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mercredi 9 janvier 2013

BENNETT : UN GRAIN DE SABLE DANS LES ROUAGES DE NETANYAHOU


BENNETT : UN GRAIN DE SABLE DANS LES ROUAGES DE NETANYAHOU
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Les élections anticipées du 22 janvier 2013 en Israël s’annonçaient ternes tant le résultat était couru d’avance. Le premier ministre les avait décidées à la surprise générale pour se réserver une élection d’empereur. Mais un jeune trublion vient de changer la donne en rognant sur les certitudes du premier ministre sortant Benjamin Netanyahou. Naftali Bennett était peu connu du monde politique il y a à peine deux mois car il fréquentait plutôt les milieux du high-tech après avoir créé sa propre start-up, qu’il a d’ailleurs revendue en 2005 pour 145 millions de dollars ; un bon pactole pour se lancer en politique.






Droite du Likoud

Parallèlement à ses affaires, il était entré en politique au Likoud, parti de droite, et avait choisi d’influer sur les décisions du chef de l'opposition dans la discrétion du cabinet de Netanyahou de 2006 à 2008 en tant que directeur. Mais il s’était vite trouvé à l’étroit face à un premier ministre réputé pour étouffer ses seconds, lui d’abord et Moshé Kahlon aujourd’hui. Selon une information connue des milieux politiques, il aurait aussi souffert du veto de madame Netanyahou qui n’aime pas les personnages faisant de l’ombre à son époux et qui préfère niveler vers le bas le choix des collaborateurs du premier ministre. Il a donc repris sa liberté au sommet de sa gloire politique.
Réunion électorale avec des français
 
Bien que de parents originaires des États-Unis et ne parlant pas le français, il a été adoubé par les francophones religieux des territoires, orphelins d’un leader charismatique capable de s’élever au-dessus des querelles personnelles et des ambitions partisanes qui ne permettent aucune représentation politique digne de leur nombre et de leur poids politique. Certains orthodoxes sépharades en rupture de ban l’ont aussi rejoint.
Naftali Bennett a donc décidé de voler de ses propres ailes politiques en prenant les commandes d’un parti vieilli, issu du PNR, parti national religieux du temps de la création de l’État d’Israël, rebaptisé Habayit Hayehudi, «Foyer Juif», un peu comme on reprend une société commerciale en perdition pour la sortir du marasme. Il imposa à ses membres une image modernisée, loin des longs manteaux noirs, des grandes chaussettes montantes et de fameux «Shtreïmel», chapeau noir aux bords ornés de fourrure, hérités de la vieille Pologne. Il préfère porter la kippa tricotée, signe des sionistes religieux.

Convictions nationalistes

Mais sous cette apparence bon enfant, Bennett reste très attaché à ses convictions religieuses et nationalistes. Il faisait partie des militants à l’extrême-droite du Likoud qui n’avaient rien à envier à ceux du parti Israël Beitenou d’Avigdor Lieberman et qui prônaient de ne rien céder aux palestiniens. À ce titre, il fut d’ailleurs nommé en janvier 2010 à la tête du Conseil de Yesha, acronyme hébreu pour Judée, Samarie, Gaza, regroupant les maires des implantations de Cisjordanie. Son esprit irréductible l’avait poussé à sévèrement critiquer la fin des hostilités de Gaza lors de l’opération «pilier de défense» et à rassurer les «milliers de réservistes et les millions d’israéliens» en leur promettant qu’Israël «finirait par éradiquer la menace des missiles du Hamas».
Les dirigeants du Shass
 
Ce quadra au visage poupon et souriant, qui a hanté les conseils d’administration du high-tech, sait jouer de l’influence pour attirer à lui les déçus à la fois du Likoud et du parti orthodoxe Shass, qui est donné en chute dans les sondages. Créé à l’origine par les séfarades d’Afrique du nord, Shass, au dogme figé, perd ses électeurs au profit de Bennett, l’américain, et insulte suprême, l’ashkénaze. L’un de ses leaders historiques Arié Dhéri, a voulu réveiller ses militants en s’estimant victime de discrimination. Il n’a pas trouvé d’autre voie que la «diabolisation ethnique» consistant à réveiller les conflits inter-communautés des années 1970 pour opposer juifs de l’Est et juifs orientaux en accusant le Likoud et Bennet en particulier d'être le représentant «arrogant et suffisant des russes et des blancs».
Mais il ne faut pas se tromper sur la stratégie politique de ce jeune loup à la tenue décontractée de fonceur qui reste bien encadré par ses suivants de liste, fidèles des résidants dans les implantations. Bennett a dû d’ailleurs éluder son projet d’annexer une partie seulement de la Cisjordanie, actuellement sous contrôle israélien, et d’autoriser la création d’un État palestinien sur le territoire restant. Ses amis et ses soutiens sont en effet totalement contre le principe de deux "États pour deux peuples". Pour eux, aucun partage de la Cisjordanie n'est en aucun cas envisageable.
Par ailleurs, l’arrivée au pouvoir de cette nouvelle vague de religieux  risque de sonner définitivement le glas de la séparation de la religion et de l’État. La participation des religieux au gouvernement va s’exprimer en millions de dollars déversés dans les écoles talmudiques et dans les budgets de construction des implantations alors que les caisses sont prétendument vides et qu’il n’y a aucun centime pour les classes défavorisées. Les quelques réserves disponibles ont déjà été consommées pour l’opération «Pilier de défense» contre Gaza.

