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lundi 17 décembre 2012

BARACK OBAMA : QUATRE ANS D’IMMOBILISME


 
BARACK OBAMA : QUATRE ANS D’IMMOBILISME
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright ©  Temps et Contretemps

Obama au Caire en 2009

Durant son second mandat, Barack Obama devra faire oublier ses quatre années d’immobilisme et prouver que son prix Nobel de la paix n’a pas été usurpé. A son arrivée, il avait suscité l’espoir d’un renouveau diplomatique et économique pour son pays mais ce fut un festival de poudre aux yeux. Il a géré l’illusion d’un changement dans la continuité.










Brouille arabe

Par son discours au Caire en 2009, il avait voulu améliorer l’image néfaste des États-Unis que George W. Bush avait laissée aux yeux des pays arabes en terminant deux guerres en Irak et en Afghanistan et  en s’attelant à une solution viable au conflit israélo-palestinien. Il était persuadé que son langage pacifique suffirait à convaincre l’Iran de stopper son programme nucléaire. Enfin sur le plan économique il avait pour objectif de réduire la dépendance des États-Unis du pétrole arabe en développant la production de gaz de schiste.  Tous ces projets furent marqués d’un échec retentissant pour un président qui avait la volonté d’innover.
 
Son second mandat ne donne pas l’impression qu’il  veuille éviter une autre série d’échecs. Il a été incapable d’empêcher l’opération «pilier de défense» qui avait pour but de briser les velléités du Hamas et son imprévision a dû dérouter en urgence la tournée asiatique de la secrétaire d’État Hillary Clinton pour l’amener au chevet  d’un conflit qui risquait de s’éterniser. Il a mis entre les mains de Mohamed Morsi tous les espoirs d’une médiation qui d’ordinaire relevait des seuls diplomates américains.
Il avait trop claironné que les américains voulaient être les amis des arabes qu’il en était arrivé à oublier qu’il avait un allié historique dans la région qui méritait autant ses faveurs. Il n’a pas songé à faire un détour du Caire vers Jérusalem pour expliquer ou justifier un éventuel plan de paix qui n’écornait en rien l’amitié entre les deux pays. Cette maladresse devait signer le début d’un malentendu avec Israël qui a toujours besoin d’être réconforté dans ses amitiés, à fortiori lorsque le président des États-Unis est à ses frontières. Un seul diplomate, le ministre des affaires étrangères français Couve de Murville, avait compris lorsque, arrogant, il avait apostrophé Aba Eban à la veille de la Guerre des Six-Jours par des termes révélateurs du changement de stratégie de la France : «le caractère des liens entre Israël et la France ne justifient pas que le Général de Gaulle vous tape sans cesse sur l’épaule pour vous rassurer».
Effectivement, Israël a en effet toujours besoin d’être rassuré dans ses amitiés. Mais parce que Barack Obama ne l’a pas compris il a été détesté par l’ensemble des israéliens, plus qu’aucun président américains ne l’a été dans l’histoire des deux peuples. Cependant, il n’a pas gagné pour autant la conviction des arabes qui l’ont traité avec réserve et méfiance sans qu’il ait pu les convaincre que le processus de paix moribond devait être réanimé. Ce désintérêt affiché pour Israël a entrainé les réticences de Netanyahou à son égard au point que Barack Obama a laissé percé son animosité en allant jusqu’à faire ses confidences au président français Nicolas Sarkozy sur une détestation mutuelle.

 

Victoire du Likoud

 

La victoire éclatante prévisible de Netanyahou aux élections de janvier 2013 avec son compagnon Avigdor Lieberman va envenimer des relations déjà tendues tandis que le virage à droite de la majorité de l’électorat israélien n’aura aucune incidence sur d’éventuelles concessions de la part d’Israël. Cependant  la réélection d’Obama le libère de toute contrainte électorale. Les lobbies pro-israéliens n’auront plus prise sur lui. Mais ce n’est pas pour autant qu’il pourra se tourner vers les palestiniens car l’équilibre des forces a poussé le centre de gravité vers les islamistes du Hamas qui ont le vent en poupe au détriment des laïcs du Fatah.  Le président Mahmoud Abbas,  discrédité dans son propre camp malgré sa victoire à l’ONU, n’arrive pas à présenter un plan original, ambitieux et courageux, capable de couper l’herbe sous les pieds de Ismaël Haniyeh ou Khaled Mechaal.
Cela pourrait tenter Barack Obama d’engager un dialogue avec le Hamas pour le convaincre de cesser sa politique suicidaire et de choisir la voie de la raison et du pragmatisme. Cette éventualité inquiète les israéliens qui risquent d’être marginalisés. Des dirigeants démocrates, marquant de plus en plus leur impatience à l’égard de Netanyahou, appuient ouvertement le lobby «J Street» qui gagne du terrain sur l’influent «Aipac». Des dirigeants républicains, historiquement toujours proches d’Israël, changent de bord jusqu’à appuyer le désaccord de Obama avec Israël. Mais la marge de manœuvre du président américain ne s’est pas pour autant élargie car les partisans américains de l’État juif veillent encore.
 

