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mardi 11 décembre 2012

LA TROISIÈME INTIFADA N’EST PAS ENVISAGEABLE


 
LA TROISIÈME INTIFADA N’EST PAS ENVISAGEABLE
 
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

           

            La «troisième Intifada n’est pas envisageable». Ces termes ont été prononcés par le Dr Abu Eisheh, membre du Fatah et professeur de droit à l’université Al-Qods, à l’occasion d’une interview exclusive. Depuis l’opération «pilier de défense» et la visite de Khaled Mechaal à Gaza, l’opportunité d’une troisième Intifada est relancée. Et pourtant, aussi bien les dirigeants israéliens que palestiniens ne croient pas à la réédition de ce qui s’est passé en 1987 et en 2000. La situation n’est pas comparable car à la fois des changements de structures et des faits nouveaux sont intervenus dans le paysage politique.
            Les Intifada n’ont jamais été planifiées et elles ne sont pas planifiables parce qu’elles restent à l’initiative de la population et non des dirigeants. Elles ne se décrètent pas car elles traduisent un malaise interne qui doit parvenir à son paroxysme pour exploser. Si l’on se réfère aux deux premières, les dirigeants palestiniens ont pris le train en marche pour s’attribuer les bénéfices d’une révolte qu’ils n’ont pas suscitée. 



Guerre des pierres

 
La première appelée «guerre des pierres» avait débuté le 9 décembre 1987 tandis que la seconde, appelée «Intifada Al-Aqsa», avait été lancée le 29 septembre 2000 à la suite de la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade du Mont du Temple. Chacune de ces révoltes, aux motivations différentes, constituait paradoxalement une réponse collective à des problèmes internes au peuple palestinien. Les jeunes tenaient à manifester leur colère contre les échecs et les divisions de leurs dirigeants, accusés de népotisme et de corruption.
            Une étincelle a entrainé la première intifada. Un accident de la route, le 9 décembre 1987, impliquant un camion israélien et une voiture palestinienne, a entrainé la mort de quatre passagers arabes. Ce prétexte a donné l’occasion à la foule palestinienne d’envahir la ville de Gaza pendant les funérailles et de s’en prendre directement à l’armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jabalya. Mais les réelles motivations étaient à chercher ailleurs. Les manifestants de 1987 tenaient à prendre en main leur combat, jusqu’alors géré par leurs dirigeants de l’étranger, et voulaient s’opposer aux luttes de factions en réclamant «l’unité nationale» et en fustigeant la désunion et la discorde.
De nouveaux visages, jeunes pour la plupart, ont alors bataillé avec la vieille garde totalement dépassée. Israël avait mal interprété cette révolution qui ne la concernait à priori pas. Il avait réagit avec fermeté, sinon avec violence, à cette première Intifada qui avait été déclenchée sous le gouvernement de droite de Yitzhak Shamir et qui s’est poursuivie sous celui du travailliste Yitzhak Rabin. Les premiers ministres estimaient qu’il fallait écraser la révolte avant qu’elle ne se propage mais ils s’étaient complètement trompés sur son origine. Ils ont imputé à tort à Yasser Arafat l’instigation de la révolte croyant qu’il voulait redorer son blason alors que les jeunes avaient agit d’eux-mêmes pour réveiller les consciences de leurs dirigeants corrompus. 

Intifada Al-Aqsa

 Ariel Sharon en visite au Mont du Temple
 
            La deuxième Intifada a été déclenchée dans la foulée des accords d’Oslo de 1993 qui avaient suscité beaucoup d’espoir mais qui avaient débouché sur un processus stérile puisque la situation sur le terrain n’avait pas évolué, à l’exception d’une certaine autonomie financière obtenue par la direction palestinienne. Cette deuxième révolte a été à l’origine de l’arrivée au pouvoir d’Ariel Sharon et, parallèlement, de la cassure du mouvement palestinien en deux entités antagonistes Fatah et Hamas. Elle eu pour conséquence d’inciter les israéliens à créer la barrière de protection et à multiplier les implantations chargées de mailler la Cisjordanie à des fins sécuritaires. 

