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mardi 25 décembre 2012

EGYPTE : CONSTITUTION POUR UNE MINORITÉ D’EXTRÉMISTES ISLAMIQUES


 
EGYPTE : CONSTITUTION POUR UNE MINORITÉ D’EXTRÉMISTES ISLAMIQUES
 
Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs
copyright © Temps et Contretemps

Bureau de vote en Egypte


Au lendemain du référendum, les Frères musulmans se sont empressés de crier victoire sans attendre les résultats officiels et répètent à qui veut les entendre que c’est démocratiquement qu’ils ont gravi tous les échelons du pouvoir et fait adopter une constitution ancrée dans la charia et les valeurs islamiques. Le problème est que la rédaction du projet de constitution, le processus qui a abouti au référendum et la tenue de ce dernier n’avaient vraiment rien de démocratique.
 





Rejet par l’opposition
 

L’assemblée constituante était composée en majorité de Frères musulmans et de salafistes, au mépris des dispositions de la constitution de transition; la plupart des membres non-islamistes et des représentants coptes avaient démissionné pour protester; six mois de discussions n’avaient pas abouti à un projet de constitution.  Alors  Morsi a tapé sur la table et un texte a été bâclé en moins d’une semaine. Ensuite, dans la déclaration présidentielle amendée du 9 décembre, le président égyptien a stipulé qu’aucun recours contre ce texte ne serait admis avant le référendum, ce qui était pour le moins curieux car on ne voit pas l’intérêt de faire appel après son adoption.
Quoi qu’il en soit selon des chiffres encore non officiels la participation au vote n’a pas dépassé 32% ; il y aurait eu 64% de OUI et 36% de NON. Quand bien même ces chiffres seraient exacts, ce qui est pour le moins douteux, cela signifierait que la constitution a été adoptée par 20% du collège électoral, soit 10,5 millions sur les 51 millions d’égyptiens dotés du droit de vote. Les égyptiens dans leur grande majorité sont restés chez eux ou ont voté contre.  On est loin du large consensus nécessaire pour affronter l’avenir de l’Égypte postrévolutionnaire. C’est une  constitution  minoritaire  pour une minorité d’extrémistes islamiques.
 
Le «Front de Salut National» qui regroupe pratiquement toute l’opposition – ce qui est d’ailleurs remarquable – a rejeté ces résultats et poursuit sa lutte contre le projet de constitution. Ses dirigeants, au premier rang desquels se trouvent Mohammed el Baradai, Amr Moussa et Hamdeen Sabahi, font état d’un nombre impressionnant d’infractions relevées durant le vote. Rappelons que la plupart des juges ayant fait grève pour protester contre les décrets de Morsi, la supervision des bureaux de vote était incomplète.  Selon le FSN on aurait retrouvé quantité de bulletins NON dans les toilettes ou dans des fossés; des bulletins auraient été marqués OUI avant leur introduction dans l’isoloir. Dans les quartiers où le NON avait des chances de l’emporter,  des bureaux de vote auraient ouvert leurs portes tard et les préposés auraient délibérément freiné le processus pour décourager les électeurs qui faisaient la queue à l’extérieur. 

Méthodes coercitives

Manifestation contre la constitution
Des barrages routiers auraient été établis autour des villages coptes pour empêcher les villageois  d’aller voter contre une constitution islamique. Mohammed El Baradai lui-même était resté chez lui, prévenu que des petits durs de la Confrérie l’attendaient devant son bureau de vote. Par ailleurs la campagne des Frères musulmans s’était centrée sur le motif religieux en violation des dispositions légales. Imams et personnalités religieuses avaient publié des Fatwas – décrets religieux – avertissant que  voter NON était un péché et une insulte à l’islam tandis que les prêches dans les mosquées menaçaient de la punition d’Allah ceux qui s’opposeraient à la constitution. 
On répétait qu’Israël abusait de la crédulité des gens et leur donnait de l’argent pour les faire voter NON.  Il faut encore ajouter la présence massive des Frères et de leurs militants autour et dans les bureaux de vote (en violation de la loi),  faisant  pression jusqu’au dernier moment au nom de l’islam sur de pauvres gens sachant à peine lire.  Bref, des centaines de recours ont été introduits et la proclamation officielle des résultats a été retardée.
Si en dernière analyse la constitution est quand même adoptée, ce ne sera pas une victoire pour la démocratie et d’ailleurs, on n’a pas vu de manifestations spontanées de liesse populaire devant la victoire de l’islam radical. Le pays reste profondément divisé. Le Front de Salut National appelle à la poursuite du combat pour le rejet d’une constitution visant à imposer la charia et pour l’adoption d’un texte prenant en considération tous les courants ; les manifestants de la place Tahrir et devant le palais présidentiel  sont invités à ne pas quitter leur poste.  

Pari perdu

 

Le président Morsi a perdu son pari. Il avait cru qu’une fois la constitution acceptée, il retrouverait une légitimité gravement remise en cause par la colère populaire et par les démissions successives de la plupart de ses assistants. De fait, les masses descendues dans la rue rappelaient souvent la lame de fond qui avait emporté Moubarak et les slogans qui réclamaient le départ de Morsi et rejetaient la domination islamique sur l’Égypte.
 
Le vice-président Mahmoud Mekki
 
Le vice-président Mahmoud Mekki, juriste éminent et ancien juge, a démissionné  au motif que «la politique était incompatible avec les valeurs qu’il avait soutenues en tant que juge» ; le bruit court que le gouverneur de la banque centrale a démissionné ; enfin le procureur général nommé par Morsi il y a quelques semaines a présenté sa démission, avant d’être «persuadé»  de la reprendre.
Pourtant Morsi s’accroche. La Confrérie ne cédera pas malgré la menace de nouveaux affrontements. Rien ne la fera dévier de son objectif : imposer la charia en Égypte, puis dans les pays d’islam et enfin dans le monde entier. Sa «victoire» est contestée par une partie importante de la population et la quasi-totalité des élites. Reste à savoir si l’opposition restera unie dans son combat contre les Frères. En effet rien n’est encore joué ; des élections législatives doivent se tenir dans les deux mois après la proclamation de l’adoption de la constitution.
L’opposition sera-t-elle en mesure de gagner ces élections, démontrant ainsi que le pays veut tourner la page des Frères ? Ces derniers, forts de leur présence à la tête de tous les rouages du gouvernement vont-ils au contraire peser de tout leur poids et user de tous les moyens pour retrouver une majorité au parlement ? Peut-être pas si facile compte tenu du marasme économique, de la disparition des touristes et de l’insécurité grandissante.
Christiane Lagarde du FMI et Morsi

 
Le prêt du Fonds Monétaire International dont l’Égypte a tant besoin n’est toujours pas débloqué, Morsi ne pouvant pas dans les circonstances actuelles appliquer le plan de réduire les subventions, qui sont la  condition sine qua non pour débloquer le prêt. Il faut  également noter que l’Occident semble enfin comprendre que Morsi n’est pas si pragmatique qu’il voulait le faire croire et que les Frères musulmans n’ont rien de modérés. Le ministre allemand des Affaires étrangères a été le premier à déclarer publiquement qu’il doutait  des résultats du référendum.

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