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lundi 11 février 2013

BENOÎT XVI EN ISRAËL DANS L'OMBRE DE JEAN PAUL II



BENOÎT XVI EN ISRAËL DANS L'OMBRE DE JEAN PAUL II

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps  

Cet article avait été publié le 13 mai 2009 sur Slate.fr


Le voyage de Benoît XVI a déçu. La visite du Pape n'a pas enthousiasmé les foules israéliennes. Georges Bush, le dernier invité officiel, avait drainé à l'aéroport Ben Gourion une foule immense qui avait tenu à saluer en masse, pour la dernière fois, le meilleur ami d'Israël. Peu de citoyens se sont déplacés pour le nouveau pape parce que la froideur de Benoît XVI à leur égard ne les y incitait pas. Le président Shimon Pérès, en service commandé, avait pourtant fait l'effort de prononcer des paroles de bienvenue en latin «Salut au croyant parmi les croyants qui entame aujourd'hui une visite en Terre Sainte» mais il savait qu'il avait une rude tâche pour dissiper la méfiance accrue des israéliens vis-à-vis de son invité.




Visite mal préparée


L'opinion israélienne estime que le voyage du Saint-Père n'a pas été préparé avec toute l'attention particulière nécessitée par les derniers développements et particulièrement son origine allemande. Ses conseillers l'ont peu aidé pour aplanir, avant tout acte, les malentendus qui se sont fait jour puisque de nombreux officiels israéliens vont jusqu'à prétendre que sa visite n'était pas souhaitée. Benoit XVI a eu droit à tous les honneurs dus à un chef d'État mais l'absence remarquée du deuxième personnage de l'exécutif israélien, le président du parlement Réouven Rivlin, tendait à démontrer la mauvaise humeur des politiques.

Par ailleurs, sur l'injonction de leur chef spirituel, le rabbin Ovadia Yossef, les ministres du parti religieux Shass ont reçu l'ordre de boycotter la cérémonie d'accueil du pape. Les consignes données pour que cette absence soit «discrète» pouvaient difficilement trouver une réelle application tant les tenues noires des orthodoxes faisaient défaut parmi l'assistance. Le passé du pape, qui a été soupçonné d'avoir flirté avec les jeunesses hitlériennes, ne constitue pas l'unique raison de cette mauvaise humeur car les politiques ont voulu aussi lui signifier leur désappointement et leur lassitude devant l'insistance nouvelle du Vatican à réclamer la souveraineté sur la plupart des Lieux Saints de Jérusalem.
Le jeune Ratzinger en tenue de la wehrmacht

Il est difficile de ne pas comparer ce voyage à celui du précédent pape. Jean Paul II ne s'était pas rendu à Jérusalem pour visiter uniquement les Lieux Saints mais pour reconnaître au peuple juif le droit de vivre dans sa propre patrie et pour signifier aux catholiques qu'il fallait cesser de le considérer comme le peuple déicide. Il s'était préparé de longue date et avait progressivement convaincu ses fidèles que les juifs ne devaient faire l'objet d'aucun «enseignement du mépris». Son voyage était l'aboutissement de 22 années d'investissement pour réconcilier les juifs et les chrétiens. C'est dire s'il était suffisamment préparé à se présenter aux portes de Jérusalem.
Jean-Paul II au Kotel


Deux papes, deux messages


Les messages des deux papes se distinguent sur la forme et sur le fond. L'image d'un pape sanglé dans son uniforme de la Wehrmacht était dans tous les esprits israéliens et dans la bouche de tous les commentateurs de la télévision qui n'ont pas hésité à franchir le pas. Jean Paul II avait transmis un message d'amour et de compassion tellement puissant que les musulmans s'étaient sentis aussi concernés que les juifs par ses commentaires. Il avait doublé son message d'un évangile social que le responsable du syndicat israélien Histadrout aurait pu cautionner tant les termes étaient appropriées à la réalité du moment. Le social semblait primer sur le spirituel dans la bouche du chef de l'Église.

En revanche, Benoit XVI s'est placé dès son premier discours sur un plan purement politique: il a souhaité que les israéliens et les palestiniens se réconcilient pour que «chaque peuple puisse vivre dans son pays respectif, dans des frontières sures et reconnues internationalement». Les hôtes, croyant entendre un diplomate de l'ONU plutôt qu'un chef de l'Église, ne paraissaient pas dépaysés. Il a certes évité d'aborder les sujets litigieux mais en revanche il a accru le sentiment de méfiance, sinon de rejet, à son égard.