Suspicion

 Obama saluant le Roi d'Arabie

Le comportement de Barack Obama après les révolutions arabes reste suffisamment suspect pour qu’Israël soit réticent ou méfiant. L’abandon de Hosni Moubarak et l’actuelle exploration d’une main tendue aux Frères musulmans d’Égypte, qualifiés de «modérés» en référence aux salafistes d’Al-Qaeda, montrent une attitude alambiquée souvent faite de contorsions. Barack Obama a vanté les efforts de Mohamed Morsi dans la négociation d’un cessez-le-feu avec le Hamas mais s’est montré timide lorsque le même président s’est octroyé des pouvoirs dictatoriaux. Les républicains le traitent de naïf à vouloir négocier avec des islamistes, ennemis réputés de l’allié israélien. Cette naïveté lui a pourtant coûté l’alliance historique avec l’Arabie saoudite qui ne pardonne toujours pas le lâchage du président égyptien Moubarak. En fait Obama n’arrête pas d’avoir tout faux dans sa stratégie diplomatique.
Sa valse à deux temps dans le conflit syrien est le prototype d’une diplomatie hésitante manquant de conviction et de fermeté. Il refuse à la fois une intervention directe en Syrie et l’aide militaire aux rebelles, même s’il s’agit de soulager les populations civiles en faisant respecter, comme naguère en Libye,  une zone d’exclusion aérienne nécessitant au préalable de bombarder les défenses aériennes syriennes. Il s’est aligné sur la position européenne, sans conviction, pour reconnaitre l’opposition syrienne comme seule représentant légitime du peuple syrien. 
Patriot
 
En revanche, il a pris le risque de mécontenter les russes, qui y voient une provocation à leur encontre, en positionnant des systèmes de missiles sol-air à moyenne portée Patriot qui interdiraient aux avions de chasse syriens de s’approcher de la frontière turque. Mais en laissant perdurer un conflit, il donne le temps aux islamistes de s’organiser et de devenir les maitres de la Syrie, en cas de chute du régime de Bassar Al-Assad. Il n’a pas tenu compte des mises en garde du sénateur John McCain et des néo-conservateurs qui le pressent d’agir en Syrie.

 

Politique attentiste

 Khamenei et Ahmadinejad

Sa politique reste une politique timorée, attentiste consistant à voir les choses évoluer de loin avec le risque des les voir empirer. C’est d’ailleurs le cas pour le programme nucléaire iranien pour lequel les dissensions israélo-américaines sont flagrantes. Barack Obama commence d’ailleurs à être critiqué sérieusement au sein de son propre pays : «Il ne peut se permettre d'être le sixième président de suite qui ne parvient pas à faire la paix entre Israël et la Palestine, mais il ne peut pas être le premier président à laisser l'Iran obtenir une bombe nucléaire». Dans son deuxième mandat, il ne peut rester passif face à un danger de plus en plus irréversible. Mais il rêve toujours de négociations tortueuses vers un accord à minima auquel Israël ne croit guère. Il propose que les iraniens cessent d'enrichir de l'uranium au-delà de 5%, qu’ils envoient leur stock déjà enrichi à 20% vers un pays tiers en gardant une partie pour les besoins médicaux, qu’ils limitent les usines à  centrifugeuses sur un seul site et qu’ils signent un protocole additionnel prévoyant des inspections  par l’AIEA. Une rêverie de plus.
La naïveté de Barack Obama consiste à croire que l’Iran peut accepter de renoncer à construire sa bombe. Il est trop obnubilé à éviter une guerre qu’il n’entrevoit pas l’inanité de telles propositions. Depuis 2009, parce que le souvenir brûlant de l’Irak hante son esprit, les menaces d’une action militaire et les sanctions économiques restent vaines et stériles. Alors il met à présent tous ses espoirs sur un changement de gouvernance en Iran à l’occasion des élections présidentielles de juin 2013 qui pourraient voir le départ d’Ahmadinejad. Mais son erreur ultime est d’ignorer que le président n’est que le jouet des mollahs qui entretiennent l’illusion qu’il est le maitre d’œuvre alors que ceux qui sont aux manettes se trouvent aux côtés du guide suprême Khamenei.
Obama a essuyé des échecs au cours de son premier mandat mais il devra changer sa stratégie s’il veut laisser un souvenir marquant à ses concitoyens. A son arrivée il avait donné beaucoup d’espoirs  qui se sont estompés au cours de son mandat. Il lui reste quelques années pour modifier la pente qui donne pour l’instant la victoire aux islamistes de tous bords, à travers le monde.

 

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