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samedi 17 novembre 2012

COUP SÉVÈRE AUX INFRASTRUCTURES TERRORISTES À GAZA par Pr Hagay SOBOL


GAZA : COUP SÉVÈRE AUX INFRASTRUCTURES TERRORISTES 
 
Par Pr Hagay SOBOL
copyright© Temps et Contretemps


En réponse aux pilonnages incessants de roquettes tirées depuis Gaza, ciblant spécifiquement la population civile, Israël a lancé «Pilier de Défense». Cette opération a débuté avec l’élimination ciblée d’Ahmed Jabari, le «chef d’État-major» du Hamas et responsable de l’enlèvement de Guilad Shalit. S’agit-il d’une action ponctuelle ou bien d’une opération d’envergure, visant à se débarrasser définitivement du Hamas ?
Israël a décidé de réagir avec fermeté. Les dirigeants de l’État hébreu avait prévenu le Hamas, le tenant pour responsable de la dégradation, qu’ils ne toléreraient plus qu’un million et demi d’habitants vivent sous une menace constante. Ils avaient même laissé entendre que, si le calme ne revenait pas, les éliminations ciblées reprendraient. C’est désormais chose faite avec l’élimination mercredi par l’armée de l’air du chef de la branche militaire du Hamas, Ahmed Jabari. Ce dernier était responsable de nombreux d'attentats meurtriers et de l'enlèvement du jeune conscrit israélien Gilad Shalit en 2006. Le mouvement de la résistance islamiste se considère désormais «en guerre ouverte avec Israël», et le Jihad islamique surenchéri en martelant qu’il va «mettre le feu aux villes israéliennes». Et de fait, c’est plus de 500 projectiles qui ont été tirés depuis la bande côtière sur les agglomérations israéliennes. Assistons-nous au début d’une opération de grande envergure pour en finir avec les groupes terroristes ou à une action plus limitée visant à instaurer un nouvel équilibre ?





 

Partie d’échec ou poker menteur ? 

 

Pour répondre à cette question il faut replacer les deniers évènements dans un contexte régional particulièrement tendu et complexe qui ressemble tout à la fois à une partie d’échec et à un poker menteur.

Tout d’abord, le volet iranien et le dossier nucléaire. Rappelons que dans un même temps se déroulent les plus grandes manœuvres jamais réalisées entre l’armée israélienne et celle des États-Unis, auxquelles a répondu une démonstration de force de Téhéran. Ensuite, il y a eu l’affaire du «drone iranien» envoyé par le Hezbollah libanais qui a réussi à survoler l’État hébreu. Même si l’on ne sait pas avec certitude si des clichés ont pu être transmis à Téhéran, cet épisode nous enseigne que le régime des Mollahs, via ses supplétifs, est capable d’opérations complexes et qu’il existe une certaine porosité de la frontière nord. En retour, il semblerait que l’avion sans pilote n’ait pas été abattu, mais que l’armée de l’air israélienne l’ait fait atterrir sans trop de dommages, permettant d’en retirer de précises informations.
Destruction au Soudan d'une usine d'armement
 

La mystérieuse attaque de l’usine d’armement au Soudan. Officiellement personne n’était au courant, y compris les USA, et aucun gouvernement n’a endossé l’audacieuse et complexe opération. Mais tous les regards se sont tournés vers Israël. Certains y voient une répétition générale de ce que pourrait être une attaque des infrastructures nucléaires civiles perses. D’autres, avancent que ce n’est pas une usine de munitions qui a été visée, mais un convoi d’armes sophistiquées iraniennes en direction de Gaza. Dans tous les cas, cela a suffisamment inquiété Téhéran pour que soit dépêchée sur place sa 22ème flotte.

La crise syrienne. Alors que la guerre civile risque d’échapper à tout contrôle et que nombre de combattants étrangers participent aux combats, des obus syriens sont tombés de l’autre côté de la frontière, et ont touché un poste de l’armée sur le Golan. Pour la première fois depuis 1974, les israéliens ont dû riposter. L’effet a été immédiat, et bien que précaire, le calme serait revenu. Le message de Tsahal à Assad semble avoir été bien compris, suite à ces tirs syriens que d’aucun considèrent comme intentionnels.

