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samedi 26 janvier 2013

BENNETT : LE RÊVE BRISÉ DU FAUCON BLESSÉ



BENNETT : LE RÊVE BRISÉ DU FAUCON BLESSÉ

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Naftali Bennett et Ayelet Shaked
          
             Le faucon est blessé. Tout lui réussissait jusqu’alors, ou presque, mais son rêve a été brisé dans le tumulte des résultats des élections. La création d’une start-up, qu’il a revendue 145 millions de dollars, a fait de lui l’un des millionnaires de la Knesset, là où beaucoup s’enrichissent justement grâce à la politique. Grâce à ce pactole, il a réussi  à investir l’ancêtre du parti national religieux, en pleine déconfiture avec ses dirigeants vieillis et peu soucieux de redonner vie à un mouvement historique qui a accompagné la création d’Israël avec David Ben Gourion. 
         Alors, Naftali Bennett a géré la prise du parti comme il gère une entreprise, tambour battant. Il savait qu’il n’avait aucune chance de parvenir au sommet au Likoud, où il avait fait ses premiers pas d’homme politique, du moins tant que Benjamin Netanyahou en restait le leader omnipuissant.

 

Barre trop haute


           Mais les échecs forment les personnages charismatiques. On n’aurait pas parlé d’échec s’il n’avait pas mis la barre trop haute en croyant acquis les sondages immuables lui attribuant jusqu’à 18 sièges. Certes Habayit Hayehudi a fait un bon remarquable en passant de 3 députés à 12 après sa fusion avec l'Ihud Leumi, alliance de droite nationaliste composée depuis 2009 de quatre micro-partis d’extrême-droite : Moledet, Hatikva, Eretz Yisrael Shelanu et Tkuma. Bennett se voyait déjà en position dominante, comme deuxième formation politique pouvant peser sur la constitution du gouvernement et sur les options politiques du pays. Mais Yaïr Lapid lui a ravi son statut de challenger en le transformant en quémandeur, non indispensable à la coalition.      
     

            Des erreurs grossières peuvent expliquer la désaffection d’un électorat qui l’avait adoubé au départ. Il avait d’abord trompé son monde en mettant en avant son statut d’officier religieux sioniste, ancien de l’unité d’élite Sayeret Matkal du chef d’État-Major, tout en masquant son intransigeance nationaliste. Mais en attaquant de front le Likoud, il s’est fait des ennemis qui ont mis en évidence son programme politique et ses lacunes. Certains de ses aspects dogmatiques ont alors désorienté les nouveaux venus qui l’avaient rejoint. Son refus d’accepter le principe de «deux États pour deux peuples», énoncé certes du bout des lèvres par Benjamin Netanyahou dans son discours de Bar Ilan de 2009, a inquiété les électeurs de droite, réfractaires cependant à toute éventualité d’État binational qui les forcerait à coexister avec les arabes : «Il n’y aura jamais de plan de paix avec les palestiniens».



Tsahal et les palestiniens



Evacuation de Gaza


            Sa deuxième maladresse, à mettre sur le compte de l’inexpérience politique, a concerné sa bourde lors d’une émission télévisée. Il avait dit que, personnellement, il pourrait difficilement se prêter à une évacuation des implantations et qu'il préférait aller en prison si le gouvernement décidait un quelconque repli des territoires. Certains avaient interprété ses paroles comme un refus d'obéissance et une atteinte au principe démocratique et sacré que l’armée du peuple est aux ordres du pouvoir politique. Il a eu du mal à faire oublier cette bévue car Tsahal, l’armée d’Israël, est un tabou auquel on ne s’attaque pas, à fortiori lorsqu’on la servie comme il l’a servie.
La grenouille et le boeuf

            Son vrai visage est alors apparu ; celui d’un jeune leader aux dents longues, manifestant des idées extrémistes qui ne cadraient pas avec celle de la majorité laïque du pays souhaitant éloigner tout risque de guerre en améliorant les chances de paix avec les palestiniens. Au lieu de masquer une partie de ses convictions, en stratège politique, et de choisir une voie pragmatique, il a rejoint les clans bellicistes, intransigeants sur tout compromis territorial. Ses prétentions n’ont pas été à la hauteur de son poids réel parmi la population israélienne. Il en était arrivé à vouloir égaler son mentor Benjamin Netanyahou, sinon le surpasser, comme la grenouille de La Fontaine : «Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs».



Strapontin au gouvernement

Bennett vote avec sa femme


            Pour entrer au gouvernement avec Yaïr Lapid, il devra obligatoirement faire amende honorable en mettant dans sa poche certaines de ses convictions extrémistes et certainement ses prétentions. Il sait, la politique est ainsi cruelle, que Benjamin Netanyahou pourrait se passer de lui en faisant appel aux orthodoxes, plus malléables dans leurs exigences politiques,  qui ont déjà fait part d’une révision de leur approche sur le service militaire des jeunes des écoles talmudiques. Un portefeuille ministériel vaut bien un renoncement.

