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jeudi 13 décembre 2012

VERS UNE NOUVELLE RÉVOLUTION EN ÉGYPTE ? par Zvi MAZEL


 
VERS UNE NOUVELLE RÉVOLUTION EN ÉGYPTE ?
Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs
copyright © Temps et Contretemps


Manifestations près du Palais Présidentiel

Les manifestations de rues se succèdent, de plus en plus violentes ;  on compte les blessés par centaines et l’on parle déjà d’une dizaine de morts.  Une nouvelle révolution est-elle en marche ? Élu démocratiquement, le président Morsi perd chaque jour un peu plus de sa légitimité. L’opposition réunit désormais tous les partis non islamistes. La Gauche, les Nassériens et les Libéraux coordonnent leurs activités sous l’ombrelle d’un Front de Salut Public dirigé par Mohammed El Baradei avec à ses côtés,  Hamdeen Sabahi, Amr Moussa et d’autres ténors de l’opposition.
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Opposition de la presse
 

Autre coup dur pour le régime,  cette semaine la presse non gouvernementale s’est  déclarée contre lui. Journaux indépendants et journaux de partis ainsi que plusieurs chaines de télévision font ouvertement campagne contre le président. Plusieurs de ses conseillers ont démissionné.  Il ne s’agit plus d’une fronde passagère et Morsi, conscient du fait qu’il n’a reçu au premier tour des présidentielles qu’un quart des suffrages,  doit se rendre à l’évidence : une lame de fond semblable à celle qui a emporté Moubarak se dresse aujourd’hui contre lui.
 
Alors cette semaine  son gouvernement a  pris un décret demandant à l’armée d’aider la police et les forces de sécurité à assurer la protection de la tenue du referendum sur la constitution. En clair, le président reconnait que son régime a perdu son caractère légitime et doit recourir à l’armée pour rester en place et mettre en œuvre son programme. L’armée qui se voit chargée de protéger les bâtiments civils est dotée pour ce faire de pouvoirs exorbitants tels que le droit d’arrêter des civils et de les faire passer en justice. Théoriquement, ces pouvoirs sont  limités dans le temps et prendront fin après la tenue du referendum et la publication des résultats. Il y a pourtant là un retour aux lois d’urgence de sinistre mémoire de l’ancien régime, lois abolies par la Junte après la révolution. Ce recours à l’armée met en évidence la perte de contrôle du président qui ne peut plus compter sur les forces chargées de maintenir l’ordre, et sur les juges qui se refusent à superviser le référendum.

 

Arbitrage de l’armée

 

Auparavant l’armée avait lancé un appel à toutes les parties pour demander un arrêt des violences et appeler à résoudre pacifiquement la crise ouverte par la déclaration présidentielle et la tenue du référendum ;  cet appel s’accompagnait d’un avertissement : l’armée ne laisserait pas le pays «plonger dans la catastrophe». Pour beaucoup l’armée signalait ainsi qu’elle ne souhaitait pas s’impliquer. Les Frères musulmans, eux,  ont salué l’appel, l’opposition restant muette.  L’armée n’a rien à gagner à une intervention, sauf s’il existe un risque réel de guerre civile. Les généraux, échaudés par l’échec de leurs efforts pour diriger le pays durant la période intérimaire entre la chute de Moubarak et l’élection de Morsi et les erreurs commises en ayant ouvert le feu sur les manifestants et en ayant de fait facilité l’avènement des Frères, préféreraient rester dans la neutralité. Il faut dire que la constitution soumise au référendum entérine toutes leurs demandes.
 
             Un chapitre spécial prévoit la création d’un Conseil National de Défense où les officiers seront majoritaires et qui sera seul chargé du budget de l’armée, et de son empire économique même si ce point n’est pas précisé en toutes lettres. Le ministre de la défense devra sortir des rangs de l’état major. Les tribunaux militaires resteront indépendants et pourront juger les civils «ayant porté atteinte a l’armée». Le président ne pourra pas déclarer la guerre sans consultation préalable du Conseil et sans autorisation du parlement. En d’autres termes, l’armée garde son statut particulier et se voit confortée dans la position de prééminence qui a été la sienne de tout temps en Égypte.

 Question de compromis
 

La question qui se pose donc est de savoir si un compromis peut être trouvé entre le président et les Frères d’une part, et l’opposition de l’autre. Si aucune des parties n’accepte d’assouplir sa position, on risque l’explosion, ce qui forcerait l’armée à intervenir. Pour le moment l’opposition fait de l’annulation du référendum la condition préalable à l’arrêt des manifestations. Elle a de solides arguments. Le texte de la constitution a été bâclé en quelques jours après la fameuse déclaration présidentielle du 22 novembre attribuant à Morsi le pouvoir judiciaire et rendant toutes ses décisions non susceptibles d’appel.
 
