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samedi 9 février 2013

BENJAMIN NETANYAHOU OTAGE DE YAÏR LAPID



BENJAMIN NETANYAHOU OTAGE DE YAÏR LAPID

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps    
                 

Lapid, Netanyahou et Bennett
            Les mathématiques ne sont d’aucune utilité lorsqu'il s'agit de constituer un gouvernement car il ne s'agit pas d’additionner des sièges de députés pour trouver une majorité à la Knesset. C'est aussi sans compter sur les ego surdimensionnés de nos hommes politiques qui jaugent d’abord leur carrière avant de rechercher les intérêts de l’État. Il ne fait aucun doute qu’au cours de ces dernières élections, deux visages nouveaux ont émergé en vainqueurs incontestables, Yaïr Lapid et, dans une moindre mesure, Naftali Bennett.




31 contre 19 et 12



            Lapid, arrivé second avec 19 députés contre 31 à Netanyahou et 12 à Bennett, est le véritable négociateur du contour de la coalition. Il imposera ses vues pour que son programme politique soit totalement réalisé afin de prétendre devenir, demain, le prochain premier ministre. Pour cela, il devra dès à présent faire preuve d’autorité, d’initiative et de rigueur dans ses promesses de campagne. C’est pourquoi il ne fera aucune concession au Likoud, quitte à ne pas faire partie de la prochaine coalition si son projet n’était pas pris en compte. Mais le personnage de Lapid est un dilemme pour Netanyahou car il sait qu'il sera encore plus dangereux en tant que chef de l’opposition. Cependant si la participation de Lapid au prochain gouvernement est acquise, les mathématiques sont telles qu’il manque encore une dizaine de voix à la coalition.
Naftali Bennett aurait bien voulu être, comme les sondages le lui avaient prédit durant un instant d’égarement, le leader du deuxième parti d’Israël. Ce demi-échec, qui le propulse seulement à la quatrième place, l’incite à baisser ses prétentions. Il sait par ailleurs que l’un des arguments négatifs soulevé à son encontre relevait de son manque d’expérience et de celui des candidats de sa liste. Il a donc besoin d’une stature de vrai chef politique qui ne pourra s’affiner qu’au contact de la réalité ministérielle et des difficultés politiques. 
Il doit aussi consolider son implantation régionale pour garantir un avenir durable à son parti par des réseaux d’influence et des militants aux fonctions locales. Il pense avoir de meilleures chances d’être au sommet que Lapid car il agrège autour de lui les communautés religieuses sionistes, en constante croissance démographique, qui constituent le socle irréductible de sa formation. Il est donc condamné à trouver un terrain d’entente avec Lapid qui reconnait le rôle indispensable des sionistes religieux au sein de la coalition. Il avait d'ailleurs, par avance, donné ce signal en incluant dans sa liste des religieux, hommes et femmes, qui ne veulent pas être des cautions électorales et qui ne seront pas prêts à ne faire que de la figuration.


Le Shass sacrifié


Les trois dirigeants du Shass
















            Le sort du Shass est pratiquement scellé car Lapid ne souhaite pas dilapider des fonds de l’État au profit des écoles talmudiques dont les élèves ne font pas leur service militaire. Ce parti paie ainsi son assurance démesurée et son refus de faire évoluer ses dogmes politiques parfois anachroniques. La participation du Shass sera donc sacrifiée sur l’autel du diktat du dirigeant centriste. D'une certaine manière, certains religieux s'en félicitent car ils n'ont pas apprécié la volonté de ses dirigeants de raviver les vieux démons de la lutte inter communautaire, ashkénazes contre séfarades. Les  orthodoxes séfarades n'ont pas manqué de signifier leur déception devant l'absence manifeste de solidarité religieuse. Ils ont lancé de vives critiques contre le Foyer juif et son chef Naftali Bennett dans un éditorial publié par la revue Yom LeYom, organe du parti Shass. Connaissant la rigueur du Conseil des Sages, qui ne fait rien sans en référer au guide suprême Ovadia Yossef, il est certain que l’imprimatur avait été donnée à cet article malgré les dénégations du ministre de l'Intérieur Eli Yishaï qui affirme «ne pas avoir donné son approbation à la parution de l'éditorial controversé dont la teneur n'est pas dans l'esprit du parti ». Mais le mal était fait. Cependant Ovadia Yossef, qui voit s'éloigner la participation de Shass au gouvernement, s'adonne comme à son habitude à attribuer des noms d'oiseau à ses adversaires :  «Yaïr Lapid est un scélérat poussant à la haine des yeshivot»
Le président du Foyer juif, Naftali Bennett, préfère ouvertement que le Shass reste à l'extérieur de la prochaine coalition gouvernementale : «il est logique de notre point de vue que Shass soit à l'extérieur et que le Judaïsme de la Torah fasse partie de la coalition. Ce n'est qu'avec Shass que nous avons un problème, ils nous attaquent depuis le début de la campagne électorale et jusqu'à  aujourd'hui». En fait cette opposition marquée n’est pas fondée sur des questions idéologiques mais est liée à la distribution des portefeuilles ministériels que Lapid veut en nombre réduit. Or Bennett exige le ministère des Cultes qui a toujours été réservé jusque-là au Shass, d'où son opposition à ses concurrents. 


