ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

jeudi 29 novembre 2012

ÉGYPTE: LA DERNIÈRE BATAILLE ? Par Zvi MAZEL


ÉGYPTE: LA DERNIÈRE BATAILLE ?
Par Zvi MAZEL

Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs
copyright © Temps et Contretemps

Le président Morsi et le ministre de la Défense, le général el-Sissi

Cette fois ci, la coupe est pleine. Le président égyptien s’est octroyé les pleins pouvoirs avec la nouvelle déclaration constitutionnelle promulguée le 22 novembre. Il dispose de l’exécutif, du législatif et maintenant du judiciaire et se permet de déclarer qu’aucune autorité ne peut annuler les lois et décrets qu’il a publiés depuis son entrée en fonction le 30 juin.


Putsch

Jamais Nasser et Moubarak, qui dirigeaient l’Égypte d’une main de fer, n’avaient osé aller aussi loin. Seul peut-être le dictateur de Pyongyang a des pouvoirs  semblables. C’est à un véritable putsch qu’on a assisté, un putsch contre la légitimité constitutionnelle. C’est si manifestement illégal qu’un dirigeant, s’essayant à une telle manœuvre dans un autre pays, se verrait destitué sans délai. Seulement Morsi a pris ses précautions : selon l’article VI de la déclaration «le président peut prendre toute action et toute mesure nécessaire pour protéger le pays et les objectifs de la révolution.»  C’est aller encore plus loin que les lois d’urgence, de sinistre mémoire, du régime Moubarak abolies il y a à peine quelques semaines. Il est clair que le président est persuadé d’avoir assuré ses arrières et de pouvoir compter sur la police, les services de sécurité et l’armée.
 
C’en est fini de la première phase de la révolution qui a vu la chute de Moubarak,   la montée en puissance de l’islam radical, devenu la plus grande force du pays, et les efforts des Frères musulmans pour prendre en main tous les rouages du pouvoir.  Ces efforts ayant été couronnés de succès, commence la dernière phase : une lutte sans merci entre l’extrémisme religieux et la démocratie. Les Frères Musulmans avaient jusqu’ici réussi à noyer le poisson concernant leurs véritables intentions, avançant à pas feutrés.
Ils s’étaient engagés à ne présenter des candidats que pour 30% des sièges au parlement, ce qui ne les a pas empêchés d’en présenter dans toutes les circonscriptions et de rafler 47% des sièges. Ensuite ils ont proclamé qu’ils ne présenteraient pas de candidat à la présidence ; on connait la suite.  Une fois élu, Morsi s’est engagé à prendre comme vice-présidents un copte et une femme ; cet engagement n’a pas été tenu. En revanche il n’a pas perdu une minute, éliminant rapidement les généraux  de l’ancienne garde pour en nommer de nouveaux, puis nommant ses hommes à tous les postes-clé.

Premiers échecs
 
 
Procureur limogé Abdel Meguid Mahmoud

C’est quand il s’est tourné vers le pouvoir judiciaire qu’il a essuyé ses premiers échecs. La Haute Cour Constitutionnelle avait dissout le parlement  à la suite de graves irrégularités électorales. Morsi, refusant d’en tenir compte, a convoqué les députés mais a dû faire marche-arrière après un sévère avertissement de la Cour. Un peu plus tard il a voulu démettre de ses fonctions le procureur général, lequel lui a opposé une fin de non recevoir du fait de l’indépendance de la magistrature. Morsi fit une nouvelle fois marche arrière, temporairement. Avec la nouvelle déclaration constitutionnelle il dispose maintenant aussi du pouvoir judiciaire et devient aussi puissant que les pharaons d’antan, comme le disent ouvertement les égyptiens.
Le président n’a pourtant pas compris que son Égypte n’était pas celle des pharaons. Les égyptiens, qui  viennent de faire la révolution pour se débarrasser d’un dictateur, ne veulent pas d’un autre. Ayant perdu leur peur du régime et de la police, ils sont prêts à descendre dans la rue pour se battre pour leur liberté, tout en sachant qu’il risque d’y avoir des blessés et même des morts dans ce combat. La publication de la déclaration a entrainé une formidable levée de boucliers.
Contestation contre Morsi
 
Les Frères Musulmans s’y attendaient et avaient même demandé à leurs militants de se masser place Tahrir pour affirmer leur soutien au président. Ce qui démontre une fois de plus que c’est bien la Confrérie qui est à la barre du pays et que le président navigue selon ses directives. Mais la violence de la réaction populaire les a pris par surprise. Alors Morsi fait mine de faire machine arrière, explique qu’on ne l’a pas compris ; tout ce qu’il veut c’est sauver la révolution et que d’ailleurs la déclaration sera annulée dès qu’une nouvelle constitution aura été votée et qu’un nouveau parlement aura été élu.