L’Égypte, Morsi et les Frères musulmans. Le renversement d’Hosni Moubarak, a amené au pouvoir un régime proche du Hamas. Ce dernier a profité de la situation pour se constituer un arsenal impressionnant, comprenant des missiles pouvant atteindre Tel-Aviv. En proie à une crise économique sans précédent, le président Morsi, plus pragmatique et dépendant de l’aide américaine, a pris depuis quelques distances avec ses alliés. Pour preuve, il n’a toujours pas dénoncé l’accord de paix signé avec Israël. Il doit ménager des intérêts contradictoires, lui-même confronté aux attaques des djihadistes dans le Sinaï et aux encombrants voisins de l’étroite bande côtière. C’est dans cet état d’esprit qu’il convient d’analyser le rappel de l’ambassadeur d’Egypte en Israël, et le départ de celui de l’Etat hébreu.

La bande de Gaza, le Hamas et le djihad islamiste. Conséquence de la crise syrienne, le Hamas a pris de la distance avec Damas et Téhéran. Certains dirigeants de sa branche politique seraient tentés de s’orienter vers un programme moins djihadiste, et plus étatique. En témoigne la récente visite de l’Emir du Qatar et les projets d’investissement qui sont envisagés. Mais les Brigades Ezzedine Al-Quassam, la branche militaire du Hamas, ainsi que le djihad islamique, proches de Téhéran et responsables de l’escalade récente, ne le voient pas de cet œil. La théocratie chiite, a besoin de cet abcès de fixation, alors que le régime alaouite syrien, son plus fidèle allié, est agonisant, pour détourner l’attention et poursuivre son programme nucléaire.

Mahmoud Abbas, l’Autorité Palestinienne et la demande de reconnaissance à l’ONU. En perte de vitesse, le raïs palestinien, n’a même pas été informé de la visite du Qatar chez les frères ennemi à Gaza. Malgré les efforts remarquables du premier ministre Salam Fayyed, l’économie palestinienne est exsangue, subissant de plein fouet la crise mondiale et le manque de motivation des donateurs. L’union tant de fois attendue avec le Hamas, étant reportée sine die, il lui fallait frapper un grand coup pour reprendre la main, alors que les négociations piétinent avec Israël. Même s’il ne faut rien attendre de concret d’un statut d’Etat non membre à l’ONU, cela a l’avantage de remettre l’AP sur le devant de la scène. Peut-être trop aux yeux du Hamas.

 

Informations précises et frappes ciblées

Ahmed Djabari
 

De son côté, Israël poursuit ses attaques ciblées et ses frappes chirurgicales, surtout si on les compare à ce que l’armée du régime fait subir à la population civile en Syrie. L’armée de l’air aurait effectué quelques 250 attaques, rien que ses dernières heures, après  destruction substantielle du stock de missiles à longue portée (Fajr5). Contrastant avec un nombre limité de pertes du côté palestinien, en majorité des terroristes. Ces opérations étant très précises, le Hamas a bien du mal à gonfler les chiffres. Mais c’est justement la précision des opérations qui interpelle. Comment l’armée de l’air israélienne a-t-elle pu cibler Ahmed Jabari, alors que ce dernier vivait dans la clandestinité et ne se déplaçait que très rarement ? Ou encore d’où proviennent les informations sur les caches d’armes ? Bien sûr, les services de renseignements de l’Etat hébreu (Mossad et le Shabak) sont bien connus pour leur redoutable efficacité, mais pour poser des balises indiquant précisément les emplacements et guider les frappes, il faut à la fois des informations et des personnes sur place. Les choses sont certainement plus complexes qu’on ne l’imagine à première vue, et c’est à l’aune de tous ces éléments que l’on doit analyser ce brusque regain de tension qui bien que spectaculaire, s’inscrit encore dans un conflit de basse intensité et non pas une guerre totale.

