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vendredi 14 décembre 2012

LA DIPLOMATIE ISRAÉLIENNE EN PANNE


 
LA DIPLOMATIE ISRAÉLIENNE EN PANNE
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright ©  Temps et Contretemps

Avigdor Lieberman avec Catherine Ashton

Il est une constante pour Israël d’avoir le soutien des chancelleries qui n’hésitent pas à cautionner des actions militaires qu’elles estiment nécessaires à la sécurité du pays. Ce fut le cas pour l’opération «pilier de défense». Mais invariablement lorsque les armes se taisent, la nature critique des occidentaux reprend ses droits et Israël se trouve cloué au pilori de la bonne conscience des bien-pensants. Dans une sorte de balancier politique, les esprits se tournent aussitôt contre Israël alors que les déclarations de Khaled Mechaal, constituant une déclaration de guerre, n’ont suscité aucune réaction occidentale. «Où sont les résolutions de l’ONU? Où est le président Mahmoud Abbas?» s’est d’ailleurs interrogé Benjamin Netanyahou.
 


Persona non grata

 

Il faut se rendre à l’évidence que la diplomatie israélienne est en panne et qu’Israël risque encore de connaitre un isolement qui rappelle les jours sombres suivant les victoires militaires israéliennes. Il n’est pas certain qu’Avigdor Lieberman soit à la bonne place à la tête de la diplomatie israélienne car il est difficile de la gérer quand on est tricard dans les chancelleries occidentales. Il a bien réussi dans le développement des relations avec les pays de l’Est et l’Afrique mais il est resté frileux avec les pays d’Europe.  Cependant toute décision de le remplacer aurait été interprétée par le parti «Israël Beitenou» comme un casus belli. La défense diplomatique d’Israël est donc laissée à l’initiative des ambassadeurs qui ne disposent pas du même poids politique. Il est vrai que son  appartenance à la droite nationale fait l'effet d'épouvantail alors qu'il pourrait être le seul à cautionner un accord de paix avec les palestiniens.

 
La diplomatie israélienne est dans l’impasse. Israël avait déjà essuyé un revers en janvier 2011 lorsque sept pays d’Amérique latine, ravis de faire un pied de nez aux États-Unis, le Brésil, le Chili, l’Argentine, l’Uruguay, la Bolivie, l’Équateur  et la Guyana ont reconnu officiellement l’État de Palestine dans les frontières d'avant 1967. Il s’agissait certes d’une décision symbolique car la reconnaissance concerne un État qui n’a qu’un drapeau mais qui ne dispose ni de frontières définitives, ni de monnaie, ni d’armée, ni de président élu, ni de gouvernement légal et qui est divisé en deux entités distinctes antagonistes: la Cisjordanie et Gaza. Mais l’idée a fait son chemin en gangrenant les esprits occidentaux.
L’Europe, quant à elle, semble prête à prendre des décisions irréversibles dans le seul but «d’augmenter la pression internationale sur Israël suite à l'effondrement des négociations de paix directes». Un diplomate européen a déclaré «qu’il y a une frustration croissante avec Israël après son refus de s’engager au maintien du gel des constructions dans les nouvelles colonies. La patience est à bout». La Norvège a relevé le statut de la représentation de l’Autorité palestinienne dans son pays en lui accordant celui de mission diplomatique. Enfin, le drapeau de la Palestine a été, hissé publiquement à la délégation de Palestine à Washington. Le porte-parole du département d'État a beau affirmer que  l'autorisation de lever le drapeau national palestinien sur la façade de la délégation n'impliquait pas un changement du statut de celle-ci, le résultat est perçu comme un encouragement à un État de Palestine.
 