Or non seulement  l’assemblée constituante était composée majoritairement d’islamistes, mais encore la plupart des membres non-islamistes en avaient démissionné ou boycottaient les sessions.  Ce qui enlève toute légitimité à un texte qui ne repose pas sur un large consensus des courants en présence. L’opposition exige donc l’annulation du référendum et la création d’une nouvelle assemblée constituante qui éliminera notamment les dispositions contestées disséminées au fil de ses 236 articles pour en dissimuler le caractère ouvertement islamiste.
43 recours demandant la dissolution de la constituante  avaient été déposés devant la Haute Cour Constitutionnelle. La déclaration présidentielle du 22 novembre avait privé cette Cour du droit de la dissoudre. Cette déclaration  ayant été annulée, la Cour devait reprendre ses délibérations, mais la Confrérie a dépêché des milliers de manifestants pour en bloquer les accès, empêchant plusieurs juges d’y entrer et la bonne tenue des audiences. La Cour a donc suspendu ses délibérations.

 

Opposition grandissante

video
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Le président égyptien avait cru qu’en annulant la déclaration présidentielle qui avait provoqué un tollé général il réussirait à calmer l’opposition et peut-être même à la diviser. Cela n’est pas arrivé car il a maintenu le référendum sur la constitution. Il ne faut pas se leurrer. Les Frères musulmans feront tout pour se maintenir au pouvoir et combattront l’opposition de toutes leurs forces. Ils sont animés par une puissante idéologie religieuse qui n’est pas moins intense que celle des ayatollahs de Téhéran. Peu importe que les uns soient sunnites et les autres chiites. Tous sont convaincus de la suprématie de l’islam ; tous croient qu’imposer le régime d’Allah sur terre est leur devoir sacré.
Il faut donc s’attendre à une intensification des heurts entre les forces en présence. On voit bien que la grande majorité des égyptiens ne souhaite pas un régime islamique et l’application de la charia. Ils veulent cette Égypte nouvelle, démocratique, pour laquelle s’est soulevée la jeunesse qui a allumé le flambeau de la révolution. Ils n’ont plus peur de descendre dans la rue et d’affronter le régime pour défendre leurs libertés. La situation est explosive car pour le moment personne ne semble prêt à reculer.
On peut dire qu’une  nouvelle révolution est en marche. Quand bien même Morsi  arriverait à maintenir le référendum, ce ne serait pas la fin de la crise. Le peuple continuera à se battre, d’autant plus qu’aujourd’hui il dispose de leaders et de partis pour coordonner son action. On suivra avec intérêt l’attitude de l’Union Européenne et des États-Unis. Jusqu’ici ils ont refusé de regarder la réalité en face et ont soutenu les Frères musulmans. Une attitude qui provoque une colère grandissante chez les égyptiens.

6 commentaires:

David a dit…

C'est la guerre civile qui s'annonce en Egypte...

Pat Quartier-PAROLEVOLEE a dit…

A david :
Voila qui provoque en Israel une peine immense...Comme syrien n'etait.

Angélique DAHAN a dit…

il ne faut pas croire au Père Noêl, et l'histoire nous a donné des indications sur la manière dont se terminent ces révoltes. Je crois vraiment que le Père Noël est une ordure.

andre a dit…

Il est certain que Zvi Mazel connaît parfaitement son sujet ,l'Egypte ,où il a été en poste .Nous avons tous lu ses articles .Il n'a jamais parlé de Khairat El-Shater que le Journal du Dimanche présente comme un businessman riichissime, numéro 2 des Frères Musulmans et qui serait le maître à penser du chef de l' Etat, Mohamed Morsi , lequel ne serait qu'une roue de secours, " apparatchik falot et sans charisme".
Khairat EL-Shater , " vrai pharaon d' Égypte", veut instaurer un califat Égypte, Libye et Tunisie.
Que dit Zvi Mazel à ce sujet ?
André M,

Zvi MAZEL a dit…

J'ai parlé de Khairat Shater lorsqu'il s'est présenté à l'élection présidentielle puis a été disqualifié. Il est considéré comme l'un des hommes forts de la Confrérie avec le Guide Suprême Mohammed Badie; tous deux appartiennent à la mouvance Sayed Kutub, considérée comme la plus intransigeante. Mohammed Morsi en fait partie.
Depuis son élection Morsi a démontré qu'il n'était pas si falot qu'on le disait.

Jean a dit…

Dans cette Egypte si compliquée dans ce Moyen-Orient qui ne lui cède en rien , la lecture des chroniques de Zvi Mazel est toujours très éclairante et enrichissante . Merci .