Ampleur de l’opposition
Manifestation du 23 novembre 2012

Un message qui ne passe pas. L’opposition à Morsi et aux Frères prend de l’ampleur. Les manifestations se succèdent et les bureaux des Frères sont attaqués un peu partout dans le pays. On compte déjà deux morts et des centaines de blessés. Les hommes politiques les plus prestigieux, de Mohammed El-Baradei à Amr Moussa, Hamdeen Sabahi ou Ayman El-Nour, affirment haut et clair qu’ils n’accepteront rien moins que l’annulation de la déclaration constitutionnelle. Ils appellent à une manifestation monstre aujourd’hui mardi. Les Frères appellent à une mobilisation massive de leurs militants pour une contre manifestation, une mesure qui n’avait été employée jusqu’ici que par des dictateurs.
Que va-t-il se passer ? Même si Morsi annule quelques unes des dispositions de la déclaration constitutionnelle, pour calmer les esprits, il est bien évident que ce serait reculer pour mieux sauter. Il recommencera. L’opposition ne se fait pas d’illusions sur ce point. Alors ? Y aura-t-il un sursaut populaire pour reprendre le chemin de la démocratie ? Morsi se maintiendra-t-il sur ses positions en usant de la force et sans se soucier d’un bilan humain qui risque d’être lourd ? Autre question, que va faire Obama ? Le président américain qui hier encore félicitait Morsi pour ses bons offices entre le Hamas et Israël va t-il accorder à l’opposition égyptienne le soutien qu’il refusa naguère aux opposants iraniens ?
Si seulement….

5 commentaires:

David a dit…

Visiblement, on s'achemine vers une guerre civile en Égypte !

demonastir a dit…

En Tunisie, nous sommes émerveillés par la capacité de mobilisation de l'opposition aux Frères. Ici, la rue appartient à des petits groupes de salafistes. Mille, deux mille personnes, rarement plus. Quand les anti-islamistes manifestent, on peut atteindre 5 mille, au mieux. Annahdha, plutôt moins.

Jean a dit…

Morsi , comme tous les autres , ne fera que semblant de reculer , puis n'hésitera pas à tuer autant d'égyptiens qu'il le faudra pour assurer son pouvoir dictatorial sous les yeux impuissants des EU et du monde qui ne pourront formuler que des voeux pieux .

odile Haettich a dit…

c'est incroyable cette montée de violence en Égypte. Morsi est vraiment un hypocrite. C'est vrai qu'il en a l'air en le regardant de plus près!
Oui, le risque est grand maintenant de voir une guerre civile dans le pays entre ceux qui sont formatés par les frères musulmans et qui acceptent de mourir en martyrs et ceux qui se réclament de la démocratie dont ces jeunes à l'avenir incertain.Tout cela ressemble à l'Iran avec leur république islamique, je le crains...

Jean Smia a dit…

Visiblement l'objectif des frères musulmans est la reconstruction d'un empire ottoman exclusivement musulman sous charia.
À l'image d'une succession de manœuvres du jeu d'échec, les stratagèmes politiques pour disposer d'un pouvoir indéboulonnable sont similaires à ceux qui s'étaient passés en Turquie et qui sont en train de se passer actuellement en Tunisie et en Libye.
Outsiders, mais très présents, en Syrie, ils attendent leur heure. Après la Syrie, le Liban suivra par effet de domino, la Jordanie ne fera alors certainement pas le poids pour refuser d'intégrer le système.
Quant à l'attitude de Obama, je crois qu'il existe, à la Maison Blanche, une étude confidentielle sur les conséquences géopolitiques d'un moyen orient sans Israël.
C'est ainsi que notre sécurité ne peut s'adosser qu'à une seule alliance : ne sommes-nous pas le peuple de l'Alliance ?
L'erreur à éviter est de croire que notre Alliance avec Dieu est une alliance avec des rabbins.
Que la Force soit avec nous.........