Manque d’innovation
 


Le vote symbolique de la reconnaissance à l’ONU de la Palestine en tant qu’État non-membre disposant d’un rôle d’observateur a relancé la dynamique de l’Autorité palestinienne qui avait été pratiquement écartée des débats internationaux. La démarche de Mahmoud Abbas a été interprétée comme courageuse alors que personne, le Hamas en tête, ne croyait à une issue positive. Un courant  de sympathie pour celui que l’on croyait mort politiquement a conduit  les occidentaux à soutenir sa démarche en isolant implicitement Israël.
La réaction épidermique de Benjamin Netanyahou a été maladroite alors que la diplomatie israélienne n’avait pas fait preuve de courage ou d’innovation Sachant qu’il avait accepté le principe de «deux États pour deux peuples» et sachant qu’il avait contre lui une majorité automatique écrasante à l’ONU, il aurait pu couper l’herbe sous le pied des palestiniens en soutenant leur résolution symbolique pour prouver leur intransigeance dans la reprise de la  négociation. Il aurait alors eu un soutien international qui aurait dynamité toute réticence à l’encontre de l’État juif. La décision d’annoncer l’intensification des constructions et de bloquer les fonds perçus au profit des palestiniens a été considérée comme provocatrice pour les uns et un aveu de faiblesse pour les autres, voire de lâcheté en étranglant une Autorité au bord de l’effondrement économique. Cette décision a fait l’effet d’un boomerang qui a poussé l’UE à prendre des mesures spectaculaires en convoquant les ambassadeurs comme le ferait un proviseur avec son mauvais élève. Israël a perdu ses principaux soutiens en Europe, l’Allemagne en particulier avec l’exception de la  République tchèque.
 

Dramatisation déplacée

Merkel et Netanyahou 

La dramatisation voulue par Benjamin Netanyahou à Berlin de comparer la situation actuelle à celle qui prévalait au moment de la Conférence de Munich en 1938 ne faisait pas illusion. Elle a été contre-productive car l’usage de références nazies était excessive car sans rapport avec la situation du moment. Il a pris le risque de banaliser la Shoah. Mais ses propos   ont été trouvés judicieux par Avigdor Lieberman puisqu’il les a repris à son compte : «Beaucoup de dirigeants mondiaux sont prêts à nous sacrifier sans un battement de cils aux islamistes radicaux. Mais nous ne serons pas une deuxième Tchécoslovaquie».
Le ministre des affaires étrangères a fait ainsi une déclaration lourde de sens. Il a accusé l'Europe de suivre une politique hostile aux juifs à la suite de la condamnation par l'Union Européenne de projets de nouvelles implantations israéliennes : «Une fois de plus, l'Europe n'a pas tenu compte des appels à la destruction d'Israël. On a déjà connu cela à la fin des années 30 et au début des années 40 lorsque l'Europe savait ce qui se passait dans les camps de concentration et n'a pas agi». Il anticipait le risque d’éventuelles mesures de rétorsion contre Israël. L’UE avait en fait mis ses pas dans ceux de Khaled Mechaal qui s’était lancé dans un discours violent à Gaza en exigeant la totalité de la Palestine historique d’avant 1947 incluant Jérusalem.
            Il est fort probable que les partis politiques d’opposition vont exploiter dans la campagne électorale l’isolement supposé d’Israël en mettant en exergue l’incompréhension du monde à son égard. Ces thèmes ne sont pas nouveaux mais ils sont délicats à manier. Ils pourraient faire mouche si les électeurs s’inquiètent d’un extrémisme qui compromettrait les bonnes relations avec l’Europe et surtout avec l’allié américain. Les États-Unis montrent une certaine volonté de réviser leur position malgré leur opposition claire à la démarche palestinienne à l’ONU. Ils sont prêts à s’aligner sur les visions de l’Europe comme l’aurait confirmé Hillary Clinton à Catherine Ashton, haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères, en laissant sous-entendre que Barack Obama, libéré de ses contraintes électorales, allait s’atteler au dossier palestinien.
Des mesures, dans un premier temps douces, seraient engagées à l’encontre d’Israël pour servir d’avertissement. L’UE imposerait un étiquetage différencié des produits importés d’Israël pour distinguer précisément ceux qui proviendraient des implantations de Cisjordanie : «L’idée, c’est de montrer aux israéliens que leurs actes auront de plus en plus de conséquences, et que les colonies sont un boulet pour Israël. Cela pourrait passer par un boycott progressif des produits des colonies».

