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jeudi 20 décembre 2012

UN «DUR» À LA TÊTE DE L'ÉTAT-MAJOR ISRAÉLIEN


 
UN «DUR» À LA TÊTE DE L'ÉTAT-MAJOR ISRAÉLIEN
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Cet article avait été écrit sur le site Slate.fr le 24 août 2010 alors que Yoav Galant venait d’être nommé chef d’État-major israélien. Sa nomination avait dû être annulée à la suite d’allégations selon lesquelles le général s’était approprié des terres publiques pour la construction de sa villa au mochav Amikam. Deux ans après, mieux vaut tard que jamais, le Conseil régional vient de laver de cette accusation Yoav Galant en statuant qu’il s’agissait d’une erreur dans le plan de construction.
Cette décision pourrait permettre à Yoav Galant d’être à nouveau candidat au poste de chef d’État-Major. Il ne serait pas le premier à retourner à l’armée après un passage dans le «civil». Ce fut d’ailleurs le cas de Gabi Ashkenazi et de Yaïr Naveh qui ont été rappelés après leur retraite à la vie civile.
Ce cas montre que certaines carrières peuvent être brisées sur une simple accusation non étayée.
L’article écrit à l’époque n’a pas pris une ride.






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 La villa Galant à droite

Coup sur coup, Benjamin Netanyahou vient d'envoyer deux messages contradictoires. Le premier de modération face au programme nucléaire iranien a été suivi d'une mise en garde claire à l'égard de Téhéran et également de Moscou et Washington.
La nomination plus rapide que prévue d’un nouveau chef d’État-major de l'armée israélienne est tout sauf anodine. Il s'agit d'un message fort adressé d'abord aux États-Unis et à la Russie. Des informations filtrent en Israël sur des négociations secrètes entre Russes et Américains qui expliquent le silence étonnant du premier ministre israélien après l'annonce de la mise en service du réacteur nucléaire de Bushehr. L’opinion israélienne s’attendait à une condamnation ferme et même à des mesures de rétorsion, mais l’absence de réaction tend à démontrer qu’Israël a les mains liées par Washington et Moscou. Benjamin Netanyahou a voulu immédiatement dissiper cette impression.
La modération face à l’initiative de Téhéran ne cadre pas avec la position du gouvernement israélien et de l'opinion du pays pour qui le programme d'armement nucléaire de la République islamique constitue une menace existentielle. Ni Washington et ni Jérusalem n’ont pourtant manifesté leur désapprobation lorsque les Russes ont commencé à charger les 163 barres de 80 tonnes de combustible dans le réacteur de Bushehr qu'ils ont construit. Ce processus de chargement va durer deux semaines en dépit des sanctions américaines et européennes et en dépit des mises en garde d’Israël.
Des informations d’origine israélienne révèlent que les russes et les américains ont tout fait pour dissimuler leur accord secret. En échange du vote par les russes des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU contre l’Iran, le Département d’État s’est engagé à mettre un bémol sur l’activation du réacteur et à faire une déclaration sur l’absence de «menace de prolifération».

Risque nucléaire

Israël considère que c'est une erreur qui coûtera cher, mais tient pour le moment à préserver des relations redevenues plus amicales avec l’administration Obama. Le risque est grand de permettre à l'Iran d'Ahmadinejad d'avoir à moyen terme une capacité de production de plutonium militaire. Les israéliens estiment que les engagements de l’Iran de renvoyer en Russie les barres de plutonium, pour retraitement, ne peuvent pas être pris au sérieux. Netanyahou avait été séduit au départ par la prétendue ligne dure du Kremlin mais déçu ensuite lorsque Sergueï Kirienko, chef de l’Agence russe à l’énergie atomique, a été envoyé inaugurer en grandes pompes la centrale de Bushehr. Moscou joue toujours son traditionnel double jeu au Moyen-Orient.
Les américains ont cherché à calmer les inquiétudes de Netanyahou en lui garantissant, selon le New York Times, que les Iraniens ne seront pas capables de fabriquer une bombe avant un an, mais le London Telegraph résume bien les questions en suspens et les doutes. De toute façon, cette perspective ne peut que renforcer les inquiétudes d’Israël et des pays arabes du Moyen-Orient qui considèrent la mise en service de ce réacteur nucléaire comme une étape significative vers l’obtention de l’arme nucléaire.
Pour justifier son silence auprès de son opinion publique, le premier ministre a confirmé que tout accord avec les palestiniens tiendrait compte de la sécurité d’Israël. Il a en particulier affirmé ses exigences en ce qui concerne la démilitarisation de l’État palestinien avec contrôle effectif de la vallée du Jourdain à la frontière jordanienne et occupation des crêtes des montagnes.

Message

Mais le message le plus fort envoyé en Israël et à l'étranger est la nomination du général Yohav Galant  à la tête de Tsahal. Il a fait carrière dans les commandos de la marine et n’attendra certainement pas février 2011, la date officielle de son entrée en fonction, pour s’installer aux commandes de l’armée. Cet homme fort qui commandait la région de Gaza n’aurait pas attendu décembre 2009 pour lancer l’opération «Plomb durci» et avait suggéré à son gouvernement d’intervenir une année plus tôt.
Le plan initial de l'opération de Gaza préparée par Yohav Galant était très différent de celui finalement adopté. Il prévoyait d’aller à la recherche des dirigeants du Hamas pour les extraire de la bande et les remettre entre les mains de l’Autorité palestinienne. Le gouvernement avait alors préféré une option moins radicale. Yohav Galant est un partisan de la manière forte. Il ne tolèrera pas de rester inactif si, d’aventure, des roquettes et des missiles se remettaient à tomber sur le sud d’Israël. Le gouvernement compte sur lui pour adresser un message clair aussi bien à la Syrie, à l'Iran et au Hezbollah qu’aux Américains et aux Européens.
Le profil de Galant est ainsi très différent de son prédécesseur Gabi Ashkénazi. Ce dernier était arrivé à la tête de l'État-major avec une réputation de baroudeur «golani» mais avait rapidement déçu par ses hésitations. Ashkénazi a certes réussi à réorganiser l’armée de terre après la déroute relative de la guerre du Liban de 2006, mais il a refusé de prendre des risques que prendra certainement son successeur. Les partisans de la manière forte avec l’Iran trouveront auprès du nouveau chef d’État-major une oreille attentive et sont convaincus qu’il sera capable de s’opposer habilement à l’administration américaine dans son approche vis-à-vis de l’Iran.
Yohav Galant est réputé pour être un homme de sang-froid qui sait faire preuve d’autorité et se faire obéir. Ceux qui le critiquent le trouvent arrogant et l’accusent de ne pas s'embarrasser pour éliminer ses rivaux. Il est fort probable qu’avec lui, aucune tête d’officier ne dépassera.
Le Premier ministre israélien compte quant à lui sur cette nomination pour apparaitre comme un homme capable de prendre des décisions difficiles.

 

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