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vendredi 9 novembre 2012

NETANYAHOU : LE MAGICIEN POLITIQUE


NETANYAHOU : LE MAGICIEN POLITIQUE
 
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright© Temps et Contretemps



             Il faut reconnaitre à Benjamin Netanyahou une capacité exceptionnelle à faire bon usage des médias. Bien sûr, il a été élevé à l’école américaine et il a appris à relancer le soufflé avant qu’il ne retombe. En fin politique, il sait préparer son opinion publique et l’opinion internationale en laissant planer le suspense sur ses décisions et sur ses déclarations.  






Élections anticipées 

 


La première surprise a consisté à avancer la date des élections au moment où les partis, qui préparaient leur stratégie de marchandage,  ne s’y attendaient pas. Dans le secret le plus absolu, il a frappé un grand coup en annonçant la fusion des listes du Likoud et d’Israël Beiteinou. Le coup de tonnerre aurait été comparable en France à l’annonce de la fusion de l’UMP et du Front National. D’ordinaire il confie à ses proches collaborateurs le soin de laisser filtrer quelques informations pour donner du grain à moudre aux  commentateurs et pour tester la réaction de l’opinion. Mais pour sa dernière décision, il a voulu marquer les esprits à la veille d’élections sans véritable enjeu politique puisque Netanyahou n’a pas d’adversaire à sa mesure.
 
On comprend mieux à présent la motivation du numéro 2 du Likoud,  Moshe Kahlon,  qui avait été mis dans le secret et qui, en tant que militant attaché aux valeurs sociales, n’a pas voulu cautionner cette dérive nationaliste du Likoud. Il a préféré ne pas se présenter aux élections. Netanyahou donne ainsi l’impression de douter face au vide de l’opposition et il a besoin d’assurer une majorité large pour garder son poste de premier ministre sans passer par les palabres et les négociations d’alcôves. Il aimait se qualifier comme le jumeau de Sarkozy parce qu’il s’inspirait de ses méthodes mais il ne semble pas avoir retenu la dernière leçon de la fusion de la droite française en une seule entité, l’UMP, qui a perdu les élections parce que les électeurs n’avaient plus de choix large dans la même famille.
Il est conscient qu’il aura à résoudre quatre problèmes principaux qui nécessitent une majorité élargie, forte et soudée qui ne le lâche pas en cours de mandat : la situation économique critique, le sort du processus de paix avec les palestiniens, les relations avec les américains et les mesures pour contrer le nucléaire iranien.  Mais il faut se rendre à l’évidence que, pour aller au bout de son nouveau mandat, il dispose de capacités étendues d’illusionniste en excellant dans l’art de prôner un changement minimal dans la continuité. Il sait que les israéliens l’aiment parce qu’ils se sentent réconfortés par ses interventions en pleine incertitude iranienne. 

Rigueur économique
 

Netanyahou n’a pas fait preuve d’originalité économique durant son mandat. Il a poursuivi son programme qu’il avait déjà mis en place en 2003, à bases de mesures de rigueur. Bien que l’économie israélienne ait connu une croissance de 4,7% en 2011, le FMI a précisé qu’Israël avait l’un des taux de pauvreté les plus élevés des 35 membres de l’OCDE. Certes la pauvreté touche surtout les arabes et les juifs ultra-orthodoxes. Mais la classe moyenne est aussi touchée par les prix élevés de l’immobilier et par l'augmentation du coût de la vie. Les manifestations des «tentes» de l’été 2011 n’ont pas été suivies d’effet, à l’exception de l’augmentation de 5% de l’impôt sur les plus-values boursières et de 1% de l’impôt sur les sociétés et de l’école gratuite à partir de trois ans. Toutes ces mesures ont été compensées par  une coupe de 4% dans les  dépenses. Mais les prix sont à nouveau à la hausse dans les supermarchés qui profitent d’une situation de monopole. La justice sociale est ainsi toujours à la traine.
Le budget de 2013 avait été préparé avec des coupes drastiques dans certaines dépenses et  pénalisait les classes défavorisées, déjà fortement touchées par la rigueur. C’est pourquoi Benjamin Netanyahou, qui savait qu’il n’obtiendrait pas une majorité à la Knesset, a préféré avancer la date des élections au 22 janvier 2013. Mais il est probable qu’il ne lancera pas sa campagne électorale sur les sujets économiques, qui ne font pas consensus, mais plutôt sur les risques sécuritaires que fait planer le nucléaire iranien.
Ce revirement politique explique le départ brutal de l’étoile montante du Likoud, Moshe Kahlon, très sensible à ménager ceux qui souffrent face à une classe de privilégiés de plus en plus riches. Une vingtaine de famille, à l’image des oligarques russes, contrôlent l’économie du pays, sans partage et sans solidarité, tandis que la politique de rigueur matraque les plus faibles. Le premier ministre n’a apporté aucune nouvelle solution économique, hormis le maintien de sa politique libérale.  