Affaiblir Netanyahou

Lapid aurait imposé Bennett qui n’est pas en odeur de sainteté auprès de Benjamin Netanyahou parce qu'il lui reproche d’avoir chassé sur ses terres et, crime de lèse-majesté, d’avoir «insulté» sa femme Sarah à la télévision. Lapid veut utiliser Bennett comme contrepoids pour neutraliser la puissance de Netanyahou qu'il soupçonne de faire ombrage à son avenir politique. D’ailleurs le premier ministre a fait preuve d’un manque d’empressement révélateur en ignorant, durant trois semaines, le chef du Foyer Juif alors qu’il avait pourtant engagé des négociations de coalition avec les autres partis majeurs. 

Mais si Yaïr Lapid a besoin de Bennett, il est indispensable pour lui de se garder à droite en imposant la centriste Tsipi Livni du parti Hatnoua, qui pourrait contrebalancer les extrêmes. D’une part, la coalition bénéficierait d’une majorité stable de 70 sièges. D’autre part, il manque sérieusement de compétences au sein de ces nouveaux venus à la Knesset. Lapid sait que la réussite de ce gouvernement sera la sienne à condition de centraliser tous les concours politiques pour rétablir la crédibilité de la diplomatie israélienne auprès des chancelleries occidentales. A l’instar de Shimon Pérès, Tsipi Livni est plus appréciée à l’étranger que dans son pays et elle pourrait être une bonne ministre des affaires étrangères capable de retisser des liens distendus avec l'Union Européenne. Lapid craint d'occuper ce poste qui l’éloignerait physiquement de la réalité de la politique israélienne alors qu’il a affiché tout au long de la campagne ses inquiétudes sur les choix économiques du pays. Elle pourrait, à la rigueur, être chargée des négociations avec les palestiniens car Lapid a martelé à plusieurs reprises sa volonté de relancer le processus de paix moribond. Dans ce domaine, il risque d'être en opposition frontale avec Bennett qui est rigoureusement contre la création d'un Etat palestinien mais il compte le persuader d'accepter ce principe en échange de sa participation au gouvernement. Il voit mal quelle personnalité de droite pourrait diriger ces négociations sans risquer de les saboter par conviction. Reste à savoir si elle s’entendra avec Shaoul Mofaz qui prépare son retour au Likoud avec l’espoir de reprendre le poste de ministre de la défense lorgné par Moshé Ya’alon.
Moshe Ya'alon

Ces questions de conflits de personnes nécessiteront le délai de 28 jours imparti par la Loi au premier ministre pour constituer sa coalition et peut-être, les deux fois sept jours supplémentaires pour satisfaire les exigences de Lapid Superstar qui veut être calife à la place du calife. Toutefois un point positif a été relevé dans ces élections qui ont mis fin au règne de la gérontocratie en Israël mais encore faut-il que les «jeunes» fassent preuve de réussite et d'efficacité pour justifier leurs nouvelles fonctions à la Knesset et au gouvernement.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

Permettez-moi, vu de l'extérieur, de lister les conséquences qui me paraissent positives de cette élection israélienne qui bien sûr, ne me concerne pas en propre.

1 - Une fois de plus, ici comme ailleurs, les sondages se sont discrédités en faisant des prévisions qui n'ont pas été recoupées par les votes.

2 - Le coup politique de Netanyahou qui comptait sur ces élections anticipées pour se renforcer a échoué : il en est sorti affaibli.

3 - Deux hommes politiques, jeunes, représentant plutôt la classe moyenne, font irruption sur l'échiquier politique, avec lesquels Netanyahou devra compter, ce qui lui permettra peut-être d'infléchir sa politique concernant la reprise des négociations avec les Palestiniens, l'exception du service militaire des orthodoxes ainsi que cette distribution clientéliste de ministères sans portefeuilles.

4 - La marginalisation du parti Shass, qui n'est plus indispensable pour former une coalition de gouvernement. Ce qui représente incontestablement un pas en avant vers la modernisation de la démocratie israélienne.

5 - Je ne voudrais pas oublier la perspective pour Tzipi lLivni, chère à votre coeur, d'obtenir le ministère des Affaires étrangères.

On peut dire que, pour l'instant, c'est globalement positif !

Très cordialement.

Pat Quartier-PAROLEVOLEE a dit…

Cjer JB,
1-Rien n'est moins sur que de voir Tsippi Livni occuper le poste important des AE apres sa banqueroute electorale. Il est a craindre que vous ne preniez vos desirs pour des realites.
2-Pourquoi cette manie de vouloir apaiser les Europeens qui eux quoi que fasse Israel manifestent une agressivite anti-israelienne marquee sans tenir compte de la volonte d'eradication prononcee du Hamas envers Israel.
C'est a l'Europe de changer sa politique et non a l'Etat juif de s'y plier.
Mieux vaut rentrer en conflit avec la politique europeenne que de prendre le risque de disparaitre pour faire plaisir a de faux amis, pour ne pas dire plus.