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mardi 25 décembre 2012

ÉLECTIONS : ALLIANCES DE LA CARPE ET DU LAPIN


ÉLECTIONS : ALLIANCES DE LA CARPE ET DU LAPIN
 
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



L’ordre dans lequel les choses sont traitées dans les partis israéliens ne laisse pas d’étonner. On s’intéresse d’abord aux personnes au lieu de réfléchir au programme à appliquer au cours de la prochaine législature et aux éventuelles inflexions issues d’un débat ouvert par le jeu de courants d’idées. Les militants ont voté pour des listes de personnes sans savoir ce qu’elles avaient à défendre et sans connaitre ce qui les différentiait sur le plan des idées. Le programme est débattu à postériori, à un mois du scrutin, alors que les sujets de polémique ne manquent pas.








 

Projets du pays

 

Les électeurs doivent pourtant se prononcer sur les options politiques vis-à-vis du conflit israélo-palestinien, sur les projets économiques du pays, sur les mesures pour éradiquer la pauvreté et sur le nucléaire iranien. Mais rien n’a encore été dit à ce sujet car il s’agit souvent de sujets qui fâchent et qui divisent. Des candidats ont été choisis sur des listes de partis avec l’impression qu’ils n’ont pas leur mot à dire et qu’ils se plieront aux instructions de leurs leaders. A moins qu’ils ne soient désignés sur d’autres critères non politiques. Des sondages ont été publiés sur les intentions de votes d'électeurs qui ne connaissent rien aux fondements des différents programmes. Certains partis donnent l’impression d’attendre la stratégie de la concurrence pour "piquer" quelques idées novatrices. Alors on diffuse les programmes, taillés en découpe au fur et à mesure des indiscrétions.
Il est vrai que certaines alliances originales imposent de camoufler les programmes pour ne parler que des hommes qui font consensus. Or dans les élections occidentales, les idées priment sur la personnalité du candidat tandis que l’analyse personnelle et la lecture des programmes de tous les candidats sans exception motivent le choix final. Le bulletin de vote  n’est pas déposé au profit d’un homme mais au profit de certaines idées.
Au lieu de se combattre à coup de projets, les dirigeants des partis participent à une comédie de boulevard réductrice, et parfois à des scènes de ménage qui dépassent l’enjeu politique. L’idéal devient une denrée rare car, à droite comme à gauche, les candidats politiques sont exposés aux situations de conflit d’intérêt et aux tentations. Ils donnent l’impression qu’ils sont d’avantage motivés par un intérêt personnel plutôt que par la défense de l’intérêt général. L’exemple d’Ehoud Barak est éloquent car il a abandonné à leur triste sort les députés qui lui ont fait confiance en le rejoignant et qui se trouvent aujourd’hui orphelins sur aucune liste. D’autres  personnalités retournent leurs vestes au risque d’entrainer une crise de confiance et de mettre en péril le bon fonctionnement de la démocratie. Amir Peretz a quitté le parti travailliste pour les beaux yeux de Tsipi Livni qui n'avait pas encore tracé son programme. Il ne faudrait donc pas s’étonner si l’abstention, qui aggrave le sentiment de coupure avec la classe politique, devient le mode d’expression le plus développé.  
 
Contradictions
 

Or les programmes devraient inciter à mener une réflexion ambitieuse sur les institutions politiques et en particulier sur le mode de scrutin qui s’ouvre à toutes les compromissions. Les partis ont enterré la réforme du mode de scrutin qui favorise l’émiettement des voix et l’émergence de petits partis qui imposent une compromission dans le cadre de coalitions souvent hétéroclites. Le citoyen israélien doute alors de ses capacités réelles à exercer et exprimer son propre jugement et à mettre en place les conditions d’une vraie délibération.
A présent que les listes sont établies et que les alliances sont actées, les partis doivent à postériori déterminer la stratégie pour éviter les choses qui fâchent et pour neutraliser les dissensions. Ainsi l’alliance entre Likoud et Israël Beitenou est tellement pavée de contradictions qu’il est probable que le programme des deux partis sera  réduit à minima ou bâclé. Ainsi le discours de Bar Ilan de 2009 où Netanyahou confirma son option de «deux États pour deux peuples» risque d’être mis aux oubliettes pour ne pas indisposer les alliés d’Israël Beitenou opposés à la création d’un État palestinien. On ignore d’ailleurs quand la plate-forme du programme sera publiée d’autant plus que le programme du Likoud est considéré «anachronique et dépourvu de toute justification réelle de nos jour ».
Mais la fusion des listes a déjà été décidée alors que les contradictions foisonnent. Comment Netanyahou va faire oublier ses propos de 2009 où il déclarait : «Mes amis, nous devons déclarer toute la vérité ici. La vérité est que dans le domaine de notre patrie, au cœur de notre patrie juive, vit aujourd'hui une importante population de palestiniens à qui nous ne voulons pas imposer nos lois. Nous ne voulons pas leur imposer notre drapeau et notre culture. Dans ma vision de la paix, il y a deux peuples libres vivant côte à côte dans ce petit pays, avec des relations de bon voisinage et de respect mutuel, chacun avec son drapeau, son hymne et son gouvernement».
Il est fort probable que les dirigeants des deux partis feront preuve d’originalité en trouvant le moyen de se sortir de cette impasse qui risque de mettre en évidence que leur fusion  était un mariage entre la carpe et le lapin. Ces contradictions feront le bonheur de Naftali Bennet qui estime avoir des positions claires qui ne lui imposent aucune attitude alambiquée.
 
 

2 commentaires:

Arié AVIDOR a dit…

Merci pour cette analyse du génie de l'opportunisme - s'il m'est permis de paraphraser ainsi Chateaubriand - , cette "idéologie" qui prévaut de nos jours au sein de la classe politique israélienne.
Si au moins cet opportunisme pouvait se traduire le moment venu en pragmatisme face aux réalités nationales, économiques et internationales ...

Avraham NATAF a dit…

La démocratie est idéale mais ne vit pas dans la réalité des choses; l'électeur vote contre un candidat, l'émotion détermine son choix et il n'analyse pas.Les programmes électoraux changent avec les nécessités, les urgences ou les imprévus.