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jeudi 24 janvier 2013

UNE EGYPTE QUI VERDOIE par Zvi MAZEL



UNE EGYPTE QUI VERDOIE

Par Zvi MAZEL

Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte

Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs
copyright © Temps et Contretemps


Il n’y a désormais plus d’opposition parlementaire en Égypte. La constitution très controversée, récemment adoptée par referendum, donne au président les pleins pouvoirs dans le domaine exécutif ; c’est lui qui nomme le premier ministre, les juges de la Cour Suprême et les dirigeants de toutes les institutions d’État.




Prochaines élections


La chambre Basse du parlement ayant été dissoute par décision de justice, Morsi, qui s’était attribué le pouvoir législatif vient de le remettre à la chambre Haute qui le détiendra jusqu’à la tenue de nouvelles élections. Frères musulmans et salafistes disposent de 85% des sièges dans cette assemblée. Le président concentre maintenant ses efforts sur la mise en place de ses hommes partout où il le peut, malgré une résistance opiniâtre des juges, des médias et des fonctionnaires du ministère de l’intérieur, traditionnellement hostiles à la Confrérie.

Sur le papier, les élections devaient se tenir deux mois après l’approbation de la constitution, soit courant février. Elles ont pourtant été repoussées sans explication et devraient maintenant avoir lieu en avril, sans qu’une date précise ait été spécifiée.  Morsi veut d’abord s’assurer qu’il a la situation bien en main et qu’il peut s’attendre à une victoire facile de  son parti «Justice et liberté».
Des soldats égyptiens derrière un mur de béton escaladé par des manifestants, le 9 décembre 2012 au Caire

Faute de représentation parlementaire, l’opposition en est réduite à organiser des manifestations de rue. Elle peut quand même se féliciter d’un résultat spectaculaire : elle continue à manifester son unité sous la bannière du Front de Salut National qui maintient la pression pour faire annuler la constitution en faveur d’un texte nouveau, juste et équilibré. Les trois grandes forces non islamistes qui le composent – la Gauche, les Libéraux et les Nasséristes – envisagent même de présenter une liste unique aux élections pour battre le parti des Frères. Ils ne se font pourtant guère d’illusions. La Confrérie des Frères Musulmans ne reculera devant aucun moyen pour s’assurer la victoire ; on l’a vu lors de la campagne du referendum où de nombreuses irrégularités ont été relevées, allant jusqu’à la mise en place de barrages routiers autour des  villages coptes pour empêcher les habitants d’aller voter.


Le Front actif
Les dirigeants du Front de Salut National


Le Front a défini ses positions dans un communiqué daté du 6 janvier. Il rejette en bloc la rédaction hâtive de la constitution par une assemblée constituante non représentative et donc contraire à la loi et son adoption lors d’un processus électoral vicié  par la fraude, l’intimidation, la terreur, l’immixtion dans le processus judiciaire et la force brutale. Un abime sépare désormais les islamistes qui parachèvent leur emprise sur tous les leviers du pouvoir et une opposition laïque qui ne joue plus aucun rôle dans l’administration du pays et qui en est réduite à manifester et à publier des communiqués.  Le Front demande instamment à ses militants de maintenir la pression devant le palais présidentiel et place Tahrir tout en évitant la violence.

L’opposition met tous ses espoirs dans la grande manifestation populaire qu’elle organise le vendredi 25 février, qui marquera le second anniversaire du début de la révolution. Elle menace également de boycotter les élections si elle n’obtient pas  de solides garanties ; elle a publié une liste de dix conditions jugées essentielles pour que ces élections soient transparentes et équitables, notamment la formation d’un gouvernent neutre et  l’interdiction de toute propagande à l’intérieur des mosquées



Manifestation



            Les Frères se taisent, et il n’y a aucun contact entre gouvernement et opposition.  La chambre Haute  a voté à la va-vite une nouvelle loi électorale qui favorise les partis islamistes et a refusé d’obliger tous les partis à mettre au moins une femme dans la première moitié de leur liste. La loi fait l'objet actuellement d’un recours devant la Haute Cour de la constitution. Pendant ce temps le gouvernement met la dernière main à une loi «réglementant» les manifestations – en clair, limitant le droit de grève et le droit de manifester.

            Morsi  va de l’avant comme s’il disposait toujours d’un vaste soutien populaire ; il fait mine de ne pas voir les manifestations appelant à la chute du régime des Frères et ne s’émeut pas des menaces de boycott des élections. Il n’a pas commenté la démission de son vice-président et de plusieurs conseillers présidentiels qui protestaient contre ses abus de pouvoir, ni la démission du gouverneur de la banque centrale scandalisé par la politique économique catastrophique du gouvernement. Il a dû pourtant reculer temporairement quand le procureur général a refusé de démissionner comme il l’exigeait, mais a fini par le démettre et en nommer un autre à sa place. Un recours contre cette manœuvre est examiné par la Cour. Bref, si l’Égypte avait été véritablement démocratique, il y a longtemps qu’il aurait du démissionner.



Insultes au président



            Le président égyptien cible désormais les médias qui lui sont en partie hostiles et qui protestent contre ce qu’ils appellent «l’ikhwanisation»  de l’Égypte, du mot Ikhwan (frères), notamment dans le domaine de l’éducation où de nouveaux manuels scolaires conformes à la doctrine de la Confrérie remplacent les textes traditionnels, mais aussi dans le domaine de la religion où une adhérence stricte aux dogmes des Frères est demandée.  Une ONG arabe pour l’information sur les droits de l’homme (ANHRI) a publié des données stupéfiantes rapportées le 20 janvier par News of Egypt : au cours des six premiers mois qui ont suivi l’élection de Morsi, il a engagé plus de poursuites pour «insultes au président» que pendant les trente ans du régime Moubarak ;  mieux encore,  le président Morsi a engagé plus de poursuites depuis son élection que depuis que la loi a été votée – c’était en 1909 et il s’agissait alors d’insultes à la personne du roi .

            Reste à voir  ce qui va se passer vendredi. Le Front sera-t-il capable de mobiliser la population pour une manifestation de masse d’une telle ampleur que le régime devra en tenir compte ?  L’opposition va-t-elle au contraire montrer des signes de lassitude et se laisser fouler aux pieds par une Confrérie triomphante prête à peindre le pays tout entier aux couleurs vertes de l’islam ?

Mise à jour du 25 janvier 

     Plusieurs bâtiments officiels ont été attaqués vendredi en Egypte par des protestataires manifestant contre le pouvoir islamiste lors du deuxième anniversaire du soulèvement qui fit chuter le président Hosni Moubarak.
      Les manifestants ont pris d'assaut le siège du gouvernorat dans la ville d'Ismaïliya (est) et dans le Delta du Nil (nord), d'autres ont encerclé un bâtiment du gouvernorat à Damiette, et ont lancé une attaque contre la cour d'un autre à Kafr el-Sheikh, provoquant des heurts avec les forces de l'ordre, selon les témoins.

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