 

Positions officielles ?
Blindés massés à la frontière avec Gaza
 

Israël. Selon Tsahal, l’opération «Pilier de Défense» a deux objectifs principaux : protéger les civils israéliens et porter un coup sévère aux infrastructures terroristes dans la bande de Gaza. Dans son communiqué officiel, l’ambassade d’Israël en France précise qu’il s’agit d’une opération militaire défensive ponctuelle pour mettre fin à ces tirs incessants. Et que «l’État d’Israël n’a aucun intérêt à envenimer la situation». De fait, si le cabinet de sécurité a autorisé le rappel de réservistes, et qu’il masse des blindés à la frontière, il n’a pas encore décrété de mobilisation générale, ce qui confirme pour le moment la volonté d’une opération limitée, tout en se préparant au pire. La classe politique comme l’Etat major, ne veulent pas créer à Gaza «un vide à l’irakienne». Et c’est exactement ce qui se produirait si Israël décidait d’en finir avec le Hamas. L’AP n’est en mesure ni d’assumer elle-même la reconquête de Gaza dont elle a été chassée par les armes, ni pour l’heure d’en assurer l’administration. Et de son côté l’Etat hébreu n’a aucune intention de réoccuper ce territoire dont il s’est totalement désengagé depuis 2005. Cependant, on assiste ces dernières heures à une surenchère de la part de la branche armée du Hamas et du Djihad islamique avec des tirs sur Tel-Aviv et Jérusalem ce qui entraine de facto, un changement qualitatif de la situation.

Les Etats-Unis. La position des USA semble avoir évolué au cours de l’aggravation du conflit. Si aux premières heures, le président Barack Obama reconnaissait à Israël «le droit à la légitime défense», il avait également signifié au premier ministre Netanyahou et au président Mohamed Morsi, «la nécessité d’une désescalade de la violence». Désormais, Washington condamne sans ambiguïté le Hamas, et l’on affirme même qu’Israël aurait le soutien de l’administration américaine pour une éventuelle opération terrestre.

L’Egypte. Lorsque le chef de la diplomatie égyptienne, Mohamed Amro, affirme que «nos relations avec Israël ne limiteront pas notre aide aux palestiniens», il indique clairement que dans l’ordre de des priorités, viennent en premier les relations avec Israël. De la même manière lorsque Mohamed Morsi affirme qu’il «n’abandonnera pas Gaza à son sort», c’est au peuple qu’il s’adresse et non aux factions terroristes. Ces dernières, l’ont probablement bien compris, car elles n’ont pas respecté la trêve conclue pour permettre au premier ministre égyptien de mener à bien sa mission de concertation dans l’étroite bande côtière.

L’Iran et le Hamas. Seul Téhéran, via le Djihad islamique est directement intéressé à la poursuite de la spirale de la violence, alors que sur le sujet, le Hamas apparaît divisé.

En définitive, Il ressort que cette opération, ainsi que toutes celles que l’on prête à l’Etat hébreu, lui a permis un recadrage stratégique en redonnant de la crédibilité à sa force de dissuasion et à sa capacité opérationnelle. Paradoxalement, c’est une bonne chose pour la stabilité de la région, voire le processus de paix israélo-palestinien, face aux incertitudes générées par les «printemps arabes », la montée du salafisme et la guerre entre chiites et sunnites. Cette démonstration de force, ainsi qu’un durcissement des sanctions, pèseront de tout leur poids pour amener l’Iran à la table des négociations afin de renoncer définitivement à l’arme nucléaire.

Cependant, il est à craindre que le israéliens, même s’ils ne le souhaitent pas, n’aient pas d’autre choix que de lancer une offensive terrestre, pour mettre définitivement fin aux tirs de missiles qui ciblent désormais les plus grandes villes du pays telles que Tel-Aviv et Jérusalem.

 

1 commentaire:

Jean Smia a dit…

Le bon, la brute et le truand,
Curieux comme ce qu'il se passe à Gaza me fait penser cette scène du film où ils se tournent autour dans le cimetière, indécis sur qui éliminer en premier.
C'est le même scénario qui est joué actuellement par Israël, les frères musulmans et les iraniens.
Chacun voulant éliminer les deux autres, et chacun, seul, face à deux ennemis mortels.
Dommage que cela soit beaucoup trop sanglant et dramatique pour que cette comparaison prête à sourire.