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samedi 8 décembre 2012

SÉISME POLITIQUE EN ISRAËL


 
SÉISME POLITIQUE EN ISRAËL
 
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright ©  Temps et Contretemps

Amir Peretz, Tsipi Livni et Avraham Mitzna

                La surprise est la stratégie de guerre qui est la plus recherchée par les États-majors pour vaincre l’ennemi. Benjamin Netanyahou s’en est servi pour décider, à la surprise générale, la dissolution de la Knesset et la date des élections législatives anticipées au 22 janvier 2013. Il avait préparé dans le secret des alcôves son arme de choc avec la fusion des deux partis de droite : Likoud et Israël Beitenou du nationaliste Avigdor Lieberman. Il avait affuté par avance ses arguments pour terrasser ses adversaires qui en étaient encore à un scrutin prévu pour le quatrième trimestre 2013.





Campagne électorale courte

            Le premier ministre a ainsi pris de court les appareils politiques qui n’étaient pas prêts à entrer dans l’arène si tôt. C’est pourquoi, les cafouillages rencontrés à l’heure actuelle résultent d’un manque de préparation des politiques et d’un délai très court pour envisager les regroupements politiques. Tout a été improvisé avec l’impératif délai des dépôts de listes fixé au 6 décembre à 22 heures. Les alliances n’ont pas eu le temps de se sceller. Il n’est donc pas étonnant que l’on assiste à la surprise de voir le numéro 3 de la liste du parti travailliste, Amir Peretz, courtisé par le nouveau parti centriste «Tenoua» de Tsipi Livni. Cela pourrait ressembler en France au départ réél du socialiste Éric Besson vers l’UMP ou de celui imaginé de Benoit Hamon vers Jean-Louis Borloo.
 
La prise de Tsipi Livni est importante car il d’agit d’un homme politique qui a marqué le pays alors que ses origines marocaines pouvaient être un sérieux handicap dans un temps, pas lointain, où les rivalités de communautés étaient exacerbées par ceux qui refusaient aux séfarades l’accès aux affaires. Amir Peretz a dirigé la grande centrale syndicale, Histadrout, qui n’a pas été tendre avec les différents gouvernements libéraux de droite puisqu’il a suscité de sérieuses grèves qui ont paralysé le pays. Il a toujours milité au parti travailliste qui était devenu un parti élitiste car les originaires des pays de l’Est fermaient toute ascension politique aux séfarades. Peretz réussit à donner une image plus populaire au parti et à amener à lui toute une frange séfarade qui avait trouvé sans convictions refuge au Likoud.
Il a commencé sa carrière politique en tant que maire de Sdérot en 1983 ce qui devait le marquer lorsqu’il devint député à la Knesset en 1988 et surtout ministre de la défense en 2006 en pleine guerre du Liban car sa ville allait devenir le symbole de la patience d’une population contre les tirs de Quassam venus de Gaza. Les milliers de missiles qui tombaient tous les jours sur les villes israéliennes l’avaient incité à imposer aux militaires, qui le raillaient, un système de missiles anti missiles. L’État-major voyait en lui un ministre falot et incompétent parce qu’il ne sortait pas du sérail militaire. Et pourtant, contre vents et marrées et contre ses officiers supérieurs, il avait obtenu gain de cause pour lancer le développement de «dôme de fer» qui vient de prouver son efficacité à cette dernière guerre de Gaza.
Dôme de fer
 
Frictions politiques

Il n’était un secret pour personne que les relations avec la secrétaire du parti Shelly Yachimovich étaient tendues. Il lui reprochait de ne pas avoir doté le parti d’un programme précis, à la fois politique et économique. Le flou, qui entourait l’avenir du parti, l’inquiétait et lui donnait l’impression qu’il était volontaire pour ne pas hypothéquer l’avenir avec les autres partis de droite et du centre. Il voulait que le parti s’intéresse plus aux questions des défavorisés et des jeunes qui avaient manifesté  dans les rues de Tel-Aviv lors de la manifestation des tentes de l’été 2011. D’ailleurs, ayant constaté cette lacune, la secrétaire du parti travailliste s’est vite empressée, un peu tard, de diffuser son programme économique le 3 décembre en sachant que le drame couvait en coulisses.
 
