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samedi 1 décembre 2012

VOTE À L’ONU SUR LA PALESTINE : TRIPLE ÉCHEC


 
VOTE À L’ONU SUR LA PALESTINE : TRIPLE ÉCHEC
 
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright© Temps et Contretemps


                Le vote à l’ONU du 29 novembre 2012 sur la Palestine est un vote au rabais car la résolution n’a pas été adoptée par le Conseil de sécurité mais par l’Assemblée générale qui a toujours représenté la bête noire d’Israël puisque les pays à pétrodollars régissent le comportement de la majorité de ses membres.
       Le président de l'Autorité palestinienne a obtenu une large majorité de 138 Etats, dont la France, pour sa demande de rehaussement du statut de la Palestine. Seuls neuf Etats ont voté contre la demande palestinienne, dont Israël, les Etats-Unis, le Canada, la république Tchèque, Iles Marshall, Micronésie, Nauru, Palau, et Panama.. Quarante et un pays ont choisi l'abstention dont une dizaine de pays européens parmi lesquels l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Bulgarie.  





Majorités automatiques 


Mahmoud Abbas et le secrétaire de l'Onu Ban Ki-Moon

Israël ne trouve jamais grâce parmi les États du globe qui jugent toujours les actes juifs de manière strictement négative. Il est rare que l’Assemblée manifeste quelques réactions d’assentiment à l’exception de la signature des accords d’Oslo en 1993 et du désengagement de Gaza en 2006. L’enceinte résonne toujours des multiples résolutions condamnant systématiquement Israël et des discours des délégués israéliens qui parlent dans le vide parce que les délégations arabes s’évaporent dans les couloirs de l’ONU.
        L’Assemblée Générale, avec ses résolutions «unanimes» votées par des majorités automatiques, a gardé ses habitudes de blâmer, de critiquer et bien sûr d’accuser Israël à chaque occasion qui se présente. Les mots ne sont jamais assez durs pour stigmatiser les méthodes israéliennes. Les diplomates juifs ont fini par être résignés car les gesticulations pacifiques et la volonté d’Israël de prôner une politique d’apaisement ne rencontrent jamais, en face, une acceptation réelle pour promouvoir la paix.
        Mais ce vote a bien eu lieu et, s’il n’apportera pas de changements notables, il représente un symbole qu’il est difficile d’ignorer. Cependant ce vote de l’ONU consacre trois échecs : l’échec des palestiniens, des nationalistes israéliens et des américains.

Palestine : Offre minimaliste

Les palestiniens ne sortiront pas tout à fait gagnants de leur démarche parce que la résolution ne crée pas un Etat palestinien. L’assemblée générale des nations leur offrira moins que ce qu’elle leur avait offert en 1947, à savoir un État arabe aux contours définis. Après avoir refusé la décision historique de 1947 et avoir consacré 65 années gâchées dans des guerres et des désillusions,  les palestiniens ont obtenu un strapontin à l’ONU, un statut d’État non membre observateur. Il est fort probable qu’ils attendront encore longtemps avant d’acquérir le statut d’État membre de plein droit tant qu’une paix définitive ne sera pas signée avec Israël.
La rupture avec le régime islamique de Gaza et le morcellement de la Cisjordanie en trois zones, disposant d’un statut militaire et politique différent, ne permettent pas de tracer des frontières internationales claires. Par ailleurs, le conflit de plus en plus violent entre le Fatah et le Hamas ne crée pas les conditions d’une réunification politique des deux territoires.
Mahmoud Abbas cherche en fait à redorer son blason à l’Onu en sachant qu’il a perdu toute crédibilité auprès de son peuple, lassé d’une politique stérile et de querelles internes, qui veut essentiellement l’amélioration de ses conditions de vie. A l’exception des acharnés de la kalachnikov, les palestiniens ont compris qu’ils n’avaient aucun espoir de détruire Israël et qu’il valait mieux s’ouvrir à la réalité de la vie.
Ecoliers qui manifestent leur joie dans les écoles de Cisjordanie
 
Le vote à l’Onu ne masquera pas la désillusion de ceux qui avaient misé sur des relations de paix avec Israël. Le leader du Hamas Khaled Mechaal, qui s’est rapproché des américains par l’intermédiaire du Qatar et qui a modéré ses positions politiques, tente de reprendre le leadership de l’ensemble du peuple palestinien. Il pourrait exploiter à son profit cette résolution de l’Onu pour écarter de la présidence de l’Autorité un Mahmoud Abbas fatigué et vieilli, à présent que son concurrent direct Ahmed Djabari a été éliminé par une opération ciblée israélienne.

Fin du dogme du Grand Israël

        L’échec des nationalistes israéliens est patent parce que la création d’un État palestinien n’est plus taboue en Israël. Les esprits ont évolué sur l’intérêt de moins en moins évident d’un État binational. Ce qui était chuchoté du bout des lèvres s’exprime ouvertement à travers tout le spectre politique israélien. D’ailleurs, le premier ministre cherche par tous les moyens à reprendre l’initiative en fusionnant le Likoud avec les nationalistes d’Avigdor Lieberman. Il veut garder ses électeurs en leur prouvant que sa politique se rapproche de celle des nationalistes d’Israël Beiteinou. Mais selon les sondages, cette opération risque de lui coûter des sièges aux élections du 22 janvier 2012 car le choix à droite devient réduit.

