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samedi 19 janvier 2013

LES ÉLECTIONS ISRAÉLIENNES 6/ LES ORTHODOXES EN EMBUSCADE



LES ÉLECTIONS ISRAÉLIENNES
6/ LES ORTHODOXES EN EMBUSCADE


Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
            
Dhéry, Ishaï et Baroukh Abouhatzera

Tsipi Livni, arrivée en tête des élections de 2009, n’avait pas été choisie pour constituer un gouvernement parce qu’une majorité de députés, 65 députés sur 120, avait confirmé au chef de l’État que Benjamin Netanyahou, allié des orthodoxes, était leur préféré. Le premier ministre désigné se targuait de pouvoir prêter serment dans la semaine suivant les élections. Tout paraissait alors facile mais c’était sans compter sur la versatilité des partis religieux et sur leur capacité de marchandage. 

Tsipi Livni arrivée en tête en 2009

Les intenses négociations qui ont duré plus d’un mois n’avaient pas permis de mettre en place un gouvernement dans les délais impartis malgré une majorité confortable. Netanyahou s’était donc trouvé contraint de réclamer au président de l’État un délai supplémentaire qui augurait mal de la difficulté à diriger ses troupes. Il n’était pas au bout de ses peines puisqu’il a dû dissoudre la Knesset, avant le terme normal, quelques années plus tard pour des divergences sur le budget 2013.



Dispersion des voix



La proportionnelle intégrale en Israël parsème les voix entre plus de trente listes et le résultat rend le pays ingouvernable faute d'une majorité claire. Les partis religieux orthodoxes, séfarade et ashkénaze, forts de leur statut de partis charnières, usent de surenchère sans se soucier de l’intérêt général du pays. Ils ont ainsi préféré ne pas faire l’économie d’élections législatives anticipées qui d’ailleurs ne résoudront rien. Leurs exigences surévaluées ne cadrent pas avec leur poids politique réel. 
Mis à part le parti Habayit Hayehudi (Foyer juif) de Naftali Bennet, sioniste religieux pragmatique à l’idéologie moderne, une quinzaine de députés sont en passe de rejoindre une alliance hétéroclite marquée par le poids des extrêmes. Ils dicteront ainsi leur loi avec des revendications qui n’ont rien de politiques mais uniquement sectorielles pour ne pas dire religieuses. 
Doublés sur leurs terres par «Le Foyer juif», Shass et Judaïsme unifié de la Torah en sont aujourd’hui à proposer leurs services à la gauche ce qui démontre leur versatilité et la légèreté de leurs convictions. Ils sont prêts à cohabiter avec la secrétaire du parti travailliste alors, que par sectarisme, ils refusent aux femmes de figurer sur leurs listes.

A bout d’arguments devant la fuite de ses électeurs vers le «Foyer juif», le Shass est réduit à réveiller les démons de la lutte communautaire anachronique, entre séfarades et ashkénazes, des années 1970. Cette dichotomie existe certes chez les orthodoxes puisqu’ils ont constitué deux partis distincts mais dans l’Israël d’aujourd’hui, les communautés sont totalement imbriquées pour ne plus songer à cette triste mais réelle période où les juifs avaient apporté avec eux les conflits résiduels de la diaspora.

Naftali Bennet en meeting


La culture politique des orthodoxes s’arrête à l’octroi de fonds qui puissent leur permettre de faire vivre leurs écoles talmudiques fréquentées par des élèves totalement pris en charge financièrement qui échapperont au service militaire. Ils ne répugnent pas à favoriser l’émergence de jeunes oisifs, certains à l’instar du rabbin Haïm Amsallem diront  parasites, étudiant les textes sacrés à longueur de journée, loin de la réalité du pays, loin du modernisme et dans un anachronisme inquiétant. Nombreux sont les jeunes qui rejoignent ces "refuges" dans le seul but d’échapper au service militaire national alors que seule une poignée d'entre eux dispose des qualités pour devenir de bons talmudistes.
Yeshiva, école talmudique

A priori, les sondages ne prévoient pas le nombre de sièges espérés par Netanyahou, 33/35 aux dernières estimations. Il sera contraint de procéder à des «combinazioni», avec le risque de se trouver ainsi pieds et poings liés avec des religieux dont la culture politique s’arrête à l’entrée des synagogues et dont les thèses extrémistes sont dévoyées au nom de la loi religieuse. Alors que le pays est en majorité laïc et que sont nombreux ceux qui ne supportent pas la chape imposée par les rabbins, le premier ministre devra faire acte d’allégeance à des orthodoxes de plus en plus exigeants. Les israéliens s’inquiètent de la part de plus en plus envahissante prise par la religion dans les instances dirigeantes.
Manifestation contre le service militaire