L'étape ratée de Yad Vashem


Vatican


Benoît XVI n'a pas réitéré le geste le plus significatif de son prédécesseur qui, le premier dans l'Histoire, avait demandé pardon pour les péchés commis par l'Église catholique envers les juifs. «Nous pardonnons» avait-il dit, «et nous demandons pardon. Prions pour qu'en évoquant les souffrances endurées par le peuple d'Israël à travers l'histoire, les chrétiens reconnaissent les péchés commis par bon nombre d'entre eux contre le peuple de l'Alliance». Il avait ajouté sa désapprobation de «l'aspect sombre du passé de l'Église, durant les époques caractérisées par les conversions forcées, le soutien aux croisades et la création de l'Inquisition.»

Les israéliens attendaient beaucoup de l'étape de Yad Vashem, le mémorial de la Shoah. Il pouvait être le lieu de l'explication, de la mise au point et des regrets peut-être mais, la déception fut grande devant le discours rigide, convenu et plat d'un Benoît XVI qui n'a fait aucun effort pour surprendre son auditoire ou pour le conquérir. Ses paroles sur l'universalité faisaient hors-sujet, au sens scolaire du terme, alors que les israéliens attendaient de lui qu'il utilise au moins une fois le mot «nazi» dans ses phrases et qu'il fustige les responsables de la Shoah.

Ils attendaient également qu'il s'explique sur le négationnisme affiché par son évêque Richard Williamson qui avait contesté l'existence des chambres à gaz. Il a donc trahi toutes les attentes car il s'est borné à regretter «la mort» et non «l'extermination» des juifs, sans désigner nommément les coupables de leur éradication systématique.

Un pape qui ne mesure pas la signification des mots à leur juste valeur, et surtout leur symbole, est soit mal préparé, soit profondément attaché à son dogme et à ses convictions. La susceptibilité des juifs sur la Shoah n'est pas une légende. Lorsque le grand rabbin d'Israël et président de Yad Vashem  a comparé son destin à celui du Saint-Père, c'est-à-dire «celui de l'enfant que j'étais à Buchenwald tandis que vous viviez votre histoire de votre côté», le pape s'est borné à sourire comme s'il y avait matière à voir dans cette image tragique autre signification qu'un drame humain. Certains ont vu dans ce survol rapide des persécutions juives une caution au silence du pape Pie XII durant le génocide nazi.

À la fin de la cérémonie de Yad Vashem, Jean Paul II avait béni Israël en présence de son président Ezer Weizman; une façon éclatante de reconnaître l'État par l'Église et dans un dernier geste public, il avait inséré dans le Mur des Lamentations une prière «demandant pardon pour les actes antisémites perpétrés par les catholiques». Cette image a brillé et brille encore dans l'esprit du milliard de catholiques qui ont adoré leur pape précurseur.


«Impopulaire»


La maladresse volontaire de Benoît XVI fait par ailleurs l'objet de supputations sur sa volonté manifeste d'intransigeance. Il a refusé de suivre les conseils de sa délégation de Cardinaux qui lui enjoignaient de se présenter au Mur, à l'instar de Jean Paul II, sans signe distinctif apparent. Il a tenu à s'afficher ouvertement avec une grosse croix portée à son cou, dans une sorte de provocation déplacée afin de manifester son indépendance à l'égard de ses hôtes. Au mieux, certains y ont vu une faute de goût.

Le grand quotidien Yédioth Aharonot barrait sa première page, le jour de l'arrivée du pape, d'un qualificatif éloquent «Impopulaire». Benoît XVI n'a rien fait pour démentir les journalistes, ni l'opinion israélienne et ni les représentants de la Nation qui ont estimé voir dans ce voyage un recul de la papauté au moins en ce qui concerne les relations judéo-chrétiennes. Ils se consolent en pensant qu'il ne s'agit pas là de la première bévue du nouveau pape et comptent sur l'intelligence des protagonistes pour que la vingtaine d'années de combat de Jean Paul II ne finisse pas en un simple souvenir historique.




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