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vendredi 2 novembre 2012

ÉGYPTE : LE DUR RÉVEIL DES FRÈRES



ÉGYPTE : LE DUR RÉVEIL DES  FRÈRES

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs
copyright © Temps et Contretemps


Manifestation place Tahrir

Les  Frères musulmans, qui pensaient avoir parachevé leur emprise sur l’Égypte après avoir conquis le parlement, la présidence et l’assemblée constituante commencent à comprendre qu’ils ont peut-être crié victoire un peu trop tôt. Les forces politiques non islamiques, qui avaient été prises de court par la révolution, s’éveillent. La presse indépendante ne ménage pas ses critiques, parfois suivie en cela par la presse gouvernementale. Du jamais vu.


Manifestations


Place Tahrir le 12 octobre 2012

     Et le peuple, qui n’a plus peur des forces de l’ordre, n’hésite pas à manifester son mécontentement ; les manifestations se succèdent sur la place Tahrir devenue emblématique mais aussi, ici et là, à travers le pays. Morsi n’attend pas et multiplie les efforts. Après avoir neutralisé l’armée, il continue à placer ses hommes dans tous les rouages du pays et s’emploie à «réformer» le système éducatif.
     La dissolution de la chambre basse du parlement par l’appareil judiciaire ne l’a arrêté qu’un temps car, jusqu’aux prochaines élections, il dispose d’un large pouvoir législatif. Le président a tout de même essuyé un revers cuisant quand il a voulu démettre de ses fonctions le procureur général, lequel a répondu poliment que cela n’entrait pas dans ses attributions.
Le procureur Abdel Meguid Mahmoud
     Grisés par leur succès aux élections l’an dernier, les Frères qui avaient obtenu 47% des sièges alors que les salafistes, leurs alliés naturels, en remportaient 25%, n’ont pas senti le vent tourner. Loin de s’occuper des problèmes économiques et des questions de société, «leur» parlement, avant d’être dissous, s’est consacré à l’étude des moyens d’imposer la charia et notamment d’abaisser l’âge minimum du mariage des filles et d’introduire les châtiments corporels. Sans parler de quelques affaires de corruption et de conduite douteuse impliquant des députés islamistes.
     Ils n’ont pas compris non plus que l’élection de leur candidat à la présidence avec à peine un quart des voix du collège électoral était le premier signe de la désillusion croissante des Égyptiens envers eux. Morsi n’a rien fait pour les rassurer. Il lui a fallu plus d’un mois pour trouver un premier ministre, et son choix s’est porté sur Hisham Kandil, un technocrate sans expérience politique ou administrative, mais qui affichait une barbe islamique et était proche des Frères. Kandil s’est entouré d’un gouvernement à son image et dénué du prestige ou des capacités nécessaires à mettre en route les réformes tant attendues. 
Caricature de Fathi parue dans Al Ahram weekly
Promesses des cent jours

Morsi à l'ONU

     Morsi avait promis  d’accomplir monts et merveilles au cours des premiers cent jours de son «règne» mais on est loin du compte. Il parle beaucoup de renouveau mais  n’a toujours pas parlé de programme concret. Il se vante d’avoir redonné à l’Égypte sa place de leader du monde arabe grâce à ses nombreux déplacements à l’étranger et il est vrai que les médias occidentaux voient en lui un président modéré et pragmatique ; mais son propre peuple n’est guère convaincu. D’autant que, lorsque l’opposition a appelé à une grande manifestation le 19 octobre dernier avec le slogan «l’Égypte n’est pas le domaine des Frères musulmans»,  ces derniers ont organisé une contre manifestation violente qui a rappelé à beaucoup les pratiques honnies des dictateurs arabes. Il y eut de sérieux affrontements entre adversaires et tenants du régime.
     Devant les protestations des partis et de la presse le président et les Frères ont dû reconnaître qu’ils avaient eu tort. L’opposition se nourrit de l’impuissance du gouvernement à résoudre les problèmes économiques. Les partis politiques s’organisent pour combattre le projet de constitution mais aussi en vue des prochaines élections parlementaires dont la date n’est pas encore fixée. On voit l’amorce des blocs, libéraux, partis de gauche, nasséristes, unis dans leur volonté de faire tomber le régime des Frères. Le mouvement du 6 avril, celui des jeunes qui sont descendus dans la rue et ont levé l’étendard de la révolte en janvier 2011, a lancé une grande campagne contre les Frères, et distribue des tracts montrant du doigt la véritable nature des Frères et leur mode d’action.

