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samedi 8 décembre 2012

PALESTINE : LA POSITION AMBIGÜE DE L’AFRIQUE


PALESTINE : LA POSITION AMBIGÜE DE L’AFRIQUE
 
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright ©  Temps et Contretemps
 
 
L'Organisation de l'Unité Africaine 

Les pays africains n’ont pas eu une position unanime à l’ONU même si, majoritairement, ils ont voté pour la résolution reconnaissant à la Palestine le statut d’État "observateur non membre". A l’occasion du précédent vote pour l'admission à l’Unesco, huit pays africains avaient choisi l’abstention, en fait dans une sorte de vote négatif : le Burundi, le Cap Vert, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Rwanda, le Togo, l’Ouganda et la Zambie.
Pour le vote sur la Palestine, aucun État africain n’a voté «contre» mais cinq pays se sont abstenus : le Togo, le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Rwanda et le Malawi. Ces pays ont adopté une position courageuse car il est notoire que tous les «pays du Sud » avaient tendance à adopter les positions palestiniennes. Mais l’abstention reste un  moyen de refuser l’alignement à l’une ou l’autre des deux parties pour ménager l’avenir mais aussi, de se distinguer des positions des grandes puissances.
La position des africains est difficile dans la mesure où ils ne doivent pas s'alliéner les pays arabes. Ils s'évertuent par ailleurs à rechercher une position commune avec les pays de l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine). Il est risqué pour eux de faire cavalier seul ou d'afficher une prise de position pro-israélienne provoquante.   
 

Diversité des intérêts


Il était difficile pour les pays africains de voter contre la résolution car, en référence à leur propre histoire, ils ont toujours milité pour l’indépendance des pays du tiers-monde. Le ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman, boudé par l’Europe, avait décidé de réactiver les relations avec le continent noir où sa présence est appréciée. Il voulait créer une sorte de ceinture de sécurité amie autour des pays arabes, «l’alliance de la périphérie» prônée par David Ben Gourion. A l’occasion de ses visites au Kenya, au Ghana, au Nigeria puis en Ouganda, il avait profité de signer de nouveaux contrats économiques. Mais son objectif politique consistait à mettre en garde ses interlocuteurs africains sur le danger d’une nucléarisation de l’Iran qui risquait d’avoir des répercussions dans leur propre région.
Le roi du Maroc Mohamed VI, qui entretient des liens privilégiés avec Israël, s’est montré l’un des plus activistes dans la défense palestinienne car il voulait «mobiliser un soutien international aux démarches engagées par l'Autorité nationale palestinienne pour accéder au statut d'État non-membre».
Le président Salva Kiir à Jérusalem 
 
Dans la crise entre les deux Soudans, Israël avait pris fait et cause pour le Soudan-Sud avec qui il a d’ailleurs établi des relations diplomatiques et qui reçoit une aide militaire et matérielle de Tsahal. Immédiatement après avoir noué des relations diplomatiques à l’occasion de l’indépendance du Soudan du Sud, le 8 juillet 2011, son président Salva Kiir avait effectué, le 20 décembre 2011, une visite officielle de 24 heures en Israël. Cette première visite du chef du nouvel État avait été qualifiée d'«historique».
Les relations entre Israël et le Soudan du Sud ne datent pas d’hier. Les chrétiens du Soudan avaient déjà aidé Israël durant la Guerre des Six Jours de 1967 en s’opposant à l’armée régulière soudanaise qui voulait prendre part à la guerre. Les israéliens avaient ensuite  renvoyé l’ascenseur en soutenant les rebelles contre Khartoum, en les finançant et en les armant avec du matériel militaire récupéré à l’armée égyptienne vaincue. Les soudanais du Sud n’ont jamais oublié ce soutien et leur président l’avait rappelé à Jérusalem : «Sans vous, nous n’existerions pas».
A l’ONU, le ministre des Affaires étrangères du Soudan du Sud, Deng Alor Koul avait manifesté son soutien à Israël : «Notre pays a l’intention d’établir une ambassade dans la capitale d’Israël, à Jérusalem et non à Tel-Aviv comme le font la plupart des pays». Cependant pour le vote sur la Palestine, le Soudan-Sud n’a pas été jusqu’au bout de ses convictions puisqu’il ne s’est même pas abstenu.

