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jeudi 11 octobre 2012

LES CENT JOURS DE FRÈRE MORSI Par Zvi MAZEL



LES CENT JOURS DE FRÈRE MORSI

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs
copyright © Temps et Contretemps



Assemblée égyptienne

Que n’avait-il pas promis, le candidat Morsi, porte-drapeau des Frères musulmans ! «Si je suis élu, proclamait-il pendant la campagne électorale, en cent jours je réglerai cinq problèmes qui empoisonnent la vie quotidienne des égyptiens : la sécurité personnelle, la circulation sauvage dans les villes paralysées par les embouteillages, la pénurie de pain subventionné, la pénurie de gaz et de pétrole et enfin le nettoyage des monceaux d’immondices qui  ont envahi le pays.»




Programme de renaissance

Egypte- déchets dans les rues

Démonstration serait ainsi faite que le président prenait les choses en main et mettait en route le programme  de la «Nahada», la renaissance de l’Egypte préparé par les Frères musulmans. Las, le 8 Octobre la date fatidique des cent jours a été atteinte, mais aucun des objectifs.  La presse indépendante avait inventé le «morsi-meter»  pour évaluer jour après jour les décisions prises  par le président sur ces cinq points précis. Elle n’a pu constater que de piètres résultats. D’ailleurs, interrogés le 7 octobre, 57%  se sont déclarés déçus de son action.
Pourtant la veille, le président s’était vanté dans un discours pompeux à l’occasion de la «victoire» égyptienne lors de la guerre d’octobre 1973, d’avoir atteint son but à 65%, citant le travail des jeunes du parti des Frères qui avaient ramassé les déchets dans toute l’Egypte, les milliers de contraventions données aux conducteurs, et les 500 criminels arrêtés. Un bien maigre bilan qui n’a trompé personne, mais que la presse aux ordres s’est empressée de saluer.  Les interviews conduites par la presse locale et étrangère font état de la même constatation : quelques efforts méritoires mais pas de changement profond. D’ailleurs le très officiel «Centre pour l’information et l’organisation» (agence gouvernementale) reconnaît que les cent premiers jours n’ont pas changé grand-chose.
Le Frère président n’a pas tenu ses promesses sur ces cinq points ; il n’a pas non plus tenu l’engagement qu’il avait pris de nommer une femme et un copte comme vice-présidents. Faut-il rappeler que les Frères musulmans, qui s’étaient engagés à ne présenter de candidats que pour  30% des sièges au parlement, et à ne pas présenter de candidat à la présidence, n’ont pas tenu parole ? Ou encore qu’après son élection Morsi avait annoncé qu’il allait dissoudre l’assemblée constituante, qui comptait quand même un peu trop d’islamistes en violation de la constitution, et la remplacer par une assemblée plus représentative, mais qu’il n’en a rien fait ?  L’assemblée a continué tranquillement ses travaux et s’apprête à parachever une constitution résolument islamique qui sera soumise au peuple par referendum – si la Haute Cour Constitutionnelle, statuant sur cinq recours, ne dissout pas rétroactivement l’assemblée.

Voyages à l’étranger

Morsi à l'ONU

      Qu’a donc fait Morsi pendant ces cent jours ?  Selon le quotidien indépendant «Ad Doustour» (la constitution), le président a beaucoup voyagé : il a visité huit pays d’Asie, d’Europe et d’Afrique, et jusqu'à New-York pour l'assemblée des Nations Unis mais seulement quatre des 27 gouvernorats de son pays.  Il a pris 29 décisions, mais aucune ne s’adressant à la situation catastrophique du pays et à la misère grandissante.  Il est allé prier dans 12 mosquées différentes au Caire, au grand dam des fidèles de l’endroit, vu les mesures de sécurité sans précédent et le cortège présidentiel qui ne compte pas moins de 30 véhicules, ce qui rappelle un peu trop les excès du raïs déchu. 
Il a prononcé 51 discours pour un total de 30 heures. Toujours selon Ad Doustour, le président ne donne d’interviews qu’à la presse américaine et ses propos sont enregistrés préalablement.  Pour «Wafd», le journal du parti du même nom, au cours de ces cent premiers jours Morsi s’est totalement désintéressé des problèmes essentiels : éducation, pauvreté, santé. La misère est telle, selon ce journal, que certains en sont réduits à vendre leur  rein, et parfois leurs enfants ; on ne compte plus les suicides.
Pourtant le gouvernement veut instaurer une politique d’austérité et parle de réduire les subventions des produits de première nécessité. Tout ce qui intéresse le pouvoir, selon «Wafd» c’est ce qu’il appelle «l’ikhouanisation», du mot ikhouan, Frères, de tous les rouages de l’Égypte. Gouverneurs de province, juges, ministères et jusqu’à des organisations non gouvernementales comme l’Organisation pour les Droits de l’Homme. Morsi vient de renvoyer le  contrôleur d’État. Il ne s’arrêtera pas là.
Morsi en Arabie avec le Prince Salman Bin Abdelaziz

La désillusion s’installe peu  à peu. Les égyptiens, qui avaient voté massivement pour les Frères lors des élections parlementaires, s’étaient déjà montrés plus réticents à la présidentielle : Morsi n’a reçu que 25% des suffrages exprimés avec un taux d’abstention de 50%. Ils ne connaissent que trop le programme des Frères musulmans : imposer la charia et préparer le retour du Califat. Seulement c’était la seule force politique organisée.

Désillusion et doute

Les Frères avaient probablement conclu un pacte non écrit avec le Conseil Suprême des Forces armées qui a dirigé le pays après la chute de Moubarak. Les généraux voyaient dans la Confrérie une ancre de stabilité dans l’anarchie qui s’installait à travers le pays. Aujourd’hui le doute s’installe. Pour  Nagad Burai, avocat et l’un des leaders du mouvement des droits de l’homme, «Il est encore difficile de juger avec précision les actions de Morsi après trois mois mais il est évident qu’il n’a aucune vision et qu’il dirige le pays en prenant des décisions au hasard sans aucun programme.» 
Morsi et l'armée

Pour  Al Aswani, l’auteur rendu célèbre par «l’Immeuble Yacoubian», il faut mettre Morsi face à ses responsabilités ; la police continue ses exactions contre les personnes arrêtées, les organes de presse indépendants sont fermés tandis que la presse gouvernementale encense le leader. Pour Aswani, «C’est comme si rien n’était changé en Égypte après la révolution, à part le nom du président : Moubarak est parti et Morsi est arrivé.»
Morsi et Ahmadinejad à Téhéran

Mais le président n’en a cure. Il se consacre à la politique étrangère où les succès viennent plus facilement. Visites à l’étranger et discours soigneusement préparés lui ont valu une excellente presse et lui permettent de prétendre avoir rendu à l’Égypte son prestige d’antan. Il condamne Assad et soutient les rebelles (en majorité Frères musulmans et Salafistes), s’emploie sans trop de succès à créer un bloc islamiste et veut croire que l’Égypte est toujours le leader incontesté du monde arabe. Il oublie que la situation dramatique de son pays menace ses ambitions et que ses prises de position contre les États-Unis et contre Israël ne vont pas faciliter l’octroi des aides internationales sans lesquelles l’Égypte ne pourra pas se redresser.


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