Sondages au firmament

Les sondages poussent Bennett au firmament alors qu’au début de la campagne il était crédité à peine de 5 mandats à la Knesset. Actuellement il peut compter sur 13 à 18 députés sur 120 pour devenir le deuxième ou troisième parti israélien sans qui aucune coalition ne pourra être envisagée. Cette évolution confirme la droitisation de l’électorat israélien et acte l’effondrement des partis de gauche et centriste qui risquent de ne faire que de la figuration lors de la prochaine législature, à moins qu'ils ne constituent un bloc centre-gauche.
Mais Bennett reste sous surveillance car il souffre d’inexpérience politique qui lui a fait faire une bourde lors d’une émission télévisée. Il avait fait son service militaire dans la prestigieuse unité d'élite "Sayeret Matcal". Il a dit que personnellement il pourrait difficilement se prêter à une évacuation et qu'il préférait aller en prison si le gouvernement décidait une quelconque évacuation d’implantations. Certains avaient interprété ses paroles comme un refus d'obéissance. Une bévue qu’il a eue du mal à faire oublier car Tsahal, l’armée d’Israël, est un tabou auquel on ne s’attaque pas.
Une véritable Bennett-o-mania souffle en Israël entrainant une euphorie d’un possible renouveau religieux qui s’installerait au sommet de l’État sous l’aspect d’un jeune dirigeant d’entreprise. Des électeurs venus d’horizons divers, non religieux parfois, avides de changement politique, estiment qu’il est bien armé pour la politique depuis sa réussite dans les affaires. Mais il ne faut pas se méprendre sur les intentions réelles de Habayit Hayehoudi. Ses adversaires ne l’entendent pas de cette oreille. Netanyahou, qui avait toisé le jeune présomptueux au début de la campagne, commence à s’inquiéter de voir  les sondages rogner sa côte de 43 députés à 35 alors qu’il avait imposé la fusion de son parti avec celui d’Avigdor Lieberman pensant bénéficier ainsi d’un effet d’entrainement qui ne s’est pas réalisé. Il avait estimé que la campagne électorale ne s’imposait pas pour lui et il a dû se résoudre à s’afficher en catastrophe sur quelques panneaux publicitaires. Avigdor Lieberman a compris lui aussi que le mixage des listes a été un échec et il a d’ailleurs déjà annoncé que la fusion des partis était exclue.
Des laïcs commencent à fuir le centre pour rejoindre le monde de ces religieux modernes sans s’inquiéter du réel programme politique que veut appliquer Bennet qui exploite sa présence médiatique plutôt que ses idées. L’extrême-droite perce dans l’opinion publique israélienne qui risque un réveil tardif au lendemain des élections lorsque  Netanyahou, certes futur premier ministre, sera prisonnier de son aile droite après avoir été prisonnier des orthodoxes du Shass. Les sondages démontrent qu’il ne faut plus s’attendre à une avancée du processus de paix avec les palestiniens.

La minorité d’israéliens qui pense que le pays a essayé plusieurs guerres sans résultat probant et qu’il serait peut-être temps d’essayer une forme de paix, n’a plus de leader charismatique. Tsipi Livni, qui a créé son propre parti, «le mouvement», a été disqualifiée car elle avait refusé de constituer un gouvernement minoritaire alors qu’elle était arrivée en tête en 2009. Elle n’est pas parvenue à endiguer les sentiments nationalistes qui s’étaient estompés depuis l’ère des pionniers israéliens. Shaoul Mofaz est sur le déclin.
Le branlebas de combat a été décidé par le premier ministre qui a senti le danger que lui fait courir ce jeune téméraire qui a triplé son nombre de mandats en deux mois de campagne électorale. A vingt jours des élections, tous les arguments ont été revus pour stopper le siphonage des voix par Bennet. Ce jeunot sorti de nulle part lui a glissé un caillou dans sa chaussure en le freinant dans sa marche triomphale vers le pouvoir. Une campagne a été lancée par le Likoud pour pointer l'extrémisme religieux des candidats du Foyer Juif, particulièrement pour ce qui concerne les droits de la femme, point faible éludé par Bennett pour ne pas s’attirer les foudres de ses amis orthodoxes qui l’ont hissé à la première place. Tous les militants n’apprécient pas ces attaques perpétrées contre Habayit Hayehoudi qui ont pour effet au contraire de lui attirer de la sympathie. Cependant le feu couve au Likoud par trop d’assurance.
Mais la campagne électorale a repris des couleurs et il n’est pas sûr que les partis politiques soient au bout de leur surprise. Une certitude cependant : les  palestiniens, les partisans du processus de paix et les laïcs israéliens paieront ensemble une note salée à l’issue des élections du 22 janvier 2013.        

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Je vous demande de m'en excuser, cher monsieur Benillouche, mais la lecture de cet article me fait irrépressiblement me souvenir de ce jour où, au lycée du Parc impérial, à Nice, un professeur s'était lancé dans l'explication compliquée d'un problème ardu, à laquelle aucun élève n'avait compris quoi que ce soit.

Dans le silence qui s'en était suivi, un élève s'était dressé et avait constaté à forte et intelligible voix : "Le merdier !"

Avraham NATAF a dit…

Bien écrit, bien balancé,on ne peut reprocher a Nathanayou de ne pas avoir été à la hauteur avec le dernier conflit même si le Hamas crie victoire