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jeudi 21 février 2013

LE VOYAGE DE BARACK OBAMA EN ISRAËL



LE REGARD DE JACQUES BENILLOUCHE


copyright © Temps et Contretemps 
             

           Barack Obama s’était rendu en Israël en 2008 alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle. Benjamin Netanyahou avait pris ombrage du fait que son premier voyage au Proche-Orient, en tant que président, fut pour la tribune du Caire où il avait délivré son message aux musulmans sans qu’il ait daigné faire un crochet par Jérusalem. Cet épisode, qui a touché la susceptibilité israélienne, a été à l'origine des frictions politiques entre Israël et les États-Unis. 


 
Obama au Caire en 2009


But du voyage


            Il est donc légitime de se demander pourquoi le président américain a décidé de se rendre en Israël, dans les territoires palestiniens et en Jordanie au début de son deuxième mandat alors qu’il n’est soumis à aucune pression pour une éventuelle réélection. Certes il est à l’apogée de sa popularité après son élection royale qui a consolidé sa crédibilité internationale. Bien sûr il fera tout pour ignorer le soutien officiel affiché par le gouvernement israélien pour le républicain Mitt Romney qui avait accusé Barack Obama de «jeter Israël sous un bus». Pour Benjamin Netanyahou «il s'agira d'une visite très importante, qui montrera la solidité de l'alliance entre les États-Unis et Israël». Langage diplomatique ou réalisme politique ?

En fait les sujets de tensions liés au développement de l'islamisme intégriste ne manquent pas dans le monde et leur répercussion sur Israël suscite des inquiétudes. Le problème du nucléaire iranien reste le point d’achoppement entre les deux dirigeants tandis que le conflit syrien qui se rapproche des frontières israéliennes occupe les esprits dans une moindre mesure. A ces questions vient se greffer la situation de chaos qui perdure en Égypte et qui risque d’éclabousser la frontière sud d’Israël.  
Mais Yaïr Lapid, Shaoul Mofaz et Tsipi Livni ont remis sur le tapis le problème du processus de paix moribond. Comme il est fort probable que l'un d’entre eux au moins participera au nouveau gouvernement, Barack Obama  a saisi le message au vol et compte consacrer l'énergie de son deuxième mandat à résoudre l’impasse palestinienne. C'est un vaste programme qui n'a pas vu les prémices d'une solution viable.
Les signataires d'Oslo

Mais la visite dans les territoires constituera un champ de mines pour Obama car chaque geste sera interprété et chaque parole soumise à un décryptage par les deux parties. L’Autorité palestinienne fera tout pour acter la reconnaissance d’une Palestine indépendante non seulement dans les symboles du drapeau, de la garde d’honneur et de l’hymne national mais aussi dans la sémantique utilisée dans les discours où la notion «d’État de Palestine» se substituera certainement à celle de l’Autorité palestinienne issue de la terminologie d’Oslo.  Barack Obama sera jugé sur son vocabulaire qui, selon le cas, pourrait irriter les israéliens ou déstabiliser les palestiniens.



Dossier iranien


      Certains observateurs israéliens pensent que le dossier iranien sera traité en priorité. Sachant que les israéliens avaient fixé le printemps 2013 comme date butoir, le président américain a l’intention d’exiger de Netanyahou un engagement de ne pas attaquer l’Iran. Mais Barack Obama risque d’être confronté à deux intransigeances : celle du refus israélien de donner un sens concret au dogme de «deux États pour deux peuples» et celle des palestiniens qui ne veulent faire aucun pas en direction des négociations sans avoir la certitude d’une reconnaissance de leur État par l’Onu.
Abbas et Netanyahou à l'ONU


            Les cartes ont été redistribuées avec le changement politique découlant des résultats des élections israéliennes. La Maison-Blanche veut exploiter à chaud la déconvenue électorale relative de Benjamin Netanyahou qui se trouve cerné à sa droite et à sa gauche par deux prétendants aux dents longues, même si le poids des partis juifs orthodoxes a été minimisé. Yaïr Lapid a martelé durant la campagne électorale qu’il voulait réactiver les négociations avec les palestiniens et il en faisait un casus belli si son souhait n’était pas pris en considération. Par ailleurs Obama, fin politique comme Netanyahou, sait que l’intérêt américain passe par une réconciliation entre les deux responsables, chacun cherchant à marquer l’Histoire de ses empreintes.
John Kerry et Netanyahou

Le nouveau secrétaire d’État John Kerry a manifesté un certain optimisme sur la façon de traiter le conflit palestinien. Il a dévoilé les priorités de la diplomatie américaine qui inspirera le deuxième mandat démocrate. Devant le Sénat il a donné quelques pistes sur son programme politique : «la politique étrangère américaine ne se définit pas seulement par les drones et les déploiements de soldats sur les théâtres extérieurs». Il n’a pas l’intention de développer l'interventionnisme américain tout azimut et il ne veut pas utiliser l’armée américaine comme fer de lance de sa diplomatie. Il rejoint ainsi la stratégie, à double détente, de Barack Obama, mêlant les sanctions économiques et les négociations diplomatiques. Il a été clair dans son approche : «Le président l'a dit de manière définitive: nous ferons tout ce que nous devons faire pour empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire. Je le répète ici aujourd'hui: notre politique n'est pas d'endiguer mais de prévenir et l'heure tourne».