Nouvelle donne à Gaza

 
 
La situation actuelle a changé car une nouvelle donne politique prévaut. La scission intervenue entre le Fatah et le Hamas neutralise leurs actions car la concurrence est haineuse mais stérile. Les données sur le terrain ont été modifiées. Le désengagement d’Israël en 2005 ne laisse pas entrevoir des troubles à Gaza car l’armée israélienne n’y est plus présente et les  implantations ont été évacuées. On imagine mal des manifestations de rues s’en prendre aux policiers islamiques qui contrôlent Gaza d’une main de fer parce qu’ils craignent que les troubles se répercutent sur le régime. On se souvient avec quelle violence la police a réprimé, en octobre 2012, une manifestation de l’Union générale des femmes palestiniennes qui exigeaient la fin de la division politique et un système démocratique respectant la liberté et la diversité des opinions.
Manifestation de femmes à Gaza
 
Ismaël Haniyeh est confronté à des difficultés économiques croissantes car il dépense en armement les sommes qu’il récolte et il doit par ailleurs absorber les conséquences de sa «victoire» de la dernière guerre. La désillusion envahit les combattants qui ont vu fondre une partie de leur arsenal, en vain, pour des résultats peu probants. D’ailleurs Khaled Mechaal a été appelé à la rescousse pour booster une population qui ne croit plus aux changements et qui souffre de plus en plus de la chape de plomb islamiste. Ses libertés sont rognées tandis que les belles paroles ne nourrissent plus les militants.
 

Cisjordanie sous perfusion
 

            Les cisjordaniens sont descendus dans les rues en septembre 2012 pour protester contre la vie chère et la hausse. L’agitation et les manifestations sont pratiquement permanentes en raison des problèmes économiques et du manque de crédit de l’Autorité palestinienne qui n’arrive pas à résoudre les problèmes quotidiens de la population. La police a pu canaliser l’agitation pour qu’elle ne se propage pas contre l’armée israélienne.
Manifestations violentes en Cisjordanie septembre 2012
 
        Certes des jets de pierre ont lieu quotidiennement sur des voitures ou des autocars circulant en Cisjordanie mais cela reste limité à quelques jeunes excités. Mahmoud Abbas, chef un peu oublié d’un parti en déréliction, ne peut pas faire de cadeau au Hamas en appelant sa population à manifester en masse. D’ailleurs des renforts de policiers sont dépêchés dans les villes de Cisjordanie afin d’éviter les troubles et limiter les risques d’une déflagration.
            La situation est prise cependant au sérieux par les dirigeants israéliens qui analysent  les scénarios probables et se préparent à toute éventualité en cas de déflagration. Les dirigeants palestiniens hésitent quant à eux, face au dilemme des trois approches possibles.
 

Trois approches
 

            La première est diplomatique. Le président Mahmoud Abbas auréolé par sa victoire à l’ONU souhaite se rendre aux États-Unis pour obtenir des américains leur implication plus directe et plus active dans le processus de paix. Plusieurs mois après l’arrivée de Barack Obama, la situation est figée tandis que la diplomatie américaine est mise en échec. Benjamin Netanyahou s’est opposé ouvertement au gel de l’extension des implantations israéliennes et n’a pas aidé le président palestinien à se prévaloir d’une quelconque avancée politique. La persistance du blocus de Gaza déconsidère Mahmoud Abbas vis-à-vis de ses compatriotes islamiques qui n’ont d’autre issue que de se tourner vers le Hamas.
            Le deuxième choix implique une résistance civile, non violente, prônée au cas où les palestiniens veulent éviter une rupture totale avec le gouvernement israélien qui repousserait alors aux calendres grecques tout espoir de solution permettant l’émergence d’un État palestinien. Les cessez-le-feu déjà expérimenté en Cisjordanie et nouvellement signé à Gaza ont pour avantage de ne pas porter atteinte aux conditions économiques de la population. Même si «l’occupation militaire est reconnue comme humiliante et difficile», l’amélioration des conditions de vie est réelle tandis que le monde arabe se satisfait de cette situation de ni guerre ni paix.
            La troisième approche reste la résistance violente, l’Intifada, au moyen d’attaques contre les militaires et les civils israéliens. Elle est minoritairement justifiée mais elle semble avoir la faveur des jeunes qui ne se satisfont plus d’une réaction timorée de dirigeants espérant un salut venu de l’étranger. Le Hamas, qui a fait la preuve de sa combativité à Gaza en s’opposant à la fois à la direction palestinienne et à Tsahal, récolte les fruits de son activisme. Le seul frein à cette option réside dans la dépendance vis-à-vis de l’économie israélienne car les palestiniens ont volontairement modifié leur structure sociale en réduisant le nombre d’agriculteurs au profit d’un prolétariat qui s’expatrie en Israël. Plus de 80.000 travailleurs palestiniens faisant vivre 200.000 familles traversent la clôture de sécurité pour travailler dans les chantiers israéliens.