Problème palestinien éludé 


Benjamin Netanyahou avait lancé un écran de fumée dans son discours du 14 juin 2009 à l’Université Bar Ilan où ses bonnes paroles étaient censées apporter une révolution dans le concept israélien des relations avec les palestiniens. Les médias avaient été mobilisées pour un discours qui devait être historique mais qui ne comporta que des propositions réchauffées, doublées de conditions que les palestiniens ne pouvaient que refuser. Son appel sonna creux : « Voisins palestiniens, commençons les négociations immédiatement, sans conditions préalables ». Mais pour le cas où ses partisans nationalistes auraient interprété ses propos comme un changement de stratégie, il avait complété son propos par une explication de texte implacable : « Les palestiniens doivent reconnaitre Israël comme l’État du peuple juif » et enrobé son idée d’État palestinien en le décrivant comme une entité «démilitarisée ayant certes son drapeau et son hymne mais Jérusalem restera la capitale indivisible de l’Etat d’Israël »
            En fait Benjamin Netanyahou songeait à un État palestinien croupion doté d’une autonomie interne réduite aux acquêts : pas d’armée, pas d’aéroport, pas d’armes de guerre, pas d’alliance avec les ennemis d’Israël ou les milices islamistes. Il avait clairement accepté le principe de "deux Etats pour deux peuples" avec un Etat palestinien démilitarisé. Mais au sujet des réfugiés d'avant 1948, il ne donnait qu'une seule alternative : «Le problème des réfugiés doit être résolu hors des frontières d'Israël». Mais pour maintenir ces propositions à l’état de projet irréalisable, il a donc besoin de la caution de la droite nationaliste d’Avigdor Lieberman qui consolidera l’intransigeance israélienne. Il a marginalisé le président de l’Autorité palestinienne qui s’est retrouvé isolé parmi les siens et qui a subi un échec net aux élections municipales du 20 octobre 2012. 

Relations israélo-américaines 

            Le premier ministre fait preuve d’expertise dans l’art de cultiver l’illusion. L’illusion d’avoir changé ; l’illusion ne n’avoir pas plié devant les exigences américaines ; l’illusion d’avoir fait des concessions extrêmes aux palestiniens et l’illusion de croire à l’émergence prochaine d’un État palestinien aux côtés de l’État israélien.
            Son positionnement anti-Obama a agacé plus d’un politique israélien qui acceptait mal de brader la seule amitié réelle avec le pays qui a toujours fait preuve de solidarité, au Conseil de sécurité en particulier. Son antagonisme permanent donnait l’impression qu’il masquait  une stratégie bien huilée. En fait, il a cherché à anesthésier l’opinion internationale pour l’amener à considérer le problème palestinien comme secondaire devant le danger de déflagration en Iran. Il n’avait aucune intention de favoriser une solution politique et il a habilement utilisé le nucléaire iranien pour bloquer toute évolution. Il a en particulier sacrifié l’amitié israélo-américaine en fustigeant le comportement de Barack Obama, jugé par lui faible face à l’Iran, pour bloquer les pressions occidentales de plus en plus fortes pour la réactivation du processus de paix moribond. La crainte de voir les troubles se propager dans la région et le risque qu’ils font courir sur les approvisionnements pétroliers laissent les mains libres à Netanyahou pour se hâter, lentement. Le renfort de Lieberman lui permettra de résister aux pressions d’Obama  qui n'aura plus les contraintes de sa réélection pour imposer sa propre vision du Proche-Orient.  

Iran
 

            L’Iran a hanté son mandat sans que le problème ait réellement avancé d’un pouce à l’exception du retard pris par le programme nucléaire par l’action des virus Stuxnet et Flame. Il donne l’impression d’être un premier ministre fort, avec le doigt sur la gâchette, alors que les ennemis d’Israël se sont renforcés durant les sept années de son mandat. La dissuasion militaire israélienne a pris un coup quand on constate les agissements de l’Iran à Gaza par Djihad islamique interposé et quand Nasrallah nargue Israël avec son drone.
            Il fustige la position des américains sur le nucléaire iranien alors que l’Iran a accumulé suffisamment d’uranium enrichi pour fabriquer cinq bombes nucléaires sans craindre une quelconque attaque. Les services de renseignements annoncent le premier essai nucléaire iranien pour 2013 tandis que l’Iran provoque ouvertement les forces de Tsahal en installant en toute impunité aux frontières les brigades Al-Qods des Gardiens de la révolution au Liban et à présent ouvertement en Syrie. Le Hezbollah a stocké 60.000 missiles et roquettes pouvant atteindre toutes les régions d’Israël. Le Djihad islamique parvient à dominer le Hamas à Gaza par des actions terroristes contre Israël en utilisant les dizaines de milliers de roquettes reçues d’Iran et de Libye et en s’associant aux cellules salafistes d’Al-Qaeda au Sinaï.
            Le premier ministre fait illusion lorsqu’il affirme: «Nous avons rétabli la sécurité des habitants d'Israël, pris des mesures fermes et abandonné la politique de retenue». Les habitants du sud d’Israël viennent encore de faire l’amère expérience. Or les iraniens continuent à équiper et armer le Hezbollah qui se trouve à présent doté de drones capables de parcourir 2.000 kms. Il est à craindre que l’iranien Khamenei et le libanais Nasrallah ne soit amenés à modifier la donne politique pour tester la doctrine de la ligne rouge du premier ministre israélien et pour mesurer sa capacité d’action. L’aide du nationaliste Avigdor Lieberman lui sera donc précieuse pour calmer les militants qui exigent de lui une action brutale contre Gaza et contre l’Iran ou pour temporiser en attendant le résultat du dialogue diplomatique.

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