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samedi 3 novembre 2012

FRANÇOIS HOLLANDE S’ENGAGE AU LIBAN



FRANÇOIS HOLLANDE S’ENGAGE AU LIBAN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
Michel Sleimane et François Hollande à Beyrouth



            Le président français va à la rencontre des libanais au moment où leur pays est plongé dans la tourmente après l’attentat sanglant du 19 octobre qui a coûté la vie au général Wissam Al-Hassan, chef des renseignements des forces de sécurité intérieure (FSI). Selon la présidence libanaise : «Le président Hollande fera une visite de quelques heures, tôt dimanche, et partagera un petit déjeuner avec son homologue libanais Michel Sleimane avant de tenir un point de presse». Il est probable que la durée limitée de la visite soit due à un planning serré et aux contingences sécuritaires mais l’impact symbolique de la rencontre sera à la hauteur des réalités de la région. 
François Hollande avait reçu, le 12 septembre 2012 à l’Élysée, l’ancien premier ministre libanais Saad Hariri pour un entretien sur la situation en Syrie et au Liban et il avait alors confimé qu’il continuait de soutenir l’opposition syrienne «contre un régime qui massacre son peuple et commet ainsi un génocide». Le président français avait ainsi pris une position ferme contre la Syrie. 





Saad Hariri et François Hollande

Soutien français

Saad Hariri était venu demander l’aide de la France pour l’unification de l’opposition syrienne qui constituerait selon lui «un espoir pour ce pays et son peuple qui souffre». Mais son attaque la plus virulente avait été dirigée contre le Hezbollah qu’il accuse de soutenir politiquement son allié de Damas tout en l’aidant à poursuivre sa répression contre la population civile. Il avait condamné l’envoi par le Hezbollah de combattants en Syrie chargés de participer à la répression du soulèvement aux côtés de l’armée syrienne. 

Il a appelé la communauté internationale à fournir des armes aux rebelles : «Aujourd’hui, il y a un équilibre de force entre le gouvernement et l’opposition, alors que cette dernière n’a pas d’armes sophistiquées. Si on lui donne les armes dont elle a besoin, l’opposition pourra gagner facilement». Ses adversaires lui font cependant la critique d’avoir déserté le Liban en s’installant à Paris «pour des raisons de sécurité personnelle».
Le président français a «insisté sur la nécessité d’agir pour préserver la stabilité du Liban et a réaffirmé son soutien aux autorités et institutions libanaises ainsi que son attachement à l’indépendance, l’unité et l’intégrité du Liban». Cette déclaration visait directement le président Bassar Al-Assad qui continue à considérer le Liban comme sa chasse gardée au point de le plonger, à sa guise, dans la tourmente en organisant des attentats sanglants. Le réveil des querelles communautaires était bien sûr un objectif qui explique le lieu de l’attentat à moins de 200 mètres du siège des Phalanges libanaises chrétiennes (Kataëb).
Najib Mikati
    Des partisans de différents clans politiques, en particulier du «Courant du futur» de Saad Hariri, suscitent des manifestations contre le gouvernement du premier ministre Najib Mikati que l’on cherche à déstabiliser pour le pousser à la démission. Le chef des Forces Libanaises, Samir Geagea, a affirmé que «la machine criminelle au Liban prend pour centre le gouvernement actuel». Il estime que «le Hezbollah a mis le Liban en danger pour que profite l'Iran».  
      Les tensions entre communautés sunnites et alaouites sont par ailleurs très fortes à Tripoli à la suite de la mort, dans des échanges de tirs, du cheikh sunnite Abdel razzak Al-Asmar du parti Al-Tawhid (mouvement d'unification islamique), allié du Hezbollah. Pour l'instant, l'armée contrôle la situation pour «empêcher que le Liban ne se transforme de nouveau en un champ de bataille».
Samir Geagea
   