 Il trouvait que Benjamin Netanyahou, par sa politique trop libérale, avait délaissé tout un pan de la population qui souffrait de la crise économique. Pour cela, Peretz craignait la réédition de l’option d’Ehoud Barak qui avait signé un accord de coalition avec la droite. Il avait donc exigé en vain du parti un engagement ferme et écrit de ne jamais rejoindre un gouvernement dirigé par le Likoud.
Il avait effectivement beaucoup de points communs avec Tsipi Livni qui affiche pourtant ouvertement son positionnement à droite mais, avec des idées avancées pour faire bouger les lignes. Elle avait martelé devant les médias qu’elle n’avait aucune intention de vendre son âme au Likoud et, elle avait présenté un programme axé sur la crise du pays. Peretz avait été séduit par les propositions  économiques de Tsipi Livni qui se veulent, selon elle, pragmatiques : «Israël doit adopter une politique prudente et conservatrice, éviter une augmentation inutile des dépenses publiques et soutenir les moteurs de la croissance, principalement les exportations industrielles et technologiques».
Manifestation contre l'injustice sociale

Mais elle garde quelques traces de son libéralisme puisqu’elle approuve la baisse des impôts, les coupes budgétaires, et la réduction des dépenses sociales. Elle veut développer  les investissements dans les infrastructures concernant l’éducation, l’énergie et le dessalement de l’eau. Elle propose, pour faire face à la crise actuelle, de soutenir les Pme avec de l’argent public, de développer les  crédits pour la recherche et  une réforme de l’assurance chômage.
Par ailleurs Amir Peretz trouvait son parti très timide et en retrait sur le processus de paix. Par ses positions pacifistes et son passé au mouvement «Shalom Archav», la paix maintenant, il fait partie des «colombes» qui souhaitent  dialoguer avec les palestiniens pour qu’ils obtiennent un  État. Il s’oppose à l’extension des constructions dans les implantations de Cisjordanie. Tsipi Livni avait souvent critiqué le premier ministre qui laissait «les discussions avec les Palestiniens dans l'impasse depuis quatre ans en raison de son intransigeance». Elle estimait que les palestiniens seraient contraints de reprendre les négociations lorsqu’Israël aurait cessé les constructions en Cisjordanie. Il fallait donc tenter de leur donner satisfaction. Elle se justifiait en prenant exemple sur les dernières négociations sur le cessez-le-feu avec le Hamas : «Tout est sens dessus dessous: un gouvernement qui négocie avec des terroristes et qui gèle tout dialogue avec ceux qui travaillent à empêcher les attaques».
Il n’est pas certain que cette nouvelle donne soit payante pour Tsipi Livni et qu’Amir Peretz draine avec lui de nombreux électeurs. En effet, il devra les convaincre que sa «trahison» n’avait pas de mobile personnel puisqu’il avait obtenu la troisième place de la liste du parti travailliste, certainement éligible à la Knesset, et qu’il ne s’agissait pas d’une fuite par dépit d’avoir été écarté.

1 commentaire:

Max Semory a dit…

Il y a certainement une animosite personnelle entre Shelly yehimovitch et Amir Peretz, lequel remonte cerainement a la coupure brutale entre eux, alors que Peretz l'avait parraine au parti travailliste..
Mais ce n'est certainement pas le motif du depart de Peretz, lequel est double:
D'abord, Peretz trouve Sheli trop a gauche, voire a l'extreme gauche;
Ensuite, a cause de ce marquage a un extreme et de sa relative inexperience politique,il ne lui donne aucune chance, ni de gagner les elections, ni de devenir premier ministre.
Alors,tout aurait probablement ete differentpu si la presidente du parti travailliste avait declare publiquement, que tout en maintenant une liste travailliste independante aux elections,le candidat travailliste au poste de premier ministre etait Tsipi Livni.