 
 
L’abandon du dogme du Grand Israël a été acté par Avigdor Lieberman lui-même. Dès 2011 et sous la pression internationale, le ministre des affaires étrangères israélien avait ouvert la porte à un État palestinien. Il s’était alors justifié en qualifiant son appartenance à la «droite rationaliste, qui estime que l’idéal sioniste n’est plus aujourd’hui accessible dans son intégralité mais qui sait quelles sont les intentions réelles des palestiniens et veut agir en conséquence sans se bercer d’illusions».
Son attitude est à présent partagée par l’ancien dirigeant du parti de droite Likoud et ancien premier ministre Ehud Olmert qui estime qu’il n’y a aucune raison à résister à l'initiative palestinienne : «Je crois que la demande palestinienne auprès de l'Onu est en harmonie avec le concept de base de la solution à deux États. Par conséquent, je ne vois aucune raison de s'y opposer ».
L’ancienne chef de l’opposition Tsipi Livni, qui vient de refaire son entrée en politique avec la création de son nouveau parti centriste «le mouvement», s’est montrée tout à fait en adéquation avec la demande palestinienne : «la défaite israélienne, inscrite dans l'offre de l'ONU, est le résultat d'un échec de la politique actuelle en cours. Le processus diplomatique avec les palestiniens est un intérêt israélien, afin de maintenir Israël comme État sioniste, juif et démocratique».
L’étoile montante des nationalistes religieux sionistes, ancien leader des implantations de Cisjordanie, Naftali Benett, millionnaire du high-tech, a pris une position iconoclaste en prônant l’annexion à Israël de la zone A de la Cisjordanie et le regroupement des zones B et C en un État palestinien indépendant. Il craint en effet que l’État d’Israël ne perde son identité juive en intégrant une population arabe, à moyen terme majoritaire.  Tous les partis de gauche ont bien sûr approuvé la demande de Mahmoud Abbas d’exister à l’ONU.
Enfin le ministre israélien de l'Environnement Guilad Erdan du Likoud fait une allusion claire à ce que pourrait être l’avenir de la Cisjordanie puisqu’il ne semble s’intéresser qu’à une portion minime de ces territoires :«Mahmoud Abbas ne peut sérieusement prétexter que les implantations juives sont l'obstacle à un traité de paix, car elles ne représentent que 4% de la Judée-Samarie»

Échec américain

Barack Obama  est aussi le grand perdant d’une opération qu’il n’a pas réussi à contrôler. Il s’était donné pour objectif de régler le conflit israélo-palestinien alors qu’à présent il n’a plus aucune prise sur les pays arabes. Il avait tout fait pour dissuader  Mahmoud Abbas de s’adresser à l’Onu, en proférant ses menaces économiques ; le Congrès avait d’ailleurs bloqué 200 millions d’aide à l’Autorité.
Mais le vote démontre son impuissance à peser sur la politique palestinienne. Il avait même cherché à «conseiller» à certains pays de l’Est, comme la Bulgarie ou la Roumanie, de s’abstenir lors du vote. Mesurant par avance son échec il avait demandé à son représentant à l’Onu de sauver la face des États-Unis en présentant un amendement à la résolution, prévoyant l’impossibilité pour les palestiniens de recourir à la CPI (Cour Pénale Internationale). En fait, il n’a fait que renforcer l’intransigeance de Mahmoud Abbas qui y a vu un moyen de se rehausser auprès des pays arabes et de l’opinion internationale. Le président de l’Autorité a été conforté dans sa position par les évènements de Gaza qui ont poussé  plusieurs pays européens à soutenir la résolution.
Barack Obama n’a jamais réussi à relancer le processus de paix et son représentant au Proche-Orient George Mitchell avait dû tirer ses propres conclusions en démissionnant de sa mission. Selon les pays arabes, le président américain avait acquis une image trop pro-israélienne pour pouvoir arbitrer le conflit.
D’ailleurs sa dernière prise de position officielle en faveur des bombardements de Gaza ont convaincu Mahmoud Abbas qu’il devait aller jusqu’au bout. Barack Obama avait pourtant exprimé sa volonté d’écarter le Hamas de la scène internationale mais, en vain, car les islamistes sont sortis gagnants du processus diplomatique du cessez-le-feu qui leur a donné une reconnaissance internationale. Les américains, qui voteront «non» avec les canadiens, vont se sentir très isolés à l’Onu et ce vote leur fera perdre pied auprès des pays arabes.
La résolution du 29 novembre 2012 fera certainement date dans l’histoire palestinienne mais les trois échecs qu’elle a suscités risquent de compliquer la situation car les trois protagonistes voudront en surmonter les conséquences.

 

1 commentaire:

David a dit…

M. Benillouche, je me suis toujours posé la question :
Pourquoi les Iles Marshall et la Micronésie votent systématiquement en faveur d'Israël ?