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mercredi 23 janvier 2013

ÉLECTIONS ISRAÉLIENNES : LE SILENCE PALESTINIEN




ÉLECTIONS ISRAÉLIENNES : LE SILENCE PALESTINIEN

Par Jacques BENLLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Lequel allez-vous laisser faire ?

Les palestiniens n’ont pas pris position dans la campagne des élections israéliennes ; ils ont choisi le mutisme car ils pensent qu’elles leur apporteront peu de changement, sinon une aggravation des relations bilatérales. Alors ils préfèrent se défausser sur les partis arabes israéliens qui personnifient la seule démocratie arabe de la région.  Hanan Ashrawi, ancienne ministre de l'Éducation de l'Autorité Palestinienne, a donné son sentiment le 21 janvier en se déclarant inquiète pour l’avenir : «le prochain gouvernement sera une coalition du Likoud avec des mouvements extrémistes défavorables à la création d'un État palestinien et à des pourparlers de paix». 
Le premier ministre du Hamas à Gaza Ismail Haniyeh a déclaré que «les élections israéliennes ne feraient qu'apporter plus d'extrémisme dans le gouvernement israélien». Il a ensuite appelé les palestiniens à former un front uni pour lutter contre l'extrémisme israélien.


Hanan Ashrawi


Affiche provocatrice


          Trois partis arabes participent au scrutin alors que les sondages les créditent de 11à 12 députés sur 120 à la Knesset. Les dirigeants arabes s’activent pour que la minorité arabe vote en masse afin d'assurer la meilleure représentation dans un pays où la proportionnelle intégrale donne à chaque voix une importance capitale. Les affiches ne manquent pas dans les villes mais les candidats arabes ont axé leur campagne sur les portraits des trois dirigeants de droite qui affichent ouvertement des positions négatives contre la minorité arabe,  jugée peu loyale au pays. Le slogan «Lequel allez-vous laisser faire ?» s’adresse à Avigdor Lieberman d’Israël Beitenou,  à Michael Ben Ari d’Otzma le-Israël et à Baruch Marzel, leader de l’implantation de Hébron.

Avigdor Lieberman avait mis en doute la loyauté des arabes israéliens en estimant que : «Il n'y a pas de citoyenneté sans loyauté». Il envisage d’ailleurs dans son projet de rectifier les frontières de la Cisjordanie pour y inclure les trois plus grandes entités arabes d’Israël dans un éventuel État palestinien afin de se débarrasser des 1,4 millions d’arabes. Mais depuis qu’il est au gouvernement il s’est trouvé contraint de ne plus prendre position sur ce sujet épineux.
Michael Ben Ari


Michael Ben Ari anime avec le professeur Aryeh Eldad le parti Otzma Leisraël qui prône l’expulsion des arabes de Cisjordanie et même de la bande de Gaza dans un rêve totalement irréaliste. Baruch Marzel, troisième de la liste Otzma, vit dans la communauté juive de Hébron à Tel Rumeida. Il est le chef de file du parti d'extrême droite «Front national juif» et était le bras droit du rabbin Meir Kahane, assassiné en tant que chef de l'organisation Kach, interdite en Israël et aux États-Unis et jugée comme organisation terroriste par les deux pays. 
Baruch Marzel

Très actif dans le milieu des implantations, il a organisé le 15 janvier une manifestation dans le village de Musmus, près d’Umm El-Fahm, pour contester les constructions illégales : «Il est inconcevable que l'État démolisse des maisons sans permis dans le sud de Tel-Aviv et permette que la construction se poursuive sans entrave dans Musmus.»



Abstention en hausse



Les dirigeants arabes israéliens tentent de convaincre les arabes d’aller voter pour avoir le plus de représentants à la Knesset afin de pouvoir défendre les intérêts de leur minorité représentant 20% de la population. Les arabes ne votent pas tous pour leurs partis et certains figurent d’ailleurs dans des listes «juives». Mais le nombre d’arabes qui votent pour des listes «sionistes» diminue à chaque élection : de 31% en 1999, ils ne sont plus que 17% qui comprennent surtout les druzes et les bédouins. Ces derniers sont complètement intégrés dans le paysage israélien puisqu’ils font le service militaire dans l’armée et que plus de 30% d’entre eux poursuivent une carrière militaire professionnelle.
Le Colonel druze Safwan


Les partis arabes, certes minoritaires, représentant les trois courants islamistes, nationalistes et communistes, ont compris qu’ils pouvaient utiliser la Knesset comme tribune pour défendre leurs idées politiques avec un certain retentissement international. Mais ils doivent au préalable surmonter leur dilemme qui les rend traitres vis-à-vis des juifs parce que assimilés à une «cinquième colonne» et complaisants vis-à-vis des palestiniens parce qu’ils participent à une assemblée ennemie. 
Ahmed Tibi à la tribune de la Knesset

Les communistes ont intégré des juifs dans leur parti et donné une place éligible à la Knesset à l’un d’entre eux. Le courant islamiste est dirigé par Ahmed Tibi qui a entretenu des liens étroits avec Yasser Arafat jusqu’à lui servir de conseiller. Une femme, Haneen Zoabi, siège à la Knesset et prône «un État pour tous ses citoyens» en soutenant ainsi la doctrine d’un Etat binational où les arabes auraient à moyen terme la majorité. Elle s’était trouvée à bord du Mavi Marmara qui en mai 2010 a cherché à briser le blocus de Gaza. Mais elle use et abuse de la démocratie israélienne qui lui permet de critiquer son pays sur la scène internationale tout en le représentant à l’assemblée, sans que son parti l’AND soit interdit.
Hannen Zouabi


Mais les arabes, désabusés parce qu’ils se sentent exclus du jeu politique, sont de plus en plus nombreux à se désintéresser des élections ; leur taux de participation ne devrait pas dépasser les 50%. D’après une étude diffusée par l’Université de Haïfa en décembre, 79% des électeurs arabes avaient peu ou pas confiance dans les institutions publiques, y compris la Knesset, et que 67 % d’entre eux n’avaient pas confiance dans les partis arabes. Les jeunes ont clairement indiqué que «la Knesset et les partis palestiniens ne les représentent pas». C’est pourquoi les partis arabes ont voulu frapper fort en mobilisant leur électorat par des affiches provocatrices qui ont pour objet d’exacerber les craintes face à une droite jugée par eux «fascisante».

Ces partis combattent cependant certains activistes arabes qui souhaitent abandonner leur présence à la Knesset en créant leur propre parlement arabe, élu démocratiquement. Mais ce projet risqué rencontre des oppositions car il entérinerait la séparation des deux communautés israéliennes et supprimerait leur présence crédible et indispensable à la Knesset. En cas de poussée droitière de l’électorat israélienne, qui est fortement prévisible, ce projet deviendrait d’actualité pour créer une force capable de se poser en soutien à l’Autorité palestinienne, et à Mahmoud Abbas en particulier.


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