Situation bloquée
 
            La situation politique est à présent bloquée et plusieurs signes annonciateurs donnent à penser que les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets. En 1987, un officier israélien avait été tué, des camps militaires avaient été attaqués, des émeutes avaient été déclenchées à différentes villes, des jets de pierre contre les véhicules se généralisaient et des barrages de pneus brûlés s’étendaient. Ce même type d’actions délibérées peut se reproduire aujourd’hui mais il sera circonscrit par la police palestinienne qui collabore avec les services de sécurités israéliens.
Il reste à analyser le caractère spontané ou non de ces incidents dans les territoires. Sauf à choisir le suicide politique ou à faire preuve de machiavélisme, le président Mahmoud Abbas n’a rien à gagner à susciter ces troubles car l’Intifada est une arme à double tranchant. Le soulèvement éveillerait les consciences des milieux internationaux sur la question palestinienne mais elle risquerait de délégitimer une direction palestinienne totalement discréditée au profit de nouveaux visages qui émergeraient et dont on ignorerait alors  la stratégie.
            Après l’expérience des révolutions, les pays arabes, la Jordanie en particulier, verraient d’un mauvais œil les flambées de violence se propager au delà de leurs frontières au moment où ils sont particulièrement inquiets de l’évolution de la politique guerrière de l’Iran. Ils accuseraient la main d’Ahmadinejad d’avoir trempé dans un éventuel déclenchement d’une troisième Intifada ayant pour but de détourner l’attention des occidentaux loin des usines de production nucléaire.   
            La volonté du gouvernement israélien d’intervenir rapidement et en masse pour éteindre le feu relève de cette analyse. Mais à l’inverse des années précédentes, l’État juif  pourrait difficilement étouffer dans l’œuf le mouvement nationaliste comme il l’avait fait à l’arrivée du Likoud au pouvoir. Il devra inventer une nouvelle stratégie de combat quand les germes d’un soulèvement sont de plus en plus visibles en Cisjordanie. Il risque d’être contraint d’agir plus vite contre l’Iran pour déstabiliser tous ses soutiens palestiniens.

 

4 commentaires:

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Pierre Spira,

Ce sujet de sémantique est un sujet qui a longtemps été débattu par les journalistes. L’article ne s’adresse pas aux juifs seulement mais à tous les lecteurs du monde entier (Google et ses statistiques font foi, même aux Emirats).

J’utilise donc le terme géographique international le plus compréhensible pour les étrangers.
Mais je pense que la terminologie n’est pas un argument politique et elle ne peut que susciter des espérances et pas des certitudes.

Si un jour la Cisjordanie est annexée par Israël alors nous lui donnerons le nom qui aura été décidé par la Knesset. Pour l’instant c’est un territoire sans existence étatique et seule la géographie permet de le situer.

Merci de votre commentaire.

kravi a dit…

Bonjour Monsieur Benillouche,
j'apprécie beaucoup votre hypothèse d'annexion.
Quelles zones ? Combien d'Arabes de Palestine à évacuer dans le cas -- hautement improbable -- où certains n'accepteraient pas de vivre en territoire démocratique ?

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Moi qui suis profondément laïc, j’ai été impressionné par Naftali Benett, sioniste nationaliste religieux, et son plan de paix pragmatique.

La zone A sous contrôle total d’Israël sera annexée. Les 48.000 arabes auraient trois choix : devenir israéliens à part entière comme ceux de Nazareth, avoir un statut spécial comme ceux de Jérusalem-Est, intégrer le nouvel Etat de Palestine.

Les zones B et C seraient réunies pour créer le nouvel Etat de Palestine avec obligation d’évacuer les petites implantations juives.
Possibilité de compenser les palestiniens par d’autres territoires et pourquoi pas Oum-El-Fahm et Taybe totalement arabes.

Je sais pour avoir interviewé hier un proche de Mahmoud Abbas que ce plan ne leur convient pas. Je crains aussi que les nationalistes israéliens attachés au dogme du Grand Israël n'y souscrivent pas.

Merci pour votre commentaire.

Hubert NATAF a dit…

Comme c'est écrit, les intifadas ne sont pas planifiées mais elles trouvent des possibiltées; l'incident ou des soldats israéliens s'étaient retirés plutôt qu'utiliser leurs armes aurait pu avoir des conséquences, sauf que l'organisation palestinienne n'a pas sauté sur l'occasion.