            Naftali Bennett a trop longtemps fait la course en tête sans se rendre compte qu’il indisposait les militants du Likoud qui ont ensuite tout fait pour qu’il s’écroule au poteau d’arrivée. Il n’a pas non plus mesuré l’opposition de ceux qui l’ont soutenu au départ et qui ont paniqué à l’idée de devoir imposer aux palestiniens une occupation illimitée de la Cisjordanie. Beaucoup de ses soutiens originaires des États-Unis ont aussi été sensibles au discours de mise en garde de Barack Obama : «Israël agit à l'encontre de ses propres intérêts. L'État d'Israël mène actuellement une politique qui le conduira à l'isolement total».  Cette prise de conscience lui a fait perdre de nombreuses voix.
Réunion avec les francophones

            Dans les derniers jours de la campagne, la déception des francophones a pesé sur le résultat. Bennett avait été adoubé par cette communauté orpheline d’un leader charismatique, capable de s’élever au-dessus des querelles personnelles et des ambitions partisanes qui ne permettent aucune représentation politique digne de leur nombre et de leur poids politique. Mais aucun candidat de la liste Habayit Hayehudi ne parlait le français pour venir s’adresser à ces fervents partisans dont la majorité maitrisait mal l’hébreu. Il devenait donc difficile de transmettre un message direct et percutant. Des soutiens francophones, choisis à la dernière minute, qui n’avaient pas le même charisme ni la même fougue que les candidats eux-mêmes, ont été envoyés en catastrophe dans des réunions électorales où de nombreuses questions restaient sans réponse par ignorance.



Autopsie du bilan



            Certains des amis de Bennett raisonnent à présent sur la validité de la méthode utilisée pendant sa campagne mais il n’est pas encore temps de désigner les coupables d’un échec non annoncé. Naftali Bennett aura quatre années pour peaufiner sa technique, pour se frotter aux politiques expérimentés et pour acquérir le matériel indispensable s’il veut affronter de  nouvelles élections. 
Sarah Netanyahou

            Naftali Bennett a pêché par trop d’assurance. Il n’avait pas compris que le Likoud l’avait laissé mener sa barque librement car il était censé grignoter des voix au centre et aux orthodoxes. Mais par gourmandise, il était devenu entreprenant et dangereux pour Netanyahou.  Il alla jusqu’à se venger de l’épouse du premier ministre qui l’avait éliminé de lorsqu’elle avait senti qu’il cherchait en fait à supplanter son époux. Avec maladresse, Naftali Bennett railla l'épouse du premier ministre au cours d'une interview télévisée, affirmant que lui-même et Sara Netanyahou avaient été ensemble dans un «stage de terrorisme». Il faisait ainsi allusion aux mauvaises relations qu'il entretenait avec Sara Netanyahou lorsqu'il était le l’adjoint du chef de l’opposition d’alors. Des responsables du Likoud avaient expliqué que «Bennett n'en finit pas de faire des zigzags», en affirmant apprécier Netanyahou tout en humiliant son épouse.
Ghetto juif


            Le Likoud-Beitenou a senti que Bennett était allé trop loin dans sa volonté de siphonner ses voix lorsque les sondages Cartographia  lui attribuaient18 mandats. L’alerte a été donnée et les chiens ont été lâchés. Une campagne internet a pointé l'extrémisme religieux des candidats du Foyer juif, particulièrement pour ce qui concerne les droits de la femme. Par ailleurs, la publication d’une photo de Naftali Bennett avec des allusions à la Shoah a provoqué une forte émotion et suscité une condamnation unanime dans le pays. Il était présenté derrière des barbelés et accusé de vouloir parquer les juifs dans un parti de religieux. Habayit Hayehudi  y est qualifiée de «Ghetto Juif». Le mal était fait.
Plus forts ensemble

            Enfin la campagne de Bennett, associant son portrait à celui de Netanyahou avec le slogan «plus forts ensembles»,  a dérouté plus d’un de ses partisans qui comptaient sur un changement qui n’était pas symbolisé, selon eux, par la reconduction du premier ministre sortant. Alors, désarçonnés, ils ont choisi le vrai changement avec Lapid.

            Naftali Bennett a dû comprendre qu’on ne s’improvise pas homme politique comme on gère une entreprise. Il devra analyser toutes ses maladresses et celles de son équipe de campagne pour les éviter lors des prochaines élections s’il veut se voir, un jour, calife à la place du calife.


5 commentaires:

Pascal a dit…

Pour bien comprendre une démocratie, il faut savoir comment les partis politiques sont financés. Comment le sont-ils en Israël ? Comment peut-il apparaître des partis-champignons comme Yesh Atid ?

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Votre Naftali Bennett est l'archétype parfait du milliardaire à qui l'argent ne suffit pas pour faire son bonheur, et à qui il faut aussi le pouvoir politique, quitte à s'y brûler les ailes.

En France nous connaissons bien ce genre de personnage, dont Bernard Tapie est le modèle le plus emblématique.

Croyez-moi, si Bennett a le même talent opportuniste que Tapie, vous n'avez pas fini d'en entendre parler !

Très cordialement.

Denis KASSEL a dit…

« Vaut mieux lire ca que d'etre sourd Quel est le rapport entre le resultat des elections et le fait qu'il y ait ou non des francophones sur la liste? Entre parentheseses on connait le succes des partis qui avaient des francophones en position d'etre elus (c'est pas parce que Fabius, fin analyste politique lui aussi, a dit que Sheli et Tsipi avaient fait de bons scores que c'est vrai) , sans parler de la liste menee par un francophone et qui n'a pas atteint le seuil »

Anonyme a dit…

de toute facon les descomptes des votes ont ete truquées, ils sont trop laxiste, et ne vérifie rien...lorsque il mettent le petit papier sur le pique et que les lettres different et qu on lui dit gentillement qu il s est trompe il nous dit gentillement t'occupes c'est pas toi qui t occupes de ca et de toute facon cela va etre vérifier après....temoignages de deux personnes differentes...

Anonyme a dit…

Bibi ne peut faire de coalition sans Benett. il n y a aucune chance que bibi reussisse a mettre ensemble lapid qui veut en 5 ans enroler a l'armee tous les orthodoxes et derii qui n'acceptera jamais. dans une semaine ou deux, bibi aura besoin de benett et il l'appellera. patience.