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mercredi 9 janvier 2013

LE CAIRE : TROIS HOMMES ET UN ESPOIR


LE CAIRE : TROIS HOMMES ET UN ESPOIR
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


En complément de l’émission DEBRIEF animée par David SEBBAN sur Guysen-TV le 9 janvier à 18h30 (heure française)

Le président de l’Autorité Mahmoud Abbas et le chef du bureau politique du Hamas Khaled Mechaal se rencontrent au Caire le 9 janvier 2013 pour relancer la réconciliation entre leurs mouvements. Le porte-parole de la présidence égyptienne Yasser Ali avait fait état d'une rencontre tripartite entre les trois dirigeants mais a indiqué que le président égyptien Morsi recevrait séparément M. Abbas puis M. Mechaal, avant que les deux palestiniens n'aient une réunion bilatérale. Chacun des trois participants tient à ses propres intérêts dans une rencontre symbolique certes, mais dénuée de tout espoir de concrétisation tant les divergences entre les clans palestiniens s’affichent au grand jour.



Les finances de Morsi

L'Égypte veut parrainer le difficile processus de réconciliation entre le Fatah et le Hamas car la brouille entre les palestiniens rejaillit sur la stabilité de la région.  Mais cette ingérence dans le conflit palestinien est un moyen pour lui de finasser son image de marque.  Son gouvernement fait face à une accumulation de défis alors que le contexte politique et social est difficile : le déficit budgétaire est en hausse, les réserves de change en baisse avec une monnaie sous pression. Il n’arrive pas à tenir les promesses qu’ils avaient faites à l’intention des déshérités alors que les caisses de l’État tardent à se remplir.
Il doit se rendre à Washington en mars pour obtenir une aide économique conséquente de la part des États-Unis car l’économie de son pays est au bord du gouffre. Par ailleurs, le pays a repris ses discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue de l'obtention d'un prêt de 4,8 milliards de dollars, considérée par beaucoup comme une condition indispensable pour un redressement, mais pas sans danger sur le plan social.
Mohamed Morsi doit donc apparaitre sous les traits d’un conciliateur pacifique après l’épisode raté des pleins pouvoirs qu’il s’était attribués. Il veut rassurer l’occident sur sa stratégie de paix et garantir qu’il ne se lancera jamais dans une guerre qui effondrerait son économie. Il a d’ailleurs déjà procédé à un remaniement gouvernemental pour prouver les bonnes intentions de son pays face aux hauts risques sociaux.

Reprendre pied à Gaza

Mahmoud Abbas doit reprendre pied à Gaza s’il veut récupérer sa crédibilité nationale avec l’aide de Morsi et s’il veut se hisser au sommet du peuple palestinien. Il a donc participé à un échange de bons procédés. Il a permis aux militants islamistes de fêter en Cisjordanie les 25 ans du Hamas. Le Fatah a alors été autorisé début janvier à organiser des festivités pour son 48e anniversaire à Gaza, pour la première fois depuis les affrontements meurtriers de juin 2007 lors desquels le mouvement islamiste a pris le pouvoir dans l'enclave palestinienne.
 
Il vient de nommer un nouveau bureau du Fatah dans la bande de Gaza, avec un nouveau  président : Ahmad Nasar qui a reçu pour mission d’améliorer l’organisation de l’antenne du parti, de se développer à Gaza et de renouer les relations avec les islamistes.
Le président de l’Autorité veut obtenir de Morsi qu’il fasse pression sur Khaled Mechaal qui, lors de sa visite à Gaza, avait fait des déclarations «inacceptables» en affirmant que le Hamas ne reconnaîtra jamais Israël. Il compte sur Morsi pour rappeler à Khaled Mechaal que «les Palestiniens ont déjà reconnu Israël de facto après la signature des accords d'Oslo et que Khaled Mechaal avait lui-même entériné l'accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas à la lumière du principe de deux peuples pour deux États». Il sait que toute  négociation avec Israël ne pourra s’engager si l’existence du pays n’est pas remise en cause.

Stature d’homme d’État

En vue de prendre le leadership du peuple palestinien en entier, Khaled Mechaal cherche à acquérir une stature d’homme d’État. Il est d’ailleurs arrivé de Doha à la tête d'une forte délégation de son groupe pour sa visite de plusieurs jours. Il se présente avec un véritable gouvernement dont chacun des membres est chargé de négocier les dossiers avec son homologue égyptien alors que Mahmoud Abbas vient tout seul.
Il veut convaincre les médias occidentaux de cesser de s’aligner sur les positions politiques occidentales qui voient le Hamas comme une organisation de terroristes ayant juré de détruire Israël par opposition aux palestiniens dits «modérés» de l’Autorité Palestinienne soutenue par l’Occident. Il voudrait que Mohamed Morsi l’aide dans sa conversion à reconnaître le «droit d’exister» pour Israël qui lui ouvrirait les portes des chancelleries occidentales.
Mechaal veut prouver que le Hamas n’est pas une menace axée sur la violence mais une organisation, avec des défauts certes, mais  avec un bilan respectable. Il tient à rappeler sa proximité avec l’idéologie des Frères musulmans égyptiens pour lever l‘hypothèque d’un Hamas très proche de l’Iran dont il s’est éloigné pour se rapprocher du Qatar, sans pour autant accepter l’accusation d’être un relais pour son Émir. Bref il voudrait que le Hamas soit mieux jugé dans son propre contexte local et, s’il le faut, dans ses relations avec tous les pays de la région, Israël compris.
 

Il est fort probable que cette réunion, comme les précédentes, ne parviendra pas à atteindre un quelconque consensus tant les haines entre palestiniens sont tenaces, les idéologies islamiques et laïques opposés et les intérêts personnels surdimensionnés. En fait le peuple palestinien attend son troisième homme qui n’existe que dans l’inconscient de ceux qui rêvent d’un État palestinien.   

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