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jeudi 8 novembre 2012

ERDOGAN CHASSE SUR LES TERRES DU QATAR


ERDOGAN CHASSE SUR LES TERRES DU QATAR
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright© Temps et Contretemps


La bande de Gaza refait parler d’elle pour être devenue le territoire où il est bon d’être vu et où se jouent les luttes d’influence du monde musulman. La visite, le 23 octobre, du prince du Qatar, Hamad Bin Khalifa Al-Thani, qui voulait exprimer sa solidarité avec le peuple palestinien, semble inspirer le premier ministre turc. Recep Tayyip Erdogan, veut emboîter le pas à son homologue royal en déclarant son intention de visiter lui aussi Gaza. 






Leadership arabe 

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Ismaël Haniyeh reçu au parlement turc
 
Toujours intéressé à prendre le leadership du monde musulman depuis que la place est vacante à la suite de la chute de Hosni Moubarak, il veut exploiter le conflit israélo-palestinien à son profit. Sa déconvenue en Syrie, qu’il avait adoubée pour justifier sa volte-face vis-à-vis d’Israël, lui impose de corriger sa stratégie en redorant son blason auprès des pays arabes. 
Pour se distinguer du Prince et de sa pluie de dollars, il a l’intention de marquer un grand coup politique en jouant les bons offices entre le Fatah et le Hamas. Il espère clore les divisions entre ces deux rivaux en  invitant à ses côtés à Gaza le président de l’Autorité, Mahmoud Abbas, avec l’objectif qu’une éventuelle réconciliation entre les deux clans le mette à nouveau en orbite auprès du monde musulman. Cependant la haine entre Mahmoud Abbas et Ismaël Haniyeh est si intense qu'elle hypothèque toute option de réunification du mouvement palestinien.
 
Son action risque d’être mal interprétée par Israël qui appréciera peu l’ingérence de la Turquie dans une bande où les problèmes sont démultipliés et où le terrorisme du Djihad n’est pas contrôlé par les dirigeants islamistes. Mais Erdogan a besoin d’une victoire diplomatique pour détourner l’attention de son peuple face aux nombreux soldats qui tombent sous les balles des kurdes du PKK.
Tout en réglant le problème palestinien, il garde en ligne de mire la reprise des relations avec Israël. Sa visite pourrait donc avoir un résultat double s’il obtenait  une levée partielle du blocus en échange du rétablissement des relations entre les deux pays. Sa victoire politique le hisserait parmi les grands leaders musulmans de la planète. Il sait qu’Israël utilise tous les canaux diplomatiques internationaux pour passer le message de la nécessaire réconciliation avec la Turquie mais le catalyseur n’a pas encore été trouvé.

La Turquie pose en effet trois conditions au rétablissement des relations : dédommagement des familles des victimes, présentation d’excuses et levée du blocus. Le dédommagement est pratiquement acquis. Les diplomates planchent sur une formule d’excuses ou de regrets qui maintienne l’honneur des deux parties. Reste une troisième condition à remplir.
 

Visite risquée
 

Erdogan tient à être le deuxième chef d’État à visiter Gaza mais les États-Unis ont exprimé leur opposition à cette visite. La porte-parole du département d'État américain Victoria Nuland a déclaré que le Hamas, qui a pris le contrôle de la bande de Gaza en 2007, restait «une force déstabilisatrice dans la région. Une telle visite ne sera pas favorable à avancer la cause de la paix et la sécurité». Ce sera un test pour Erdogan qui devra user d’un verbe haut pour montrer qu’il n’est pas totalement sous tutelle américaine. Mme Nuland a d’ailleurs arrondi les angles en déclarant que Washington aurait des conversations avec la Turquie à ce sujet pour «essayer de mieux comprendre l’intention de cette visite». Un moyen pour ne pas brusquer l’allié turc.
Il avait déjà envisagé de se rendre à Gaza pendant la tournée de septembre 2011 entamée dans plusieurs pays arabes mais le premier ministre turc avait repoussé son projet afin de ne pas envenimer des relations déjà tendues avec Israël. Cette nouvelle visite officielle a aussi pour but de raviver l’histoire de la flottille de Gaza de mai 2010 car Tayyip Erdogan n’arrive pas à assimiler cet échec qu’il considère comme personnel.
 

Entêtement turc
 

Mais l’entêtement des turcs est flagrant car ils ne veulent pas reconnaitre la notion de légitime défense qui ouvrirait la voie à un dialogue positif. Ainsi un tribunal d'Istanbul jugera, par contumace à partir du 6 novembre, quatre anciens responsables de l'armée israélienne pour la mort de neuf turcs pro-palestiniens tués par Tsahal à bord du «Mavi Marmara» qui voulait forcer le blocus de Gaza.
Les quatre officiers jugés, aujourd'hui à la retraite, sont l'ancien chef d'État-major de l'armée israélienne Gabi Ashkenazi, l'ex-chef de la marine Eliezer Marom, celui de l'armée de l'air Amos Yadlin et l'ancien chef des services de renseignement de l'armée de l'air Avishaï Levi. L'acte d'accusation requiert de multiples condamnations à la prison à vie à l'encontre des quatre hommes. Dans un communiqué, le ministère israélien des Affaires étrangères a dénoncé un «procès spectacle n’ayant rien à voir avec le droit et la justice».
Mais ces gesticulations n’auront d’effet probant que si, à nouveau, une coopération totale s’établissait entre Israël et la Turquie sous l’égide des États-Unis qui tiennent à la réconciliation des deux pions importants entrant dans leur stratégie au Proche-Orient. Le comble serait que les islamistes de Gaza réussissent à rapprocher ces deux pays qui ont des dizaines d’années d’amitié dans leurs gènes.  

 

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