 
Tsipi Livni, du nouveau parti Hatnoua, qui n’a jamais caché son opposition à Benjamin Netanyahou, est incisive : «Israël est de plus en plus isolé. Les israéliens doivent changer d’opinion sur les colonies, comme je l’ai fait moi-même. Ces colonies ne nous offrent aucune sécurité. Or, c’est notre sécurité que nous devons mettre aujourd’hui au premier plan». La communauté juive américaine ne se veut plus inconditionnelle vis-à-vis d’Israël et elle l’a montré en dirigeant majoritairement ses voix vers Barack Obama malgré la mise en garde de Mitt Romney qui l’avait défini comme le «président le plus anti-israélien de l’histoire des États-Unis». Les russes montrent aussi une certaine impatience en réaffirmant «le droit inaliénable du peuple palestinien à un État indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale».
 

Exercice solitaire du pouvoir

 

L’opposition attribue ces échecs diplomatiques à l’intransigeance du premier ministre, adepte de l’exercice solitaire du pouvoir, qui maintient une position négative face aux palestiniens. L’opposition est inexistante parce que divisée; le parti travailliste gère sa convalescence tandis que l’opinion publique reste acquise en majorité au gouvernement. Elle considère que l’Autorité palestinienne refuse les concessions mutuelles indispensables pour trouver une solution définitive au conflit.
Les palestiniens vont certainement chercher à profiter de l’isolement diplomatique  de l’État juif en multipliant leurs doléances auprès des organisations internationales. Ils ont convaincu les représentants à l'ONU des pays arabes de déposer un projet de résolution condamnant la «colonisation israélienne». 
 
Moshé Arens

 
La diplomatie israélienne est en panne et cette situation est due au poids de la politique intérieure qui pèse sur les décisions sécuritaires. Elle met en évidence le peu de marge de manœuvre dont dispose le premier ministre puisque sa majorité dépend impérativement de la présence des nationalistes d'Avigdor Lieberman et des orthodoxes du Shass. Mais au terme d’élections sans enjeu et sans surprise, le gouvernement pourrait remédier aux lacunes diplomatiques en plaçant à la tête du ministère des affaires étrangères une personnalité consensuelle capable de raccommoder les fils rompus avec plusieurs chancelleries. Avigdor Lieberman pourrait alors donner le maximum de ses compétences au ministère de la Défense. Cela permettrait d’une part de supprimer la dualité conflictuelle entre deux généraux jaloux chacun de ses prérogatives, à l’État-Major et au ministère, et d’imiter les démocraties occidentales en plaçant un civil à la Défense pour bien marquer l’hégémonie du politique sur le militaire. Moshé Arens avait été l’un des meilleurs ministres de la Défense issu de la société civile.


Derniers développements

Avigdor Lieberman a décidé le 14 décembre de démissionner de son poste de ministre des Affaires étrangères en raison de la décision du procureur général Yehuda Weinstein de l’inculper d’abus de confiance. Il a justifié sa décision par son désir de se consacrer totalement à sa défense. Cela n’aura aucune incidence sur sa participation aux élections. Netanyahou a confirmé que si Lieberman était blanchi il aurait le choix entre trois ministères :  le ministère des Affaires étrangères, le Trésor ou le ministère de la Défense.

 

6 commentaires:

Fabien Ghez a dit…

je crois qu'il ne faut se faire aucune illusion sur le pouvoir de la diplomatie israélienne pour influencer tel ou tel pays. Elle aura presque toujours tort. La seule situation qui permettrait que les chancelleries, européennes notamment, aient une attitude plus modérée à l'égard d'Israël est que ce pays accepte les compromis que ces chancelleries exigent, y compris sur sa sécurité. Le poids historique des orientations diplomatiques et des choix des pays européens devraient plutôt inciter à la prudence. Ils n'ont pas été glorieux, ni pendant la première ou la seconde guerre mondiale, ni dans leurs attitudes vis à vis du bloc communiste. On le voit aussi dans la position d'une grande partie de l'Europe qui a voté pour l'adhésion à l'ONU en tant qu'observateur de la Palestine, avec en filigrane l'acceptation que cet état ait comme capitale Jérusalem-est. Or ces mêmes pays n'ont à aucun moment accepté l'idée que la capitale d'Israël soit Jérusalem. On le voit également dans la plupart dse décisons de l'UNESCO soutenues par une majorité de pays européens. Je peux comprendre que M. lieberman ne soit pas en odeur de sainteté, mais le changer ne résoudra rien. Seule l'apparence s'améliorera, mais rien sur le fond du dossier.
Les accords d'Oslo avaient amené des améliorations éphémères avec le processus d'Oslo car il donnait un grand bol d'air (notamment financier) aux Palestiniens et en faisant revenir Arafat de Tunisie renforçait son leadership. Le sujet est trop vaste pour le développer suffisament ici...

Jean a dit…

Bonjour M.BENILLOUCHE je viens de lire que Avigdor LIEBERMAN aurait démissionné .... Je suis surpris qu'un homme aussi avisé que vous des simagrées de la "communauté internationale" puisse paraître reprendre à son compte toutes ses doléances diverses et variées à l'encontre d'Israël en feignant de ne pas voir les dangers que court ce petit pays sous prétexte qu'il a une armée puissante ; on n'est jamais trop fort quand on est 6 millions entourés de 150 millions d'ennemis . Bien à vous .

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ Jean

La solidarité avec Israël n’empêche pas le droit à la critique qui, pour un israélien, est un droit démocratique reconnu. Les hommes politiques n’ont pas de statut divin qui les rend intouchables même quand des constatations sont étayées par des faits tangibles.

L’intérêt d’Israël impose d’avoir des relations diplomatiques avec tous les pays car nous ne pouvons pas vivre en autarcie, en Astérix juif dans notre village entouré d’arabes.

Si la critique n’est plus permise alors autant supprimer tous les partis politiques et n’en garder qu’un seul comme du temps de notre chère vieille URSS.

merci de votre commentaire.

andre a dit…

La critique est salutaire surtout pour évacuer les humeurs de ceux qui critiquent .
Mais il faut se souvenir de deux principes : ceux à qui le pays a confié les responsabilités ne sont pas forcément les moins doués de ce pays, et ceux qui parlent ou écrivent ne savent pas mais ceux qui savent se taisent.
Mais allez y camarades, à vos claviers ! C'est une saine thérapie .
André M.

Marianne ARNAUD a dit…

Loin de moi l'idée de vouloir m'imiscer dans la politique israélienne, mais, à la lecture, j'ai trouvé l'article de monsieur Benillouche très courageux, et, pour tout dire, je m'attendais aux réactions négatives qu'il soulèverait, qui dans une certaine mesure, sont compréhensibles.

Il ne me semble pas inutile, ici, de citer la déclaration prémonitoire de Ben Gourion aux chefs de l'armée le 4 avril 1957, rapportée par Alain Pierret, ancien ambassadeur de France en Israël, dans un article du Figaro intitulé : "L'existence d'Israël repose sur sa valeur morale" :

"Rester à Gaza, alors que le monde nous blâme et que s'y manifesterait du terrorisme que nous serions obligés de réprimer, ne cadre pas avec les capacités et avec les besoins vitaux d'Israël (...)

La condition de notre existence repose sur notre valeur morale : si aux yeux du peuple et du monde, nous perdons le droit moral à notre existence, Israël ne pourra survivre."

A mon sens, monsieur Benillouche n'a pas voulu dire autre chose.

Jean a dit…

@ J.BENILLOUCHE
loin de moi est d'empêcher de critiquer qui que ce soit , mais de là à parler d'URSS , parce que l'on ose essayer d'apporter un petit bémol à vos propos , il y a , me semble-t-il , une légère éxagération , car je persiste
à dire qu'il faut tenir compte du passé et qu'Israël vit dans un environnement plus qu'hostile . Je ne suis pas Israëlien , mais comme beaucoup , j'y ai une nombreuse famille , dont la majorité est favorable à B.NETANYAOU .
Je continuerai à vous lire avec plaisir .