 

Alliance chrétienne
Raila Oding à Jérusalem
 
Le premier ministre kenyan, Raila Odinga et le président ougandais Yoweri Museveni, qui ont fait une visite officielle en Israël, avaient exprimé leurs préoccupations au sujet de la montée en puissance des islamistes radicaux sur le continent, en particulier dans l'Est. Yoweri Museveni avait souligné que l'Ouganda était un pays chrétien pollué par l'islam radical tandis que Raila Odinga s’était montré inquiet de l'infiltration constante de radicaux islamiques de Somalie. Avec les encouragements du président Shimon Pérès et du premier ministre Benjamin Netanyahou, le premier ministre kenyan avait accepté d’être le maître d’œuvre d’une alliance entre l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie et le Sud-Soudan, alliance chrétienne, pour freiner la propagation de l’islam fondamentaliste dans les nations africaines, peuplées de 138 millions d’habitants, où existe une majorité de chrétiens.
Ces deux pays ont tenu à distinguer leurs intérêts avec la nécessité de soutenir les palestiniens malgré des liens économiques et militaires très étroits avec Israël. L’Ouganda avait prévu de voter «contre» pour conserver ses relations étroites avec Israël mais il a changé sa position en dernière minute car il ne voulait pas se distinguer  des autres pays de l’Union africaine pour garder une certaine cohérence : «Nous travaillons dans des groupes régionaux et, depuis que l'Union africaine a décidé à l'unanimité de se prononcer pour que la Palestine obtienne le statut d'observateur, l'Ouganda a préféré voter pour cette position».
Le président Faure Gnassingbé
 
En revanche le Togo ne pouvait faire moins que de voter contre. Le président togolais Faure Gnassingbé, en visite à Jérusalem le 28 novembre, avait confirmé son soutien sans faille : «Nous au Togo, nous sommes aux côtés de l’État d’Israël. Nous le sommes non pas par intérêt, mais parce que nous partageons les mêmes valeurs».
Le Burundi n’a pas confirmé le vote qu’il avait fait à l’Unesco alors que ce pays s’est éloigné de l’influence française pour se rapprocher des États-Unis et d’Israël.
Les services de sécurités israéliens sont très impliqués au Cameroun. Les problèmes de l’Afrique subsaharienne avec l’infiltration des terroristes de  l’Aqmi  rendent les problèmes de sécurité plus importants que ce vote à l’ONU. La coopération israélo-camerounaise est très forte sur un autre domaine. Une grande délégation avait participé au salon Agritech 2009 qui s’était tenu à Tel-Aviv. Les producteurs camerounais ont appris des israéliens les techniques modernes de production laitière, telles que l’insémination artificielle, l’alimentation du bétail, les soins vétérinaires, les coopératives. Par ailleurs, des accords de partenariat ont été signés dans le domaine de la production de Bio gaz, de fromage, de yaourt de l’utilisation de l’énergie solaire.
L’Afrique du Sud est restée fidèle à elle-même dans son soutien habituel aux palestiniens. Elle n’avait de cesse de critiquer la politique israélienne dans les territoires avec l’extension des constructions : «L'Afrique du Sud demeure vivement critique sur le mépris continu du gouvernement d'Israël qui refuse de mettre un terme à l'expansion des colonies illégales dans les territoires occupés en Cisjordanie palestinienne et à Jérusalem-Est, ce qui complique toute éventuelle reprise des négociations».
Tant que les pays africains connaitront des difficultés économiques, ils seront tributaires de l'or noir et des investissements arabes. Israël a intégré l'idée qu'ils n'ont pas une politique étrangère autonome.  

 

1 commentaire:

David a dit…

Tour d'horizon exhaustif des relations entre l'Afrique et israël...