leurs enfants ; on ne compte plus les suicides».

            Les Frères musulmans ont compris le message des manifestants et ont dicté, en catastrophe, quelques mesures urgentes et démagogiques. Une distribution de viande, au prix de 35 livres le kilo au lieu de 50,  a été organisée dans le quartier populaire d’Aïn Chams au Caire. Pour gagner les prochaines élections, les Frères doivent faire un effort dans l’approvisionnement des produits alimentaires de base car les égyptiens s’inquiètent de leur nourriture plutôt que des querelles sur la nouvelle constitution. Les soulèvements dans plusieurs villes ont été violents et ont fait des blessés et des morts. Les jeunes réclamaient «une nouvelle révolution et une vraie démocratie» en scandant à l’intention de Morsi : «Dégage, dégage !» et affichaient sur des banderoles leur message clair : «Le peuple veut faire tomber le régime».  Certains ont eu le courage de s’attaquer au palais présidentiel tandis qu’à Suez cinq morts ont été dénombrés.



Opposition active



            Mais les Frères musulmans sentent que leur électorat leur échappe bien qu’ils constituent la seule force politique structurée. Leur arrivée au pouvoir avec le lot de promesses non tenues, et parfois de mensonges, les a désacralisés en mettant en évidence leur incompétence à résorber le chômage et à relancer une économie au bord du gouffre. Par ailleurs, ils ont fait preuve de maladresse politique en suscitant la condamnation à mort de 21 émeutiers sauf à y voir une provocation des juges qui refusent que leur pouvoir judiciaire soit rogné par des dirigeants islamistes coupés des réalités politiques.  
Front de Salut National

            L’opposition constituée de libéraux, de nationalistes, de nassériens, de socialistes, de marxistes, de salafistes, de démocrates et de coptes, surfe sur la maladresse de Morsi et commence à s’organiser. Elle tente de s’opposer au coup de force de Morsi qui s’est doté de pouvoirs exceptionnels devant faciliter l’approbation d’une nouvelle Constitution, taillée aux mesures des Frères musulmans, prônant l’islamisation du pays et confisquant une grande partie des libertés acquises après la révolution. Sous la  bannière du Front de Salut National, l’opposition a appelé au départ de Mohamed Morsi et «se range totalement aux côtés des appels du peuple égyptien et de ses forces vives à une chute du régime de la tyrannie et à la fin de l'hégémonie des Frères musulmans». Cette déclaration a été faite le 2 février après une nouvelle nuit de violence devant le palais présidentiel. Le FSN souhaite la formation d’un gouvernement de salut national qui réviserait la Constitution adoptée en décembre. Des manifestants ont par ailleurs jeté des pierres et des bouteilles, le samedi 2février, contre le convoi du premier ministre Hicham Qandil sur la place Tahrir alors qu’il avait cherché à faire face à des jeunes.

            Mais le président égyptien ne semble pas vouloir composer avec l’opposition. Selon Zvi Mazel : «Sur le papier, les élections devaient se tenir deux mois après l’approbation de la Constitution, soit courant février. Elles ont pourtant été repoussées sans explication et devraient maintenant avoir lieu en avril, sans qu’une date précise ait été spécifiée.  Morsi veut d’abord s’assurer qu’il a la situation bien en main et qu’il peut s’attendre à une victoire facile de  son parti Justice et liberté».
Morsi et Clinton

            La crise économique a contraint Morsi à se tourner vers les États-Unis où il est attendu pour  sa première visite en tant que chef de l'État islamiste d’Égypte. Ce voyage représente son ultime bouée de secours pour sauver son régime au moyen de solutions économiques efficaces. Il doit non seulement obtenir le maintien de l’aide militaire annuelle de 1,3 milliard de dollars  mais aussi, une extension d’une aide économique. Il attend des américains un coup de pouce pour la négociation d’un prêt de 4,8 milliards de dollars auprès du FMI et pour l’allègement de sa dette. Pour gagner les faveurs des américains, il a ainsi fait l’effort de confirmer  le maintien du traité de paix avec Israël. Mais il n’est pas certain que l’opposition et les manifestants lui permettront d’aller au bout de son projet si le chaos persistait sous cette forme violente.


1 commentaire:

Jean Smia a dit…

Quel interet ou bénéfice les Américains pouraient-ils trouver en aidant financiérement les fréres musulmans à se maintenir au pouvoir?