Favoriser l’axe Hamas-Égypte



Terminal de Rafiah


  Obama semble vouloir arriver dans la région au moment où se dessine un dialogue positif entre les belligérants. Il est à présent établi que les États-Unis sont, depuis «plusieurs semaines», à l’initiative des négociations indirectes entre Israël et le Hamas, visant à alléger le blocus de Gaza, en application de l'accord de trêve conclu en novembre. Les discussions, dans lesquelles des officiers israéliens sont engagés, se font par l'intermédiaire de médiateurs égyptiens sous l’égide américaine. Les négociations portent sur l'ouverture du terminal de Rafah, entre l'Égypte et la bande de Gaza, à du matériel de construction en provenance du Qatar, ainsi que sur une permission de faire entrer des produits agricoles de Gaza en Israël. Ce serait d'ailleurs une bonne façon de faire baisser les prix alimentaires israéliens qui s'envolent sur les marchés. Un haut responsable du Hamas, Khalil al-Hayya, a confirmé que le mouvement était en pourparlers indirects avec Israël pour la mise en œuvre de l’accord de cessez-le feu, mais a insisté pour préciser qu'ils ne constituaient pas des négociations politiques. Le Hamas reste toujours sensible à la sémantique.
Khalil Al-Hayya

         
  L’annonce du voyage de Barack Obama a surpris les Républicains, concurrencés sur leurs propres terres pro-israéliennes. Ils ont ainsi perdu les arguments politiques pour contrer Barack Obama, accusé de brader l’alliance américano-israélienne et de montrer une certaine faiblesse  vis-à-vis de l’Iran. Par cette visite Obama veut prouver que le Moyen-Orient reste toujours une région prioritaire dans la stratégie américaine. Mais il n’est pas sûr qu'il obtienne un succès à l’occasion de son déplacement car les positions mutuelles sont encore éloignées. Il réussira cependant à apaiser les rapports avec Netanyahou et à relancer le dialogue qui s'est étiolé durant ces quatre dernières années. De son côté, Israël ne peut se permettre de négliger le soutien des États-Unis au moment où tous les pays arabes font face à des troubles d'origine islamiste qui menacent la paix dans la région.


Difficultés


            Obama a dû mesurer les difficultés auxquelles il sera confronté lors de ce voyage car la période est mal choisie. Les nouvelles équipes de politique étrangère, israéliennes et américaines, ne seront pas prêtes à temps pour préparer les dossiers, pour évaluer la situation et pour définir la bonne stratégie politique au Proche-Orient. Le terrain n’a pas encore été déminé par le secrétaire d’État John Kerry dont le rôle est d'évaluer l’opportunité et le calendrier d’une telle rencontre. Par ailleurs une visite diplomatique est censée être couronnée par la signature d’un accord ou par la concrétisation d’une décision. Or rien ne laisse présager une telle issue car les cartons diplomatiques sont actuellement vides.
Mahmoud Abbas à l'ONU

            Les palestiniens, qui viennent à peine de braver le veto américain à l’Onu sans avoir subi de représailles, pourraient interpréter cette visite comme une caution pour leur prochaine étape. Rien n’indique qu’ils ont évolué dans leur position politique alors que, durant quatre ans, ils n’ont rien voulu entendre pour moduler leurs exigences, quitte à ferrailler avec les américains. Enfin, le voyage a été décidé alors que l’on ne connait pas encore le contour politique de la nouvelle coalition israélienne. Toutes ces questions en suspens jettent un voile de scepticisme sur l'issue de la visite de Barack Obama à Jérusalem.
Barack Obama ne s’engage pas vers une démarche de tout repos et il mise gros avec ce voyage. Les extrémistes des deux bords n’auront de cesse que d’attendre qu’il trébuche pour réduire à néant ses velléités de s’impliquer dans un processus de paix moribond pour lequel toutes les parties ne rêvent que de statu quo.  Les oracles américains ont peut-être dispensé leurs bons augures au président américain mais la région ne pourra se suffire d'incantations.    

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

Au moment où, comme vous l'écrivez, "les sujets de tensions liés au développement de l'islamisme intégriste ne manquent pas dans le monde et leur répercussion sur Israël suscite des inquiétudes", il me semble que ce n'est pas le moment de faire la fine bouche concernant ce voyage de Obama.
Il eût sans doute été préférable d'utiliser un tout autre ton : celui de l'optimisme et de la confiance, qu'on peut, il est vrai, dénicher entre les lignes de votre article, qui pourtant de mon point de vue, fait la part trop belle au scepticisme voire au pessimisme.

Très cordialement.