Déviation antisioniste



Tsipi Livni avait déjà compris cette dialectique puisqu’elle avait renoncé au poste de chef du gouvernement pour ne pas vendre son âme. Elle avait surtout réalisé, en tant qu’héritière d’une famille profondément sioniste, qu’elle ne pouvait pas accepter la déviation antisioniste d’une partie d’entre eux. En effet les orthodoxes séfarades ne constituent pas un bloc monolithique  et certains parmi eux  défendent un judaïsme de cœur très attaché au culte des Sages et à forte composante mystique, voire cabaliste. Ces derniers sont actifs dans la société et parmi les jeunes en proie au doute mais ils utilisent les voies politiques pour diffuser leurs idées. 
Prière juive pour l'Etat français


Elle avait refusé de s’allier à cette tendance du judaïsme orthodoxe séfarade car ses membres virent de plus en plus vers un antisionisme virulent. «Lorsque l’Etat d’Israël reviendra à la Torah, nous célébrerons le Jour de l’Indépendance»  se plaisent à affirmer ces nouveaux adeptes des livres sacrés qui semblent vouloir renier l’histoire moderne d’Israël. Les livres de prières ont été modifiés pour soustraire aux fidèles le symbole même de l’Etat. Ainsi la bénédiction traditionnelle, faite dans toutes les synagogues du monde pour bénir l’État dans lequel vivent les fidèles juifs, a été purement et simplement supprimée de la liturgie séfarade orthodoxe en Israël. Celle relative à l’intouchable Tsahal a été modifiée insidieusement pour supprimer toute référence à l’armée, symbole de l’Etat. Dieu ne bénit plus «les soldats de l’armée de défense d’Israël» mais il bénit «les soldats d’Israël», formule ne faisant plus référence à l’existence d’un État. 




S’allier au diable

 

Netanyahou n’a pas les mêmes réserves que Livni et, pour gouverner, il est prêt à s’allier au diable, s’il le faut. Pour donner une majorité à sa coalition, il pourrait ainsi accepter toutes les concessions imposées d’abord par l’extrême droite puis par les partis religieux orthodoxes jusqu’à augmenter le nombre de ministères afin de satisfaire toutes les ambitions ministérielles. 
Mais en choisissant des alliés aussi instables, qui monnayent leur participation au prix fort et qui quitteront au pied levé la coalition pour un simple refus de subvention ou par volonté conservatrice de maintenir les aspects religieux de certaines lois régissant le code civil ou l’armée, il sait pertinemment que son gouvernement sera de transition et à durée de vie limitée. A moins d’un changement du système électoral supprimant la proportionnelle intégrale, de nouvelles élections stériles interviendront dans quelques mois. 
Manifestation violente d'orthodoxes

L’israélien moyen rêve de voir les partis extrêmes éliminés de la gouvernance. Il souhaite que le premier ministre ne s’appuie que sur le Likoud avec une neutralisation du  "Foyer juif" par les partis centristes pour avoir une majorité suffisante capable de conférer au gouvernement une stabilité de quatre années et bien sûr une capacité de réformes. Alors que la situation économique de l’année 2012 a été la plus mauvaise de la décennie en Israël, l’économie est exclue du débat et des projets politiques des partis. 
Mais le paradoxe veut que les candidats aux postes ministériels ne discutent pas de la nécessité d’une relance indispensable à la survie du pays et de la planification de mesures sociales draconiennes mais de l’étendue des subsides à verser aux institutions religieuses. Le poids des orthodoxes mine la situation politique en Israël. 
Le centriste Yaïr Lapid vient encore de s’attaquer aux exemptions dont bénéficient les religieux et les ultraorthodoxes, dispensés de service militaire, et dont les familles nombreuses ne payent généralement pas d'impôts tout en bénéficiant d'aides sociales et d'écoles religieuses subventionnées.
La travailliste Shelly Yachimovich s'oppose à l'exclusivité des orthodoxes dans les affaires du pays. Elle prône la reconnaissance des mouvements religieux non orthodoxes : «J'ai beaucoup de respect pour le judaïsme orthodoxe, mais je crois aussi que l'État d'Israël doit permettre l’expression de tous les courants du judaïsme». 


3 commentaires:

andrew a dit…

la part de plus en plus envahissante prise par la religion dans les instances dirigeantes.: c'est donc bien que ça convient aux israéliens !

Avraham NATAF a dit…

Encore 4 jours pour des resultats plus facile a comprendre. Le veritable boulot commencera; decisions, prioritées, Iran, pauvreté et balances politiques

Laurent-Darius SALIMPOUR a dit…

Pourquoi il est urgent de supprimer les partis religieux et pourquoi je vote Tzipi Livni