      
Spectre de guerre civile



Le spectre de la guerre civile hante la mémoire libanaise. La mort de Wissam Al-Hassan pourrait s’ouvrir sur une nouvelle ère de violence orchestrée par la Syrie qui tend à faire déborder sa guerre civile au delà de ses frontières, dans le cadre d’une fuite en avant ou d’une stratégie du pire pour consolider la dictature de Bassar Al-Assad. 
Wissam Al-Hassan

Ayant échoué dans sa tentative d’impliquer militairement la Turquie, le président syrien compte à présent fragiliser plus encore son voisin libanais pour imposer le chaos dans la région. Mais Najib Mikati a refusé de tomber dans le piège et a fermé la frontière nord aux combattants de l’Armée Syrienne Libre pour garder une certaine neutralité et pour ne pas offrir un sanctuaire aux combattants comme jadis le Liban l’avait fait pour les palestiniens, avec les conséquences que l’on sait.
Saad Hariri a rassuré le président français sur sa volonté de renverser le gouvernement libanais «de manière pacifique et démocratique» après avoir fustigé les provocations du Hezbollah qui a organisé le 14 octobre  une grande manifestation de soutien au régime de Bassar Al-Assad. Les occidentaux ont toujours la même stratégie de retenue car ils veulent à tout prix éviter le vide politique qu’entrainerait la chute du gouvernement libanais.

Activisme diplomatique

Laurent Fabius et Saad Hariri

Il semble que le maitre d’œuvre de cette visite soit le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius qui affiche de plus en plus son activisme au Quai d’Orsay. Il a défendu auprès du président l’opportunité de cette visite avant le sommet prévu à Riyad, le 4 novembre, avec le roi Abdullah Ben Abdulaziz d’Arabie. La visite à l’Élysée de Najib Mikati, programmée pour le 18 novembre, pourrait être de ce fait annulée. En plus des discussions politiques, le Liban souhaiterait planifier des programmes de coopération au profit des forces armées et de sécurité libanaise, et des mesures pour soutenir l’économie libanaise en difficulté. L’évolution dramatique de la situation au Liban a nécessité une accélération du calendrier. 
Le prince Mitaeb Ben Abdallah, chef de la Garde nationale et ministre d'État saoudien
Mais François Hollande veut éviter toute interprétation hâtive en donnant l’impression qu’il privilégie des relations exclusives avec le Liban. Il souhaite axer son action sur ses liens avec les autres acteurs majeurs de la région,  l’Arabie saoudite, le Qatar et Abou Dhabi. Il a estimé négatif, en pleine crise libanaise, le fait de s’entretenir seul à Paris avec le premier ministre libanais, de plus en plus contesté au Liban alors qu’il ne représente qu’un clan. Il a préféré associer tous les partis politiques libanais à ses discussions en se rendant sur place à Beyrouth.
Durant la campagne électorale, François Hollande avait été accusé de manquer d’expérience internationale. Il tient par ce voyage à donner une dimension nouvelle à sa présidence en réinsérant la France dans le concert des nations présentes au Moyen-Orient et en prenant l’initiative de contacts avec tous les acteurs majeurs de la région. Laurent Fabius, qui rêve de retourner à Matignon, n’est pas étranger à cette stratégie qu’il lui souffle.
Dans ce contexte, son voyage pourrait avoir pour objectif de garantir les efforts entrepris depuis 2008 pour garantir la paix au Liban. Mais les moyens dont François Hollande dispose sont très faibles car l’armée française est déjà engagée sur de nombreux théâtres d’opérations tandis que la situation économique de la France limite ses budgets de guerre. Cependant psychologiquement, il veut transmettre sur place un message de soutien à la stabilité du Liban, à sa souveraineté, et à son indépendance face aux pressions externes et internes tout en conservant une politique équilibrée avec toutes les parties libanaises. Israël ne pourra qu’appuyer cette politique car il est partisan d’une situation calme au Liban pour garantir la paix à sa frontière nord.


