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vendredi 16 novembre 2012

L’ÉGYPTE ET LA NOUVELLE COLONNE DE NUÉE par Zvi MAZEL


L’ÉGYPTE ET LA NOUVELLE COLONNE DE NUÉE
 
Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs
copyright © Temps et Contretemps


Khaled Mechaal et Ahmed Djabari

L’Égypte  n’a pas perdu de temps pour prendre  des mesures de représailles après  la liquidation de l’homme fort de Gaza, Ahmed Djabari. Morsi a rappelé  son ambassadeur  en Israël, pour consultations ou pour une période indéterminée,  tandis que l’ambassadeur d’Israël au Caire était convoqué au ministère des Affaires étrangères pour se voir remettre une vive protestation. Le président égyptien a également demandé au secrétaire général de la Ligue arabe de réunir d’urgence les ministres des Affaires étrangères des pays arabes pour débattre de «l’agression criminelle israélienne à Gaza» et donné instruction à son représentant aux Nations Unies d’exiger la réunion immédiate du Conseil de Sécurité.









Pas de menaces

 
Ambassadeur égyptien Atef Said El-Ahl

Il a donc usé de l’arsenal diplomatique classique pour signifier l’étendue de son mécontentement tout en prenant soin de ne pas aller plus loin à ce stade. Il n’y a pas eu de menace de rupture des relations ou d’atteinte au traité de paix. Morsi a tout de même demandé au président américain de faire pression sur Israël pour mettre fin à «l’agression» mais s’est heurté à une fin de non recevoir ; l’Amérique ayant fait savoir qu’Israël avait le droit de faire usage de la légitime défense.
L’Égypte n’a pas vraiment de raison de contribuer à une  nouvelle détérioration de ses relations avec Israël qui sont au plus bas depuis l’avènement d’un président qui se montre incapable d’appeler son voisin par son nom.  Il n’y a aujourd’hui aucun contentieux entre les deux pays et, seuls le fanatisme islamique et le soutien aveugle aux palestiniens  expliquent ce triste état de choses. Morsi sait très bien qui a déclenché les combats cette fois ci - comme les fois précédentes - mais la solidarité islamo-arabe exige une «réponse égyptienne appropriée» afin de montrer à l’opinion publique égyptienne et arabe que les Frères musulmans sont fidèles à leur hostilité traditionnelle envers Israël.
Et puis le nouveau président égyptien se doit de faire plus que son prédécesseur Moubarak, lequel avait rappelé son ambassadeur plusieurs fois – notamment lors de l’opération «Paix pour la Galilée» et lors de la seconde intifada. Ce rappel d’ambassadeur risque de devenir routinier et de perdre toute signification.  De fait, sauf intervention d’un élément nouveau majeur, on peut prendre le risque de prédire que l’Égypte n’ira guère plus loin et ne cherchera pas à envenimer davantage les relations. La coopération sécuritaire – la seule qui reste – va se poursuivre. Ce qui n’empêchera pas les diatribes virulentes contre Israël et le sionisme et les manifestations monstres place Tahrir. Le Guide suprême de la Confrérie des Frères Musulmans a appelé «un million» de fidèles à venir faire entendre leur colère après les prières du vendredi ; le cheikh d’Al Azhar a ajouté sa condamnation pour ne pas être en reste.

Lutte contre l’extrémisme

Logiquement Morsi n’a pas de raison d’encourager l’extrémisme, à moins de vouloir hypothéquer l’avenir de son pays au profit du fanatisme islamique. Jamais l’Égypte n’a été dans un état aussi catastrophique et le peuple désespère de voir son sort s’améliorer enfin. Le président égyptien apparait débordé par les événements. Il n’arrive pas à amorcer un redressement économique, se montre incapable de mettre fin a la longue grève des médecins – du jamais vu en Égypte. Il n’arrive même pas à faire terminer le projet de constitution. Cinq mois après son élection, il n’est que trop évident que le président – et la Confrérie – ne savent pas où ils vont et n’ont aucune idée de la façon dont il faut aborder les problèmes économiques.
Alors il navigue à vue, essayant telle ou telle mesure – par exemple ordonner la fermeture des commerces et des cafés de bonne heure pour faire des économies d’électricité, avant de revenir sur sa décision devant le tollé provoqué. Des dizaines de grèves plus  ou moins sauvages paralysent la production et le gouvernement semble perdu au point que des voix s’élèvent pour demander sa dissolution. Les forces libérales et les forces laïques montent au créneau pour combattre les tentatives des islamistes qui cherchent à imposer la charia par la constitution et des personnalités de premier plan comme El-Baradei et Amr Moussa ont démissionné de l’assemblée constituante  en guise de protestation.

Économie d’abord

Le fait est que, pour pouvoir s’occuper de l’économie et lutter efficacement contre le terrorisme au Sinaï, Morsi a besoin  non seulement de la coopération sécuritaire avec Israël mais encore de calme à la frontière entre les deux pays. Il n’a en effet pas réussi à s’entendre avec le Hamas pour mettre un terme à l’infiltration de militants djihadistes au Sinaï. Son armée peine à s’imposer et subit elle-même les assauts des djihadistes qui attaquent quasi quotidiennement postes de police, barrages routiers et même patrouilles militaires. Morsi en est réduit à essayer de négocier avec les djihadistes de Gaza pour trouver une solution.
La crise actuelle ne pouvait arriver à un plus mauvais moment. Le président égyptien n’a pas encore suffisamment assis son autorité pour forcer le Hamas – qui est après tout une filiale de la Confrérie – a accepté un compromis ; pourtant il sait qu’il est impératif de parvenir à un cessez le feu honorable le plus rapidement possible. Les discours enflammés vont se succéder mais il est clair que de dures négociations ont été entreprises en coulisses avec le Hamas qui a compris, mais un peu tard, qu’il était allé trop loin et qu’il en subissait les conséquences. Morsi a fait rentrer d’urgence le chef de ses services de renseignement qui était en visite en Turquie, et l’a chargé  de faire la navette entre Israël et le Hamas.

Tout laisse espérer qu’une solution sera trouvée et que le Hamas acceptera un cessez le feu après avoir proclamé qu’il a infligé suffisamment de pertes à Israël pour le faire la tête haute. Enfin, presque tout laisse à penser  car, dans le climat lourd de haine qui règne aujourd’hui, on peut toujours craindre que la raison soit balayée comme un fétu de paille, laissant libre cours aux passions les plus destructrices.

2 commentaires:

David a dit…

Comme le dit si bien Zvi Mazel, dans cette région, il faut tenir compte du facteur "irrationnel".
C'est bien pour cette raison qu'il est si difficile de faire des prévisions !

Hubert NATAF a dit…

Est-ce un piège tendu à Israël pour l'amener à envahir Gaza. Le Hamas s'en fout des ses citoyens, il est dirigé par un Ahmedinijad qui ne rêve que d'apocalypse