Museler l’opposition

     Et de fait Morsi, qui cherche par tous les moyens à faire taire l’opposition, s’apprêtait à promulguer une loi (rappelons qu’il dispose du pouvoir législatif) dite «Pour la protection des acquis de la révolution»  bientôt renommée loi «Pour la protections de la société», attribuant aux autorités le droit de pratiquer des arrestations sommaires et de trainer les gens en justice, un droit dont disposait le pouvoir déchu au moyen des lois d’urgence qui faisaient l’objet de la réprobation générale. L’indignation fut telle que le projet est resté dans les tiroirs présidentiels. Selon l’Institut égyptien pour les Droits de l’Homme, ces derniers ne font pas partie des priorités du gouvernement et les abus de la police continuent. Morsi a par ailleurs démis de leurs fonctions quatre femmes qui occupaient des postes importants dans l’administration, au plan national et régional. Le projet de constitution stipule l’égalité de la femme dans les limites de la charia.
Le parti justice et liberté
     Une autre menace pèse sur le régime des Frères : celui de la justice. La Haute Cour Constitutionnelle et la haute cour administrative doivent statuer sur un certain nombre de recours explosifs : un recours demande la dissolution du mouvement des Frères musulmans au motif qu’il n’a jamais été déclaré et enregistré comme l’exige la loi. Si ce recours était accepté, le parti «Justice et Liberté» créé par le mouvement serait aussi déclaré illégal et à travers lui son candidat à la présidence, Morsi. Un autre recours demande la dissolution de la chambre haute du parlement ; enfin la cour doit rendre son verdict concernant la dissolution de l’assemblée constituante du fait de la prépondérance des islamistes en violation de la loi exigeant  la représentation de tous les courants. 

Double opposition

     La constituante cherche à terminer le projet de constitution avant le verdict mais se heurte à une double opposition : celle des forces laïques et celle des salafistes. Les premières s’opposent aux pouvoirs  attribués au président, des pouvoirs plus étendus que ceux dont disposait Moubarak, et à la limitation des libertés publiques, de l’égalité entre tous les citoyens quelle que soit leur religion ainsi que de la liberté de culte, toutes soumises aux restrictions de la charia. Mais les salafistes demandent davantage : l’article 2 qui stipule que les principes de la charia sont la principale source du droit ne leur convient pas et ils exigent  que le texte stipule : «La charia est l’unique source du droit». Ils avaient appelé à une manifestation monstre le vendredi 2 novembre mais viennent de retirer leur appel.
     Les Frères musulmans doivent maintenant tenir compte d’une réalité qu’ils n’avaient pas prévue. Ils ont perdu beaucoup de leur soutien populaire et doivent composer avec un mécontentement populaire qui prend la forme de manifestations de plus en plus importantes. Ils découvrent que la chute de Moubarak a entrainé un changement profond qui n’est qu’à son début. Par ailleurs, le gouvernement qui a échoué dans ses efforts pour reprendre le contrôle du Sinaï est confronté à l’apparition de cellules terroristes à l’intérieur de l’Égypte. Cela alors que la crise économique frappe le pays de plein fouet  et que les heurts entre la majorité musulmane et la minorité copte, qui compte près de dix millions de personnes, se multiplient pour prendre une ampleur inégalée.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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