4 commentaires:

Giora Hod a dit…


Francois Hollande aurait «alors confirmé qu’il continuait de soutenir l’opposition syrienne "contre un régime qui massacre SON peuple et commet ainsi un génocide".».
Bashar El Assad ne massacre pas "son peuple". II massacre un "autre peuple". Comme l’explique Shmuel Trigano.
Evidemment on peut préférer que ce soient les autres qui massacrent les Alaouites…. Ce qui risque en fin de compte d’arriver… Nous verrons peut-être bientôt qui sera le peuple « génocidé » !
http://danilette.over-blog.com/article-la-syrie-le-secret-du-printemps-arabe-shmuel-trigano-109485138.html
«La Syrie n’a jamais existé réellement et il n’y a pas de peuple syrien. Bashar El Assad ne tue pas "son peuple" comme les journalistes se complaisent à le dire. II tue un autre peuple. Car la Syrie est une marqueterie de peuples comme tous les Etats arabo-musulmans : les Alaouites, les Sunnites, les Shiites, les Kurdes, les Bédouins, les Druzes constituent la Syrie.»

Giora Hod a dit…


A chaque fois que nous évoquons la Syrie, le Liban, ou tout autre pays "arabe" on se doit aussi de rappeler que les Judéens, (les juifs) ont en ont été "nettoyés ethniquement" après y avoir vécu pendant des millénaires. Les chrétiens suivent…
J’aime bien rappeler "l’affaire de Damas" (1840) que l’on doit au consul de France là-bas, Ulysse de Ratti-Menton. N'a-t-on pas coutume de dire "heureux comme un Juif en Syrie"? (ou au Liban ou…)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_de_Damas
Rien de neuf sous le soleil...

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

Sauf erreur de ma part, ce n'est que demain dimanche, que François Hollande sera au Liban pour une "durée limitée.
Le reste du voyage ce sera Djedda, si j'ai bien compris.
Les méchantes langues disent qu'il sera surtout question de gros contrats, de TGV, de frégates et autres pétroliers ravitailleurs.
Vu d'Israël, pas de quoi s'enthousiasmer.

Très cordialement

Sylvain C a dit…

Où l’on apprend l’existence de peuple alaouite, chiite, sunnite et alors pourquoi pas catholique,protestant, bouddhiste, taoïste etc. A ma connaissance ce ne sont que des religions, ce qui n’empêche pas leurs adeptes de se massacrer joyeusement les une les autres. Je ne comprend pas que l’on puisse défendre des tyrans comme Assad, Khadafi, Moubarak et Ben Ali sous prétexte que ce qui suivra sera pire. A ma connaissance ce sont des élections démocratiques qui ont amené au pouvoir des islamistes en Egypte et en Tunisie. On peut le regretter, s’en inquiéter comme d’ailleurs bien plus encore que nous, les « laïques » de ce pays.
Quand à l’affaire de Damas, elle a été montée de toutes pièces par des chrétiens. Voici ce qu’en dit l’historien Bernard Lewis : « Le 5 février 1840, on accusa un barbier juif d’avoir assassiné un moine franciscain et son domestique ; sous la torture, celui-ci passa aux aveux. A cette époque,les ambitions d'indépendance du gouverneur de Damas étaient soutenus par la France. Poussés par le consul français Ratti-Menton, les moines franciscains déclarèrent qu'il s'agissait là d'un meurtre rituel. Toujours sous la pression du consul, le gouverneur fit arrêter et torturer un grand nombre de Juifs, dont plusieurs notables. Sous la torture, lui et quelques autres confessèrent tous les crimes que leurs accusateurs leur imputaient. Pour justifier et poursuivre son action à Damas, le consul de France déclencha en France une active campagne de presse dirigée non seulement contre les Juifs de Damas, mais aussi contre ceux du monde entier…… . Finalement, une mission de notables juifs européens fut envoyé à Damas malgré l’opposition de la France. Le gouverneurt fut destitué et le sultan promulgua un firman dans lequel il condamnait ces accusations sans fondement de meurtre rituel et réaffirmait la volonté des autorités ottomanes de protéger la vie et les biens de tous les sujets juifs de l'Empire ». Ce qui n’empêcha pas les accusations de meurtre rituel de se multiplier par la suite dans l’empire ottoman, dans les régions où la présence chrétienne était importante.